LA RESPIRATION D^S TISSUS OU DES CELLULES. J
peuvent produire 185 milligrammes d'acide benzoïque). Il n'est du reste pas nécessaire que l'oxygène soit fourni parle sang. En faisant circuler dans le poumon 1500 centimètres cubes de s^»rum contenant 1»%5 d'alcool benzylique, pendant qu'on aère ce poumon par une respiration artificielle, on a trouvé, après quatre heures, 322 milligrammes d'acide benzoïque.
V. Oxydase isolable. — Ni l'action des substances toxiques, comme la quinine ou l'acide phénique, ni la congélation préalable des tissus, ni leur macération dans l'alcool ou leur désorganisation par des moyens mécaniques, ne font disparaître le pouvoiroxydantdes tissus sur les deux substances précitées. Seule la chaleur à la température (Tébullition est capable de détruire entièrement et pour tonjours ce pouvoir. Onpeut du reste, au moyen des procédés de précipitation par l'alcool et de reprise par l'eau, obtenir une liqueur claire contenant en solution Venzf/me ou oxydase (peu soluble du reste) qui opère ces transformations.
Il y a une très grande différence entre le pouvoir oxydant du sang et celui des tissus, différence qui est au profit de ces derniers. Toutefois,le pouvoir du sangn'est pas nul. Salkowski a pu obtenir de petites quantités d'acide salicylique en pulvérisant, au contact de Tair, du sang maintenu à 40-42'' auquel on a mélangé de petites quantités d'aldéhyde salicylique. Abelols et Biarnès réalisent cette oxydation en laissant à l'étuve à 37° du sang soumis à l'action d'un courant d air. L'action est indépendante de la réaction alcaline et de la présence des globules rouges ou de l'hémoglobine.
Oxydase végétale. — Laccase. — On n'a pas réussi jusqu'ici à isoler chez les animaux la substance servant d'agent de transport à l'oxygène (1) et capable, après l'avoir pris à l'air ou aune substance oxygénée, de le fixer à basse température sur un corps oxydable. En fait de ferment oxydant qu'on ait pu isoler, pour en faire l'étude méthodique, il n'y a guère qu'une diastase du règne végétal, la laccase du latex de l'arbre à laquo {R/nis vernicifera, Rhus succedanea). Le laquage industriel, qui se fait en étalant sur les objets le suc laiteux de la plante, provient d'une fixation de l'oxygène de Tair, avec noircissement et durcissement de la substance. La matière noire renferme en effet plus d'oxygène que celle du latex, ainsi que l'avait vu Hikorokuro Yoshida, qui expliquait le phénomène
(t) L'expression: « transport de Toxygëne » peut s'entendre (dans rorganisme animal) de deux façons différentes; Tune purement mécanique^ comme c'est le cas des globules rouges du sang qui transportent l'oxygène du poumon aux différents organes ; l'autre chimique, c'est-à-dire moléculaire^ comme c'est le cas des ferments oxydants.
par la présence d'une substance précipi table par Talcool dont la présence est nécessaire.
G. Bertrand a isolé du latex de Farbre àlaque unesubstance soluble dans réther,le laccol,une autre soluble dans Feau, et une autre précipitable parTalcool, qu'il appelle \a.laccase^ car c'est sa présence qui transforme lelaccolenune substance brune plus oxygénée, retirée par précipitation. Elle est formée surtout de deux gommes (Farabane et le galactane) auxquelles s'ajoute de Fazote qu'on suppose appartenir à une substance albuminoïde, qui est la véritable diastase, mélangée aux deux substances précédentes, entraînées avec elle dans la précipitation.
C'est en faisant agir cette diastase, non plus sur le laccol, corps insoluble dans l'eau et peu maniable, mais de préférence sur des phénols polyatomiques tels que Fhydroquinone,qu'on apu se rendre compte de ses propriétés oxydantes.
On mélange dans un flacon des volumes déterminés d'hydroquinone et cFair avec la laccase ; on agite le mélange.
Les hydrogènes phénoliques de Fhydroquinone passent à Fétat d'eau, et il se fait de la quinone suivant Féquation :
CGH60» + 0= C6H*02 + u«o.
11 y a disparition de Fair du ballon. Le liquide se fonce et il se forme un précipité cristallin, vert-métallique, qui est de la quinhydrone, combinaison de Fhydroquinone en excès avec la quinone produite par la réaction.
Avec l'acide pyrogallique et Facide gallique, la laccase donne lieu à une absorption d'oxygène accompagnée d'un dégagement d'acide carbonique, véritable phénomène d'oxydation respiratoire, ainsi qu'on voit.
VI. Structure moléculaire des corps oxydables par la laccase. — Les corps oxydables par la laccase sont multiples, mais appartiennent généralement à la série aromatique. Les plus facilement oxydables sont ceux qui contiennent dans leur noyau au moins deux groupements OH ou AzH*, situés l'un par rapport aux autres soit en position oj^tho^ soit en position joam. Ces groupements sont beaucoup plus instables que le groupement mêla.
VII. Rôle du manganèse. — Bertrand a observé de plus que la laccase est riche en cendres, et celles-ci riches en manganèse. Dans les précipitations successives du ferment, les échantillons présentent une activité proportionnelle à leur richesse en manganèse. Certaine plante (la luzerne) contient une laccase très peu active, dont les cendres sont très pauvres de ce métal : cette laccase augmente
d activité quand on le lui ajoute. Le manganèse seul, sans laccase, reste inactif, comme la laccase sans manganèse est inerte. Ce métal est irremplaçable par un autre.
BIBLIOGRAPHIE
Respiration des tissas. — Danilewski, Cenlr. f. d. med. Wiss.y 1874. — L. Hek- .ma:c:i, Unters. ûb. d. Stoffwechsel derMuskein. Berlin, 1867. — De Uumbold, Versuche ilber die yereizte Muskel und Nervenfaser, Berlin, 1797. —G. V. Liebig, Arch. f. Anat. und. Phys., 1850. — Matteucci, C R. Ac. se, 1. 1, 1856. — Tissot, Série de mémoires sur respirât, des muscles extraits du corps et échange gazeux, azote, hydrogène, Arch, de Phys., 5« série, t. VI, oct. 1894, p. 838 et 860; t. Vil, juillet 1895, p. 469 et 492; et oct. 1895, p. 641 et 663. — Valentin, Arch, f. Phys. Heilkunde, 1855.
Les oxydations dans le sang et les tissus. — Ferments oxydants. — J.-E. Abelois et G. Biarnès, Arch, de Phys,, 5« série, t. VI, juillet 1894; t. Vil, janv et avril 1895; t. IX, avril \S91\Biol., 1896. — J.-E. Abelous, Arch. de Phys., b* série, t. IX, janv. 1897. — G. Bertrand, Latex de Tarbre à laque, Bull, Soc. chim, de Patis, 1894, t. XI, p. 614 et 717 ; laccase dans les végétaux, C. R. Ac, se, t, CXX, p. 266, et t. CXXI, p. 166; Arch, de Phys,y 1896; Tyrosinase, C, R, Ac, se, mai 1896. — Bour- QUELOT, Gaïacol réactif, ferm. oxydants, Biol., nov. 1895 et 1896, etC. R. Ac. se, 1896.
— P. Carxot, BioLf 1896. — Giard, BioL, mai 1896. — Hoppe-Setlbr, Med. cbem. untersch., 1866, t. 1, p. 133. — Higolxerq et Paviot, Propriétés oxydantes, tumeurs, Biol,, avril 1896. — Jaquet, BioL, mars 1896; Arch, f. exper. Path. und Pharm., 1892.
— PiERi et Portier, Arch.de Phys., 1897, 5« série, t. IX, p. 60.— Salkowski, Cenlralbl. f. med. Wiss.y 1892, t. XXX, p. 849; Zeitschr. f. physiol. Chem., 1882, t. VU, p. 115. — ScHMiEDEBERG, Arch. f. expcr, Path, und Pharm., 1876, t. VI, p. 233, et 1881, t. XIV, p. 288 et 379.
Tension des e^az. — Voy. Lambling, Encyclopédie chimique, art. Sanr/ et Respiration.
Dans la lymphe. -- BOcuner, Arb. aus, d. physiol. Anstall zu Leipzig, t. XI, 1876.
— Gaule, Arch, f, Anat. und Phys., 1878.
Dans Turine. — Ewald, Arch. f. Anat, und Phys,, 1873. — Planer, Zeitschr. f. d. ges. d, Aerzte in Wien,, 1859. — Pfluger, Arch, f, d, ges, Phys., t. I et t. II. — Schoffer, Wien, Acad. Sitzungsber., t. XLI, 1860. — Strasblhg, Arch. /*. d. ges, Phys., t. VI, 187?.
Dans le lait. — Pflûgbr, Setchenow.
Oxydations intra-org^aniques. — E. Baumann, Act. Sauerstoff, Zeitschr. /'. physiol. Chemie, t. V, p. 244, 1881. — Estor et Saint-Pierre, C. R. Ac. se, 1873 ; Journ. anal, et phys., 1873. — Gad, Oxygène actif, Arch. f, Anat, und Phys,, 1887. — M. Nexcki et N. Sieber, Arch. f, d. ges, Phys., Bd XXXI, p. 319. — 0. Sciimiedeberg, Oxydationen und Synthesen, Arch. f. exper. Pathol, und Chemie, Heft 4 et 5, p. 288 ; Spaltungen und Synthesen, Ibid., XV, Heft 6, p. 379. — Schutzenberger, C. R. Ac, se, 187fc. — AsD. Takacs, Zeitschr, f. phys, Cheyn., Bd 11, p. 372, 1879. — Vierokdt, Zeitschr, f. Biol,, Bd XIV, Heft 3, p. 4-22, 1878. — W. Welten, Arch, f, d. ges, Phys., t- XXI, p. 361, 1881. — C. WuRBTER, Berichte d, deutschen chem. Gesellsch., XX, 1887.
— Zu.NTZ et Merino, Arch. f. d, ges. Phys,, XV, p. 631, 1878, et XXXII, p. 173.
Les faits ci-dessus relatés d'absorption d'oxygène par les tissus et d'exhalation concomitante d'acide carbonique sont, malgré les conditions grossières des expériences, très saisissants dans leur simplicité : mais ils s'éloignent par trop des circonstances et du mode
réels (le la respiration des tissus. En fait, ces derniers respirent non dans Tair, comme le poumon ou le sang, mais dans un autre milieu oxygéné, qui est le sang lui-même. C'est donc sur des tissus, au sein desquels le sang circule avec ses qualités et ses conditions normales, qu'il faut étudier rechange des gaz respiratoires. Nous sommes armés pour le faire. Cette étude a été tentée pour deux tissus en particulier, le tissu musculaire et la parotide prise comme type des organes glandulaires.