III. — Anesthésie par les gaz ou les vapeurs
Les substances anesthésiqucs habituellement en usage, protoxyde <razote, chloroforme, éther, sont des substances gazeuses ou îles liquides volatils dont on fait absorber les vapeurs par la voie respiratoire. Leur action physiologique ou toxique dépend en premier lieu (comme celle de toutes les substances gazeuses ayant quelque action sur Torganisme) de leur tension partielle dans l'air respiré par le sujet, k]o\\{on% immédiatement que Y action toxique dépend d' autre part de la durée de fanest/tésie ; tellement qu'avec le chloroforme et Téther on peut amener la mort par la respiration suflîsammenl prolongée de ses vapeurs, à une tension suffisante pour produire Fanesthésie (De Saint-Martin).
P. Bert a fixé les tensions qui représentent pour chacune de ces substances la dose anesthésique, et la dose toxique ou mortelle; cette élude est une application des principes généraux qu'il a posés.
Protoxyde d'azote. — Le protoxyde d'azole est un anesthésique faible. Son action ne commence à ôlre oflicace que lorsque la tension de ce gaz, dans un mélange respirable, est égale ou môme notablement supérieure à une atmosphère.
Il faudrait donc, pour obtenir l'anesthésie, faire respirer ce gaz sans mélange d'aucun autre; à la vérité, celle pratique a pn être employée et même avec succès, mais seulement pour des aneslhésies de 1res courte durée (chirurgie dentaire), car le protoxyde d'azote ne peut se substituer à l'oxygène pour entretenir la vie des animaux, el, si son inhalation était continuée, l'asphyxie surviendrait sans délai.
Si, dans l'air atmosphérique, nous substituons à l'azote qu'il contient du protoxyde d azote, c'est-à-dire si nous faisons un air contenant i/5 d'oxygène pour V5 de protoxyde d'azote, la tension de ce dernier gaz, qui est
L.2LL.z= 60''*«? ou 8/10" environ d'atmosphère, est insuffisante pour amener
Tanesthésie.
Il nous faut avoir recours à un moyen détourné. Le sujet» et l'opérateur seront placés dans un espace clos (cloche métallique] dans lequel, à l'aide d une pompe foulante, on peut surélever la pression barométrique de Ib*^*"», en lui donnant la valeur 76 4-lS =91'^''».
L'opérateur et ses aides respirent un air dont les gaz composants ont une lension excédant un peu la tension normale, ce qui n*a pas, dans ces limites, d'inconvénients pour eux. Le patient respire, par le moyen d'un masque à soupape, un mélange gazeux contenu dans un sac étanche placé près de lui, contenant 14 volumes d'oxygène contre 86 volumes de protoxyde d'azote p. 100.
Dans ces conditions, le sujet respire de l'oxygène à une tension qui est :
li><lI«±ii)=Mcn. = id-„t.„o.phire, 100 o
ce qui représente sa tension normale dans les conditions de la respiration ordinaire.
Il respire en même temps du protoxyde d'azote à une tension qui est :
8GX(7C+lâ)
. = TC^i^ff = 1 attnosphire,
ce qui représente la tension nécessaire à la production d« l'anesthésie.
Dans ces conditions, le gaz vital et le gaz aneslhésique étant offerts au sujet aux tensions convenables, l'anesthésie peut être prolongée sans menace d'asphyxie. Elle a pu être continuée pendant 7 heures consécutives, chez l'homme. Martin (de Lyon) a pu la prolonger sur un chien pendant 60 heures, sans le tuer.
Rkmarqi E. — D'après le conseil et la pratique de Martin, il vaut mieux porter d'emblée la surpression à 20 ou 22«''»; l'anesthésie se produit alors après trois ou quatre respirations et sans excitation préalable.
Chloroforme, éther. — Le chloroforme et l'élher sont, au contraire du protoxyde d'azote (surtout le chloroforme), des anesthcsiques puissants et par conséquent dangereux. La question pour eux n'est pas d'augmenter, mais de limiter au contraire la tension de leur vapeur dans l'air respirable oHert au sujet pour l'anesthésier. Avec ces agents, non seulement nous n'avons pas besoin de surélever la pression extérieure sur le mélange qui les contient, mais il s'agit de les introduire dans ce mélange, en proportion telle <[ue leur lension partielle ne dépasse pas un certain chiffre assez faible. Un air saturé de vapeurs de chloroforme ou d'éther, respiré par un mammifère ou un oiseau, le lue à coup sûr et proniptement. C'est ce qui est réalise lorsqu'on place un animal sous une cloche étanche contenant une éponge fortement imbibée de chloroforme ou d'éther, et qu'on l'y laisse séjourner sans renouvellement
(le l'air. La mort arrive bien avant que la provision d'oxygène soit épuisée, et du fait seulement de la tension des vapeurs anesthésiques. La mort arriverait môme alors que Tespacc ne serait pas 'absolument saturé de ces vapeurs, lorsque, par exemple, on vaporise 16 gr. de chloroforme ou 20 gr. dVHher dans 100 litres d'air. Ces chiffres correspondent aux doses toxiques de ces vapeurs.
Si on donne à la tension des vapeurs de chloroforme ou d'éther une valeur moitié moindre, en vaporisant 8 grammes du premier ou 20 grammes du second dans la môme quantité (100 litres) d'air, on a le mélange qui est aneslhésique sans ôtre toxique. Avec des chiffres plus faibles tels que 7 ou 6 grammes de chloroforme ou 13 grammes d'éther, on est à la limite inférieure de la dose anesthrsique, ou légèrement au-dessous de cette limite. On a vérifié do môme, sur d'autres substances anesthésiques, qu'il y a une certaine proportionnalité entre ces différents nombres. Ils montrent d'une façon générale que la dose toxiqite^ c'est-à-dire mortelle, représente In double de la dose anesthésiqiie. Cette loi, du reste, approximative, ne s'applique qu'à des aneslhésies d'une durée limit!îe.
Tension des vapeurs. — Lorsqu*on vaporise 8 grammes de chloroforme dans 100 litres d'air à la température ordinaire de 45°, la tension de la vapeur de chloroforme dans ce mélange esl de 42 millimètres de mercure : pour 46 grammes de chloroforme, elle est de 24 millimètres : elle est proportionnelle à la quantité en poids du liquide volatilisé (tant que Tair n'est pas saturé).
La connaissance de ces tensions n'a du reste, ici, qu'un intérêt purement théorique, car pour opérer le mélange ce n'est pas elles que nous mesurons, mais bien préférable ment la quantité en poids de la liqueur aneslhésiante vaporisée dans un volume donné. Celte tension est donnée par la formule :
Px7G0x(l-f «0 '^"" VxDxl,293
P est le poids du liquide volatilisé dans le mélange; D, sa densité; V, le volume occupé par le mélange, et t la température.
Pour obtenir une anesthésie sans danger, il faut que le mélange de vapeur de chloroforme ou d'éther et d'air soit parfaitement homogène. Il ne suffirait pas de verser extemporanément du chloroforme ou de Téthcr dans le fond d'un récipient. La vaporisation du liquide volalil aneslhésique est opérée en aspirant dans un gazomètre de capacité connue (et pris au moment où il est vide) une quantité d'air connue, qui traverse un flacon laveur, contenant le liquide à vaporiser. L'aspiration est faite en soulevant lentement la cloche du gazomètre [)Our y appeler l'air. La vaporisation du liquide (soit 8 grammes de chloroforme) est terminée avant que la quantité proportionnelle d'air soit aspirée : on continue l'aspiration jusqu'à pirfaire les 400 litres, et le mélange est réalisé.
Autres anesthésiqnes. — Pour ïamy Une ^ la dose aneslhésique est 17 grammes, et pour le chlorure d'éthyle, 43 grammes pour 400 litres d'air respirable.
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