D. -< LE PREMIER MOUVEMENT RESPIRATOIRE
La respiration; entendue comme un échange gazeux entre l'individu et son milieu, est une fonction essentielle et partant continue, comme l'existence elle-même ; mais cet échange se fait par des moyens ilifférents suivant la nature du milieu. Ce milieu pour le fœtus n'est autre que le sang de sa mère avec laquelle il est en relation d'échange par le placenta; la respiration pendant la vie intra-utérine est donc du tt/pe aquatique ; au moment de ce que nous appelons la naissance, elle prend subitement le type aérien. Ce changement instantané dans le type respiratoire est le trouble fonctionnel le plus profond, qui marque le début de la vie extra-utérine ou vie indépendante de Tindividu.
L'excitation qui le provoque. — Tout est prêt pour ce grand changement: Je poumon ou appareil d'échange qui va se substituer au placenta^ les canaux aériens et sanguins qui relient cet organe à l'atmosphère et au cœur, les muscles qui doivent mouvoir cet appareil, et jusqu'au système de nerfs qui doivent commander et harmoniser ses mouvements; une seule chose manque qui va se réaliser du fait de la séparation du fœtus d'avec la mère, Vexcitationj sans laquelle les énergies en provision dans les organes nouvellement développés n'auraient point d'emploi. — La question est seulement de préciser Torigine et la nature de cette excitation, qui va amorcer le jeu automatique des mouvements du thorax, destiné à se poursuivre, sans interruption prolongée, dans tout le cours de l'existence.
Son origine et sa nature. — La difficulté n'est pas de désigner une cause probable d'excitation, intervenant au moment de la naissance pour produire le premier mouvement respiratoire : on en voit au contraire plusieurs, deux au moins, à peu près les mêmes que celles désignées plus haut pour l'entretien de ces mouvements.
a. Hypothèse du réflexe. —Pour Preyëb, c'est Taclioa (surtout physique) de l'air extérieur qui, en excitant la peau, retentit par voie réflexe sur les muscles de la respiration, d'où le premier appel d'air dans le poumon jusqu'ici non encore déplissé.
b. Hypothèse de Tasphyxie. -— Pour Schwartz et Rosemhal, c'est l'état asphyxique du sang du fœtus qui sollicite les centres respiratoires à l'activité; cet état asphyxique ne peut manquer de se produire au moment deTinterruptioa de la circulation placentaire et il peut débuter même avant elle. Le fœtus, en effet, augmente subitement sa consommation d'oxygène du fait de son passage dans un milieu plus froid et de ses contractions musculaires. ËNGhTRôM, en opérant sur des fœtus de cobayes et de lapins encore contenus dans leurs membranes et suffisamment protégés contre le froid et contre toute irritation cutanée, a vu l'interruption de la circulation placentaire provoquer la respiration.
Cette seconde hypothèse est plus généralement acceptée, mais elle n'exclut pas la première; il n'y a pas d'incompatibilité entre l'un et l'autre mécanisme excitateur.
Conséquences. — Le poumon qui occupait le sommet de la cavité thoracique se déplisse et admet à la fois l'air et le sang qui ne le quitteront plus jamais complètement, même dans les efforts d'expiration. On sait qu'on distingue le poumon de l'enfant ayant respiré, de celui qui est mort avant toute respiration, à ce fait que sa densité moyenne le fait surnager sur l'eau, au lieu d'aller au fond, comme les autres parenchymes.
La ventilation pulmonaire, dans laquelle les anciens voyaient toute la respiration, n'existe pas pour elle-même, mais pour la réalisation d'une des conditions de la vie des tissus, la respiration cellulaire, qui se trouve être l'acte essentiel de la fonction respiratoire. La respiration cellulaire dépend de la respiration pulmonaire, laquelle se règle à son tour sur la première. Mais la respiration des cellules, considérée comme un échange de gaz entre le sang et les tissus, n'est pas non plus un fait primordial. Cet échange se règle sur la consommation d'oxygène et la production d'acide carbonique, qui se fait dans le protoplasma cellulaire et qui, comme on sait, est variable suivant leur état d'activité ou de repos apparent.
Lq primiim movem de la respiration est ainsi dans la profondeur des tissus ou mieux dans le système nerveux qui gouverne leur fonctionnement, et c'est encore le système nerveux qui établit le lien qui rattache ensemble ces actes successifs, en les réglant les uns sur les autres par des cycles d'excitation qui se commandent. L'activilé d'un tissu entraîne par action réflexe du système vaso-moteur l'exagération de sa circulation, en suite de quoi l'épuisement du sang eu oxygène et son enrichissement en acide carbonique entraînent à leur tour une suractivité de la ventilation pulmonaire.
LE SYSTÈME iNERVEUX ET LA VENTILATION. 183
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