VII. — États Scandinaves
509. — Suède et Norrège. — Ainsi que nous Tavons fait observer suprà (n^ 134), le régime des corporations obligatoires, procédant historiquement des ghildes Scandinaves, s'est perpétué dans la péninsule Scandinave jusque vers le milieu du XIX' siècle (1846). Comme en Autriche, dans la période 'Comprise entre 1859 et 1883 (V. infrà), les corporations patronales suédoises ou norvégiennes ont survécu comme associations libres ; mais tandis que dans l'Empire austro-hongrois les industries de métier étaient, au bout de quelques années, replacées légalement sous le régime de l'obligation, avec prééminence de l'autorité patronale, le mouvement syndical affectait au contraire en Suède et en Norvège un caractère nettement démocratique. Les Unions ouvrières, locales d'abord, puis fédérées, prenant bientôt une part active au mouvement social, déterminaient un courant intense dans le sens des lois prolectrices du travail, et, comme en Belgique, ne craignaient pas de 5e mêler activement aux luttes politiques. C'est ainsi que récemment les fédérations ouvrières suédoises tentèrent d'utiliser l'arme de la grève générale pour obtenir le suffrage universel, déjà consacré par la législation norvégienne (3).
510. — Danemark : prédominance du contrat collectif. — Plus accentuée encore a été l'évolution des groupements professionnels au Danemark. Bien que la disparition du régime corporatif ne remonte dans ce pays qu'à 1857, les organisations ouvrières, favorisées par la liberté d'association inscrite dans la Constitution de 1874, y sont puissamment organisées et fédérées, sous l'égide du parti social démocratique (4). Les chefs d'indus-
(t) Comp. lois françaises des 18 décembre 1893 et 28 juillet 1894 sur les menées anarchistes, et loi du l»"" juillet 1901, art. 12. —V, suprà, n« 394.
(2) Comp. <^sta, Le eollectivisme en Espagne ; Maze-Sencier, Socialisme en Espagne {Rev. polit, et parlent., t. 17, p. 338).
(3) Lindley, Le mouvement ouvrier en Suède {Humanité nouv>elle^ numéro de janvier 1900) ; Soziale Praxis, numéro du 22 mars 1902. — V. aussi Glotin, p. 361.
(4) Von F. Lindenberg^, Arbeiierbewegung und Sozialdemokratie in Danemark {Soz, Praxis, 29 mai 1902).
trie, de leur côté, ont formé de vastes unions parfaitement disciplinées ; — et à la suite d'un long conflit précédemment rappelé (V. suprà, n® 297), est intervenu entre TAssociation patronale danoise et les Unions ouvrières fédérées un véritable traité de paix, qui peut être considéré comme le prototype des contrats collectifs de l'avenir.
En voici quelques clauses significatives : « L'Association patronale danoise et les Unions fédérées se reconnaissent mutuellement le droit de déclarer ou d'approuver une suspension de travail ; il ne pourra toutefois y avoir lock-out ou grève sans qu'une assemblée tenue et constituée conformément aux statuts de l'une ou l'autre association, l'ait voté par au moins 3 voix sur 4... Les contrats passés par les fédérations seront respectés et observés par tous les syndicats affiliés, les fédérations restant responsables de cette obsen^ation... Les contrats relatifs aux tarifs de maind'œuvre et autres conditions du travail ne pourront être dénoncés avant 3 mois au moins à partir de ce jour... La commission mixte nommée par les fédérations devra statuer en premier ressort sur toute infraction au présent accord... etc.. » (1).