‹ Traité élémentaire de législation industrielle. Les lois ouvrières (volume 2)Chapitre 10 sur 128 · C. Wright, etc., etc · texte numérisé non relu

C. Wright, etc., etc

Tous ces auteurs sont loin de s'entendre sur toutes les questions de réglementation législative du travail. Mais du moins procèdent-ils tous de ce principe commun, de ce postulat, nettement contraire à la doctrine libérale (qui envisage TÉtat comme un mal nécessaire), que TÉtatesl, au contraire, Y organe suprême du droit, l'instrument de la justice. Sans Tintervention de l'Étal les égoïsraes s'entrechoquent, et le fort écrase le faible : c'est à rÉlal, représentant des intérêts généraux, qu'il appartient d'intervenir pour réprimer la lutte des individualités égoïstes et oppressives, pour maintenir l'équilibre entre les différents facteurs de la production, et assurer une meilleure répartition de la richesse (4).

peu près toutes les nuances de Tinterventionnisme ; le Handbuch der politUchftn GEkonomie, de Schônberg (collabor. : Conrad. Kohler, Lexis, Lôning. Neumann, Scheel, Wagner, etc., 4« éd., 1896, Tubingen, 2 forts vol.), et VHMdwôrterbttch der Sta&iswissenschaft, de Conrad (collabor. Elster. Lexis, etc.. Jcna, 1889-1894, 6 vol. — Cp. Stammhammcr, Bibliographie der So- €taipolHik.\»91. r • ,

(Il Parmi les ouvrages des auteurs précités, que nous aurons 1 occasion de citer au cours de cet ouvrage, cons. principalement au point de vue des tendances • Jay Etudes sur la question ouvrière en Suisse, 1893 ; Vassurancc ouvrière et U cause nationale pour la vieillesse {Rev, polit, et parlent,, avr. 1»95 t 4 p. 84), et Lévolution du régime légal de travail (ii)id.,1897,p. 575) ; Bouquin '/-a nouvelle réglementation de la journée du travail, 1901 ; Capitant Us retraites ouvrières, 1899 ; Dépasse. Transformations sociales ; Rist, Us \ransfornuLiioM du contrat de salaire [Rev. d'écon. poL, janv. 1902) ; Truchy, U système des impôts directs d'Etat en France, 1901)

rjCons notamment les rapports ou communications de MM. Mahaim,

Valiez, wâiweilep,aux Congrès de Bruxelles, I897,et de Paris, 1900.— Comp.

Ansiaux La théorie de l'individualisme [Rev. d'écon. poL, 1896, p. 855 et s.).

m V \vuarin. Une vue d'ensemble delà question sociale, 1896.

ai ^ârle développement parallèle du socialisme d'Etat dans les différents

roM noUmment: De Ronchamp. Les progrès du socialisme d'Etat

pay3, con - ^^^ d'écon, pol., 1895, p. 769) ; Mataja, Socialisme municipal

46. — En elle-même, la thèse nous paraît absolument juste. Ceux qui se posent en défenseurs de la liberté contre TEtat ne sont que trop portés, lorsque leurs intérêts particuliers sont en jeu, à solliciter des pouvoirs publics une intervention favorable à ceux-ci ; et puisqu'à moins de supprimer l'Etat, il y aura toujours une certaine contrainte légale, mieux vaut assurément que cette contrainte « s^exerce au profit de la collectivité entière, au lieu de nôtre mise en jeu que pour la défense de certains intérêts particuliers » (Wuarin, op. cit,, p. 159).

47.— Mais sur celte voie de Tinterventionnisme érigé en système, faisant antithèse à la thèse libérale, la pente est glissante, et plusieurs théoriciens du socialisme d'Etat sont parvenus, par une gradation logique, à des théories d'avant-garde, assez voisines de la thèse collectiviste. C'est ainsi qu'Ad. Wagner (1) réclame certaines limitations de la propriété privée, destinées à diminuer progressivement les inégalités sociales, et une extension corrélative du domaine de la propriété sociale : programme dont la mise à exécution, même par des voies rigoureusement légales, ne laisserait pas que d'entraîner un ébranlement considérable de Tordre social actuel. Conf. également les conclusions de Laveleye (La propriété et ses formes primitives), de Scheel, de Neumann, d'Andler, etc.... Schaeffle va plus loin encore, et dans une de ses œuvres au moins (2), semble admettre la possibilité de la réalisation des doctrines collectivistes.

48. — Fonctions économiques de TEtat ou de la commune. — D'autre part, le socialisme d'Etat a une tendance très nette à étendre progressivement le rôle économique de l'Etat ou des communes, et à favoriser soit la mainmise de l'Etat sur les voies ferrées ou les mines, soit l'exploitation en régie par les municipalités de tout un ensemble de services qui jusqu'ici étaient généralement exploités par des compagnies concessionnaires, eaux, gaz, transport en commun, etc. (3). M. Gide, qui, tout en se séparant sur certains points du socialisme d'Etat (V. infra) en a cependant, avec une grande netteté, retracé la

(Rev. d'écon. pol.j 189-i, p. 968, et 1895, p. 49) ; Cossa, p. 420 et s.) ; Rambaud, p. 347 et s.

^l) Lehrhnch der polUischen Œkonomie^ Leipzig, 7 vol. 1876, — 1893.

(2) Quintessence du socialisme, trad. Malon. — Scbseffle, il est vrai, dans un ouvrajçc posléricur {Anssichlslosigkeit der Socialdemokralen) s'est formeHement écarte du collectivisme.

(3) Le socialisme municipal a pris en Angleterre particulièrement un très grand développement, ainsi que nous rétablirons dans notre chapitre sur les monopoles. Comp. Mataja, Socialisme municipal, op. cit.

genèse et présenté la justification, fait remarquer, au sujet de celle extension du rôle économique de l'Etat, que Tobjeclion des libéraux, lirée de l'incapacité prétendue de TEtat en cette matière, n'a qu'une valeur très relative. Jusqu'à présent, en effet, dit-il, « TElat n'a été organisé qu'en vue de ses fonctions politiques el nullemenl de ses fonctions économiques,... mais il est permis d*espérer que le jour où TElat sera constitué en vue de ses nouvelles fonctions, il pourra exercer dans le domaine économique une action plus rationnelle et plus efficace que celle qu'il a exercé jusqu'à présent » (Gide, Principes d'économie politique. 7® édition, 1901, p. 87).

B. Socialisme chrétien ou christianisme social. — 49. — Le socialisme chrétien est plutôt une tendance qu'une école. Il n'est pas toujours facile en effet de classer tel économiste catholique dans Técole de Le Play ou dans celle du christianisme social, d'autant plus que parfois des avertissements venus de la Cour de Rome refrènent certaines hardiesses jugées compromettantes; pas plus qu'il n'est aisé de différencier un socialiste chrétien d'avant-garde d'un socialiste d'Etat pur ou même d'un collectiviste réformiste.

D'une manière générale cependant, les adeptes du socialisme chrétien, catholique ou évangélique (l),se reconnaissent à deux si- ^es distinctifs, qui permettent le plus souvent de les distinguer,

{Il Le catholicisme social, en France, remonte à Lamennais (journal L'avenir:. — Du reste, la plupart des socialistes français, dans la période comprise «ntre 1:^50 et 1850, Buchez,Ott, Roux-La vergne, de Cou x, Pecqueur, etc. se réclament du christianisme, et s'intitulent démocrates chrétiens. Mo*' de Kettelerj'ami de Lassalle^etTun des fondateurs du catholicisme social allemand, «st manifestement, au point de vue social, un disciple de Lamennais. — Cons. sur Thistoire du mouvement catholique social: de Girard, Kelleler et À^qaesiion ouvrière, 96; Nitti, Socialisme catholique ; U. P. Maunius, LEglise et la France moderne^ 93. — C'est en Angleterre qu'a pris naissance, avec Th. Carlyle, Kingsley, Ludlow, le socialisme évangélique, qui s'est ensuite introduit et développé aux Etats-Unis, dans les colonies anglaises, et quoique avec un moindre succès) en Allemagne. Cons. sur l'évolution de ce mouvement : Métin, Le iocialisme en Angleterre ; Verhacgen, Socialistes anglais : Rév. Kerby, Le socialisme aux Etats-Unis; Hev. Maurice, Christian socialism ; L. Brcntano, Die christtich-sociale Bewegung in England, Leipzig, 1K83 ; Sombart, Le socialisme et le mouvement social au A7A:« siècle, 9S : Pricc, Ilistory of political economy in England ; Goyau, L Allemagne religieuse^ proteslantisme yiS9S, — Comp.(mais dans un sens défavorable à ce mouvement social) : Périn. Socialisme chrétien, 79, et Le salaire d'après Vencyelique^ 91 ; Rambaud, p. 484 et s. ; Joly, Le socialisme chrétien^ 1892. — Sur le mouvement éthique, parallèle au mouvement social chrétien, mais MHS caractère confessionnel défini, provoqué par les œuvres de Uuskin, de Tombée, I apôtre des œuvres de patronage social : Cons. Bren tp.no, Pricc, Verhaegen^ op- cit., Geddes, John Raskin economist (Edimbourg, 1884), et Bmiihes. Raskin, et U Bible.

soit des libéraux chrétiens,comme Le Play,soit des interventionnistes sans épithète : — 1® Ils sont partisans d'une intervention de l'Etat plus ou moins accentuée en faveur des travailleurs, et constituent ainsi, dans les principaux pays civilisés, un véritable parti démocraie chrétien ; — 2» Ils ne conçoivent pas un Etat affranchi du dogme, mais un Etat dominé au contraire et dirigé par la tradition chrétienne : les catholiques se réclamant des Pères de l'Eglise et des Encycliques du Pape Léon XIII (Encycl. Rerum novarum, et Graves de communi)^ les protestants s'appuyant sur l'Evangile et s'efforçant de réaliser le royaume de Dieu sur terre (1).

50. — L'ordre social suivant Tidéal chrétien. — - En d'autres termes, les chrétiens sociaux ou démocrates chrétiens (2), abs-

(1) Il convient de citer, parmi les catholiques sociaux dont les œuvres ou la propagande ont exercé dans ces dernières années, ou exercent encore le plus d'influence : en France, MM. de Mun, de Scgur-Lamoignon, P. de Ségur, Turmann, Lapeyi*e, abbé Lemire, Bureau, Boissard, Le Cour-Grandmaison, Fonsegrive, abbé E. Blanc, abbé Six. R. P. Meyer, etc. (Organes pcriodi> qucs : L" Aasociation catholique, La Démocratie chrétienne ; — centres de groupement, Congrès périodiques des Unions de la démocratie chrétienne) : — en Belgique, MM. Verhaegcn, président de la Ligue démocratique belge, Deploige, de Wiart, Dubois, Legrand, Nyssens (réminent ministre du tra» vail, récemment décédé), etc. (organe: Revue sociale catholique); — en Suisse, MM. Mermillod, Dccurtins, de Girard ; — en Angleterre, cardinal Manning ; — en Allemagne, l'abbé Hitze ; — en Autriche, le prince de Lichtenstein, leader de l'antisémitisme, le comte de Lœsevitz, MM. de Vogelsang^ RudofT Meyer ; — en Italie, M. Toniolo, l'un des organisateurs de l'œuvi^e des Comités et Congrès, approuvée récemment et réglementée par le Saint- Siège (organes périodiques : Il domani dltaha, Fascio democratico) ; aux Etats-Unis, l'abbé Mac-Glyn.

Nous citerons, parmi les socialistes évangéliques : en France, MM. Sabatier, Babut, Chastand, Recolin, Ch. Robert (revue : Le Christianisme pratique ; centre de groupement, l'Association protestante pour Vétude pratique des questions sociales) ; — en Angleterre, le Rév. Headlam, fondateur de la Guild of St-Mathew ; —aux Etats-Unis les pasteurs Bliss, Herron, etc. {Churchsocial union) ; — en Allemagne, MM. Todt, Gœhre, le pasteur Stœcker {Centrai Verein fur social Reform, Chrisllich-social Bliitler). —Pour l'étude du mouvement chrétien social contemporain, cons. outre les ouvrages précités i R. P. Meyer, Principes fondamentaux de la sociologie chrétienne, 1893 ; des Rotours, Socialisme évangélique {Réf. sociale, janvier 1895) ; Gœhre, Die evanlisch'SOziale Eewegung^ Leipzig, 1896 ; Dechesne, Le mouvement social évangélique en Allemagne {Rev, d'économie polit., 1896, p. 1001 et s.) ; Max Turmann, Le catholicisme social depuis VEncyclique Rerum novarum^ 1900 ; Lapeyre, Le catholicisme social; Goyau, Autour du catholicisme social, et Le Pape, les catholiques et la question sociale, 95 ; Brants, Mouvement social et action catholique en Allemagne {Réforme sociale, 11 décembre 1900); Fonsegrive, La crise sociale^ 1901. — Voir aussi le Staatslexikon du D»" Bachem, 5 vol., Fribourg-en-Brisgau.

(2) Beaucoup d'entre eux, notamment M. de Mun, protestent contre le qualificatif de socialistes chrétiens qui leur est communément appliqué par leur» adversaires ; quelques-uns cependant, surtout en Allemagne et aux États^ Unis, l'acceptent sans hésitation.

Iraciion faite des nuances individuelles ou confessionnelles, prennent pour devise de leurs revendications cette éloquente parole de Lacordaire ; « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui tue, c'est la loi qui affranchit ». C'est la pure formule du socialisme d'Etat, avec cette différence toutefois que la loi, pour les socialistes chrétiens, est une loi calquée sur les enseignements du christianisme. Toute la société doit être réorganisée suivant l'idéal chrétien ; lorsque les représentants des pouvoirs publics auront, par des lois appropriées, restauré Tautorité du père dans la famille, d\i patron dans Tatelier, de l'Eglise dans l'Etat, chacun se retrouvera à son poste providentiel, les ouvriers accepteront docilement la tutelle bienveillante des patrons, et l'ordre succédera à l'anarchie économique. 51. — Signalons toutefois les tendances collectivistes de certains chrétiens sociaux, pour la plupart du groupe évangélique, dont les doctrines semblent assez voisines de celles d'Henry George ou de K. Marx. L'abbé Mac-Glyn, irlandais d'Amérique, était Tan des membres les plus influents du parti George ; la Guiid of Sl-Mathew (association évangélique anglaise) a des tendances socialistes qui la rapprochent du parti fabien ; il en est de même d'une fraction du parti évangélique allemand. Les catholiques sociaux, en Belgique et en Suisse, sont également en coquetterie avec le marxisme, et cette communauté partielle de vues se manifesta nettement au Congrès de Zurich de 1897. En France, la ligne de démarcation est beaucoup plus tranchée entre le parti socialiste et les chrétiens sociaux ; les catholiques se bornant, en général, à réclamer l'intervention de TEtat en faveur des faibles et la réorganisation de l'industrie sur la base corporative (1), les protestants se rattachant plutôt à la doctrine solidariste, dont nous parlerons plus loin (V. Gide, p. 40). Signalons toutefois, parmi les théoriciens actuels du catholicisme social, une évolution marquée dans le sens démocratique : plusieurs d'entre eux sont résolument hostiles à la conception aristocratique de Le Play, tendant à subordonner au patronat les groupements ouvriers (2).

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