Méthode mathématique. — Ainsi, la méthode malhéma
1 Comp. sur ce mouvement, nettement caractérisé en France par les polémiques Millerand-Jaurès en 1901, J. Guesde-Jaurès en 1907, en Allemagne par le cas Bernstein, en Italie par l'incident Turati-Ferri : — Villey, Les transformations de Vidée socialiste (Rev. d'ècon. polit., 1895, p. 548} ; Bernstein, Wie ist wissenschaftlicher Socialismus mœglich, Berlin, 1898, et Socialisme théorique et socialisme pratique (trad. franc.) ; Kautsky, Le marxisme et son critique Bernstein, 1899 ; Bourdeau, L'évolution du socialisme, 1 vol., 1901, et Revue du mouvement socialiste (Rev . politique et parlementaire, passim) ; Millerand, Socialisme réformiste, 1903, etc. ; Georges Benard, Le régime socialiste, 3e édit., 1903 ; Fournière, La crise socialiste, 1908. —Assurément le syndicalisme français est aussi nettement révolutionnaire que possible, et les doctrines de la Confédération générale du travail, qui s'est constituée son porte-parole, sur l'antipatriotisme (hervéisme), l'action directe et la grève générale, confinent a l'anarchie (V. Brouilhet, op. cit., p. 245). Mais cette attitude outrancière est condamnée par plusieurs théoriciens autorisés du socialisme français, tels que Fournière, directeur de la Revue socialiste, et le parti socialiste international ne Ta pas répudiée moins énergiquement, dans deux circonstances récentes : désaveu des résolutions du Congrès national de Nancy par le Congrès international socialiste de Stuttgart (août 1907, Rev. socialiste, sept. 1907, p. 264 et s.) ; rejet en sept. 1907, par la Conférence internationale syndicale de Christiania, des motions de la C. G. T. française tendant à inscrire à l'ordre du jour des débats la grève générale et Fantimilitarisme.
tique ', préconisée jadis en France par Cournot et Dupuit, reprise et perfectionnée par Gossen en Allemagne, Stanley-Jevons en Angleterre, et dont les principaux représentants sont à l'heure actuelle, depuis le décès de Walras (1910), Edgeworth et Marshall en Angleterre, Pantaleoni et Vilfredo Pareto en Italie, Auspitz et Lieben en Allemagne, Fisher aux Etats-Unis, Colson et Aupetit en France, celte méthode, dis-je, n'exerce aucune influence bien définie sur les tendances de ceux qui l'emploient, principalement ou accessoirement. Il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer que Walras s'est orienté dans le sens collectiviste 2, tandis que Marshall et plusieurs autres, Colson notamment, restent fidèles aux doctrines libérales
21. — Méthode psychologique (école autrichienne). — La même observation pourrait être faite au sujet de la méthode psychologique mise en honneur par l'école autrichienne, dont les déductions rigoureuses se rapprochent par leur précision de celles de l'école mathématique s. Les principaux représentants de l'école admettent l'intervention de l'Etat dans une certaine mesure ; mais il n'y a aucun lien nécessaire entre leurs déductions logiques, et notamment leurs remarquables études sur la valeur, et leurs conclusions sur la question de l'interventionnisme.
22. — Méthode monographique. — Il n'est pas jusqu'aux méthodes dont l'application semble devoir logiquement conduire à des solutions favorables à l'étatisme, qui ne soient utilisées par des
i Parmi les principaux ouvrages procédant de cette méthode, cons. principalement: Cournot, Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, 1833 ; Stanley-Jevons, The theory of political economy, 2e édit., Londres, 1879 ; Walras, Eléments d'économie politique pure ou Théorie de la richesse sociale, lre édit. , Lausanne, 1874, 4e édit., 1900 (comp. du même auteur, les Etudes d'économie sociale, 1896, et les Eludes d'économie politique appliquée, 1898Î ; Pantaleoni, Principii di economia pura. Florence, 1889 ; Vilfredo-Pàreto, Cours d'économie politique^ vol., 1896-97 ; Aupetit, Théorie de la monnaie. — Pour l'exposé et la critique de la méthode, cons. notamment : Cossa, op. cit., p. 101 et suiv. ; Rambaud, op. cit., p. 277 et suiv. ; Gide, op. cit., p. 22 ; Paul Leroy Beaulieu, op. cit., t. Jcr, p. 84 et suiv. ; E. Bouvier, La méthode mathématique en économie politique (1 vol. in-8, 1901), et Le jubilé de M. L. Walras (Quest. pratiques, 1909, p. 235 et s.) ; Gide et Risl, op. cit., p. 592.
2 II y a toutefois des différences notables entre le collectivisme agraire d'Henry George, par exemple, et le système de racbat des terres par l'Etat préconisé par Walras. — V. l'exposé de ce système dans la lettre de M. Walras publiée dans les Questions pratiques, numéro d'avril 1902, et dans l'étude synthétique du même auteur intitulée « La paix par la justice sociale et le libre-échange » {Quest. pratiques de lég. ouvrière, 1907, juin-octobre).
3 Sur les travaux de l'école autrichienne, notamment de Sax, Meng-er, Bôhm-Bawerck, Mataja, cons. notamment : Cossa, p. 429 et s. ; Gide et Rist, p. 607. — Ces derniers auteurs font observer avec raison que, depuis les travaux de Clark, Patter, etc., celte école est devenue plus américaine qu'autrichienne, — Cons. J. B. Clark, Principes d'économie, trad. Oualid et Leroy, 1911.
économistes aux tendances opposées. Ainsi, la méthode monographique, qui procède manifestement de la méthode inductive, préconisée par les écoles interventionnistes, a été mise en honneur par l'école de Le Play, dont les tendances libérales sur le terrain économique sont indéniables (V. infra).
23. — Méthode naturaliste (sociologie biologique) *. — L'école de la sociologie biologique, qui envisage la société comme un organisme vivant, anatomiquement et physiologiquement analogue à l'organisme humain, devrait, semble-t-il, être logiquement conduite, et par son concept, et par sa méthode, empruntée aux scien-
1 Pour l'étude des doctrines de la sociologie biologique, cons. notamment : — comme précurseurs : Auguste Comte, Cours de philosophie positive, t. IV, et La sociologie, édit. Rigolage, 97 ; H. Spencer, Principes de sociologie, t. II ; de Roberty, La sociologie, 1881, et Nouveau programme de sociologie, 1904 ; — parmi les théoriciens de l'école : Espinas, Les sociétés animales, 1877 ; Scheeffle, Hau und Leben des socialen Korpers, 1875-78 ; Lilienfeld, Pathologie sociale, 1896 ; Gumplowicz, Précis de sociologie , 1896 ; Novicow, Conscience et volonté sociales, 1897 ; de Greef, Transformisme social, 1895, et La structure générale des sociétés, 2 vol., 1908 ; Izoulet, La cité moderne, 1894 ; Perrier, Le transformisme et Colonies animales ; Ferri, Sociolisme et science positive, trad. Croce. 1897 ; Worms, Organisme et société, 1896, Philosophie des sciences sociales, 3 vol., 1907, et Principes biologiques de l évolution sociale, 1910. —V. aussi Durkheim, La division du travail social, 1901, etc. — Organes de l'école : Revue internationale de sociologie ; Annales de l'Institut international de sociologie. — Certains sociologues, et non des moindres, tout en considérant la société comme une réalité organique, comme un individu physiologique, lui refusent la conscience, la personnalité ou individualité psychologique (Fouillée, La science sociale contemporaine ; Giddings, Principes de socioloqie, trad. et préf. Combes de Lestrade, 1897).
Pour toute une école de jurisconsultes, théoriciens du droit public, l'Etat est bien une personnalité réelle, mais réelle d'une réalité en quelque sorte métaphysique : l'Etat, en d'autres termes, est la personnalité juridique suprême, organe de l'unité collective de la nation, sujet et support de l'autorité publique.— Esmein, Elém. dedr. constitutionnel, 2e éd., 1899 ; Michoud, La théorie de la personnalité morale, 1906 ; Jellinek, System der offenllichen subjektive Rechten, 1892, etc. — V. aussi Hauriou, La science sociale traditionnelle, 1896, et leçons sur le mouvement social (théorie des tissus sociaux, tissu métaphysique de l'Etat). — Cf. sur le concept juridique de personnalité, notre Traité des sociétés commerciales, t. Ier, p. 194 et s.
D'autres sociologues enfin, au premier rang desquels s'était placé M. Tarde, refusent à la société toute réalité objective, et considèrent son assimilation à un organisme vivant comme une simple métaphore dont il serait périlleux d'exagérer la valeur (Tarde, Etudes de psychologie sociale, 1898 ; et Psychologie économique, 2 vol. 1902. — Conf. H. Michel {Vidée de V Etat, 1895), Dupont, Ô. Tarde et l'Economie politique, 1910. —V. aussi Duguit : L'Etat, le droit objectif et la loi positive, 1901, et Le droit social : le droit individuel et la transformation de l'Etal, 1908. Ce dernier auteur développe, avec un grand talent, une thèse très personnelle sur l'identité de l'individuel et du collectif, et la conciliation possible, par la solidarité, des deux points de vue antinomiques et également faux de l'individu supérieur à l'Etat, ou de l'Etat souverain s'imposant à l'individu. — Sur le solidarisme : v. infra. — Cons. encore sur les différentes écoles sociologiques : Bernés, Les deux directions de la sociologie contemporaine (Rev. d'ècon. pol., 1894, p. 193) ; Darlu, L'état actuel et la méthode des sciences sociales (Rev. pédagog., mai 1898).
ces naturelles, à subordonner la partie au tout, la cellule à l'être collectif formé de l'agrégat des cellules individuelles, l'individu isolé à l'Etat omnipotent et souverain. Il n'en est rien cependant, et au point de vue des tendances, les sociologues sont très loin de constituer une école homogène '.
Sans doute, la plupart d'entre eux sont favorables à l'étatisme, à une législation plus ou moins interventionniste ; mais la sociologie compte cependant des individualistes déterminés, tels que Spencer et Novicow parmi les adeptes de la sociologie biologique ", et Tarde parmi les sociologues dissidents. Et, d'autre part, l'on trouve parmi eux toutes les nuances de l'interventionnisme, depuis l'interventionnisme modéré, fondé sur le concept de solidarité, d'Hauriou, Izoulet, Worms, Fouillée, H. Michel ou Duguit, jusqu'au socialisme d'État confinant au socialisme de Schœffle, ou aux conclusions collectivistes de Ferri, Durkheim ou de Greef, très voisines de celles de Renard, adversaire déterminé cependant de la théorie organique (V. Renard, Le régime socialiste).
Les écoles économiques au point de vue de leurs tendances \ — 24. — Envisagées au point de vue de leurs tendances, les écoles économiques actuelles peuvent se répartir en trois groupes principaux : écoles socialistes, écoles libérales, écoles interventionnistes, qu'il convient d'étudier successivement.
§ 1er. — - Les écoles socialistes.
25. — Les principales écoles socialistes. — Ce n'est point ici le lieu d'exposer les théories sociales qui se sont succédé dans le cours des âges *, ou qui ont cours à notre époque. Nous ne décri-
1 Sic : Levasseur,' Questions ouvrières, p. 382.
2 Cons. spéc. : Spencer, L'individu contre l'Etat (trad. Gerschel, 1888), ouvrage d'un libéralisme intransigeant ; Novicow, Les gaspillages des sociétés modernes,
3 Sur les différentes écoles en présence, cons. notamment les ouvrages précités de Bourguin, Levasseur, Brouilhet, Gide et Rist, etc. V. aussi Martin' Saint-Léon Autour de la presse sociale, Les écoles et leurs organes (L'Energie française, n° 16 fév.
4 Sur l'histoire du communisme et du socialisme, depuis l'antiquité jusqu'au marxisme exclusivement, cons. notamment : Souchon, Les théories économiques dans la Grèce antique, 1898 ; L. Reybaud, Etudes sur les réformateurs ou socialistes, modernes ,2 vol., ire éd>, l840> 7. éd>> 1864 . Sudre ^m>e ^ communisme, 4° éd., 1850 ; Stegmann et Hugo, Handbuch des socialismus, Zurich, 1897; Kautsky, Thomas More und seine utopie ; Weill, L'école Saint-Simonienne ; Lichlenberger, Le socialisme au XV 111* siècle, 1895, et Le socialisme utopique, 1898 ; Janet, Oriqines fQMofCln llsmf.'0n[emP°^.in' 1883 ;Charléty, Essai sur l'histoire du Saint-Simonisme, 1896 ; De Witt, Saint-Simon, 1902 ; Prudhommeaux, Histoire de la communauté
rons donc ni les systèmes de reconstruction sociale des précurseurs du socialisme moderne, Saint-Simon, Fourier, Robert Owen, ou leurs disciples (Enfantin, V. Considérant, etc.), ni le communisme de Babeuf ou de Gabet, ni les conceptions des socialistes de transition, tels que P Leroux, Pecqueur, Vidal ou Mario. Stuarl- Mill ou Rodbertus, ni les vues étatistes et coopératistes de Louis Blanc, dont l'action a été puissante sur le développement de la législation protectrice du travailleur, ni les théories singulièrement complexes, et parfois antinomiques, de Proudhon, ennemi déterminé de la propriété individuelle, mais également hostile à la centralisation collectiviste, et qui, à ce titre, peut être considéré comme un précurseur tout à la fois de l'anarchisme théorique et de la conception fédéraliste en honneur aujourd'hui dans un grand nombre d'organisations ouvrières (Comp. Gronlund, Coopérative Commonwealth).
26. — Nous n'exposerons pas davantage la théorie collectiviste de l'école du matérialisme historique, ou école marxiste, consignée dans l'œuvre monumentale de Karl Marx, Le capital, et développée, commentée et critiquée depuis lors par toute une pléiade d'écrivains favorables ou hostiles au socialisme scientifique, dont les formules sont loin d'ailleurs d'être fixées *. Le cadre de cet ouvrage ne nous
icanenne, 1907 ; Dolléans, Robert Owen, 1907 ; — B. Malon, Précis historique de socialisme, 1892 ; Engels, Die Entwickelung des Socialismus von der iJtopie zur Wissenschafl, 1882 ; Von Scheel, Socialismus und Kommunismus (Handbuch de Schonberg, t. Ier, précité) ; Maisonneuve, Pecqueur et Vidal, 1898 ; Sa m bue, Le socialisme de bourier, 1899 ; Isambert, Les idées socialistes en France de 1815 à 1848, 1904 ; Fournière, Les théories socialistes au XIXe siècle (de Babeuf à Proudhon), 1904 ; Paul Louis, Les étapes du socialisme 1904 ; Berlhod, Proudhon et la propriété, 1910. — Conf. les ouvrages précités d'Espinas, Cossa, Bambaud. H. Denis, Weill. etc. — V. aussi Stammhammer, Bibliographie des Socialismus und Communismus, Iéna, 1893.
1 Cons. notamment, sur le mouvement socialiste contemporain : — parmi les ouvrages français à tendances nettement collectivistes, ou communistes : Benoit Malon, Socialisme intégral, 3 vol., 1892 ; Benard, op. cit. ; J. Guesde, Le socialisme au jour le jour ; G. Deville, Principes socialistes, 1898 ; Fournière, L'idéalisme social, et L'individu, Vassociation et l Etat, 1907 ; Deslinières, L'application du système collectiviste, 1899 ; Jean Grave, Za société mourante et l'anarchie, et La société future; Jaurès, Etudes socialistes, 1902 ; Emm. Lévy, L'affirmation du droit collectif (préf. d'Andler), 1903 ; Tarbouriech, Essai sur la propriété, 1904 ; Georges Benard, Mantoux, Landry, .etc., Le socialisme à l œuvre, 1907 ; G. Sorel, Réflexions sur la violence, 1908 ; — parmi les ouvrages allemands : Engels, Die Entwickelung des Socialismus, précité ; Liebknecht, Was die Sozialdemokrulen sind und wollen, 1891 ; Bernstein, Socialisme théorique et social-démocratie, trad . Cohen, 1900; Menger, L'Etal socialiste, trad. Milbaud, 1904 ; 0. Effertz, Les antagonismes économiques lintrod d'Andler). 1906 :Kautsky, Le programme socialiste, trad. Bemy, 1910; — parmi les ouvrages belqes : H. Denis, op. cit. ; Vandervelde, Le collectivisme et l'évolution industrielle ; — parmi les ouvrages italiens : Ferri, Socialisme et science positive, trad. Croce, 1897 ; Groce, Matérialisme historique, trad. Bonnet,
permet pas de suivre, dans les œuvres des contemporains de Marx, tels que Lassalle ou de Paepe, de ses disciples directs, Engels, Lafarge ou Kautsky par exemple, ou de ses continuateurs, les déformations qu'a subies la doctrine primitive, soit dans le sens révolutionnaire, soit dans le sens évolutionniste :
Collectivisme intégral, internationaliste, ou révolutionnaire, préconisé par l'Association internationale des travailleurs, et, depuis la dissolution de cette association, parla plupart des groupements socialistes nationaux et des Fédérations internationales (Fédération internationale des mineurs, Internationale socialiste de Bruxelles, etc.) ; parti socialiste unifié (adhérent à l'Internat, ouvr., P. S. F. F. I. 0.) avec Jules Guesde, Lafargue, Jaurès, Vaillant, Allemane. Lagardelle, G. Sorel, etc.)1; Sociale démocratie allemande avec
1901 ; Labriola, Essais sur la conception matérialiste de ihistoire, préf. de Sorel, 2° éd., 1902 ; — parmi les ouvrages anglais : Hyndmann, The historical bases o[ socialism in England, et Fabian essays in socialism, de B. Shaw, S. Webb, etc., London, 1889 ; Hobhouse, Democracy and Reaction, Londres, 1904 ; — parmi les ouvrages américains : Gronlund, Coopérative commonwealth ; Bellamy, Looking Hackward, roman communiste traduit el réfuté par M. de Leslrade sous le titre Seul de son siècle (Comp. Travail, de Zola) ; — parmi les ouvrages russes : P. Kropotkine, La conquête du pain, préf. d'E. Reclus, 1895, et L'entraide, 1906, etc. — Cons. également, parmi les ouvrages favorables, dans une certaine mesure, au colleclivisme : de Laveleye, Le socialisme contemporain, 6e éd., 1891 ; Schaeffle, La quintessence du socialisme, trad. fr., 1891 ; B. et S. Webb, Industrial democracy, 1898; Walras, ouvr. précité, et L'économique appliquée à la défense des salaires (Rev. d'écon. polit 1897, p. 1018 et s.) ; Cli. Secrétan, Mon utopie, etc.
Pour l'exposé descriptif des progrès du socialisme dans les divers pays, cons. : Destrée et Vandervelde, Le socialisme en Relgique, 2e éd., 1903 ; Métin, Le socialisme en Angleterre ; René Gonnard, Le socialisme anglais contemporain, 1903; von Scheel, Die Socialdemokratie (Handbuch de Schônberg-, t. 1er, p. 136 et s.:; Blondel, In congrès ouvrier allemand {Quest. pratiques, 1904, p. 1 et s.) ; Sombart, Socialismus und Soziale Bewegung, 6e éd., 1908 ; Weill, Histoire du mouvement social en France, 2e éd., 1910; Le socialisme à l'étranger, par Bardoux, Gidel, Isambert, Louis Jaray, Marvaud, de san Miguel, Quentin-Bauchart, Revon et Tardieu, 1909; Kirkup, An inquiry into socialism, New- York, 1910. — V. aussi Hilier, La dernière évolution doctrinale du socialisme, le socialisme juridique [Rev. d'éc. polit., 1906); Brouilhet, op. cit. ; Gide et Rist, op. cit.
Pour la critique des systèmes socialistes, cons. notamment: Paul Leroy-Beaulieu, Le collectivisme, 4e éd., 1903, Richter, Où mène le socialisme, trad. Villard (satire ingénieuse, quoique un peu fantaisiste, du socialisme scientifique) ; Boilley, Les trois socialismes : anarchisme, collectivisme, réformisme, 1895; Villey, Le socialisme contemporain, 1898; Bourdeau, L'évolution du socialisme, 1901 ; Vilfredo Pareto, Les systèmes socialistes, 2 vol., 1902; Souchon, L'avenir du socialisme (Rev. polit, et pari., 1905.1.368); Aucuy, Les systèmes socialistes d'échanges, 1907; Bourguin, op. cit., et Un nouvel essai sur le régime socialiste (Rev. polit, et pari., 08. 1.365); Pic, Le conflit des doctrines [Quest. pratiques, 1911.188); Braibant, Le socialisme et V activité économique, 1911. —V. aussi les ouvrages précités de Cossa, Rambaud, H. Michel et Levasseur.
Périodiques à tendances socialistes ; en France, Revue socialiste, Mouvement socialiste, Cahiers de la quinzaine, Revue syndicaliste ; en Allemagne, le Vorwàrts, etc. i On connaît, par les débats retentissants des Congrès socialistes de ces dernières années, les dissensions des partis ouvriers et socialistes en France. Jusqu'en
Bebel, Kautsky, Liebknecht, etc. ; parti socialiste belge avec Anseele, Volders, H. Denis, Vandervelde, — anglais avec Hyndmann, américain avec Gronlund, — partis ouvriers italien (en voie d'évolution vers le réformisme) et espagnol (à tendances anarchistes) ;
Collectivisme agraire de l'école anglo-américaine de Stuart-Mill, Wallace, Henry George (comp. Walras) ;
Collectivisme réformiste ou socialisme expérimental (fortement teinté d'idéalisme en France, plus pratique et méthodique en Angleterre), de Benoît Malon, Fournière, Rouanet, Millerand *, Viviani, Briand, Renard, G. Deville, G. Bourgin, E. Châtelain en France, d'Edg. Milhaud en Suisse, Vollmar, Schsef'fle ou Bernstein en Allemagne, des nouvelles Trade-Unions et de la Fabian Society
1905, ces divisions semblaient tenir plutôt à des questions de méthode ou de tactique à l'égard des partis bourgeois qu'à des divergences fondamentales de doctrine. Aussi, en 1902, pouvions-nous résumer la position respective des groupes dans la formule suivante: — les guesdistes on marxistes (parti ouvrier français, parti socialiste de France) sont partisans d'une action politique à tendance révolutionnaire basée sur le principe de la lutte de classes, sans aucune compromission avec les partis bourgeois (cas Millerand) ; — les allemanistes (parti ouvrier socialiste révolutionnaire), qui ont passé de la théorie possibiliste au socialisme révolutionnaire, n'usent de l'action électorale que comme moyen d'agitation, et préconisent surtout comme arme de combat la grève générale ; — les blanquistes, à tendances communistes un peu vagues, sont partisans eux aussi d'une action politique et révolutionnaire, mais indépendante de l'action syndicale, les bataillons politiques et les bataillons économiques devant suivre une marche parallèle indépendante.
La situation, toutefois, s'est sensiblement modifiée depuis la constitution en 1905 du parti socialiste unifié, à la suite du Congrès international d'Amsterdam (1904) et du Congrès de Chalon (oct. 1905). En face du parti socialiste unifié (P. S. S. F. I. 0.), partisan résolu delà lutte de classes, ennemi de toute compromission avec les partis bourgeois, s'est dressé le parti socialiste autonome, fraction importante de l'ancien parti ouvrier français, qui, bien que poursuivant le même idéal, répudie la tactique révolutionnaire et accepte franchement la politique d'action commune des partis radical-socialiste et socialiste pour la réalisation des réformes pratiques. — Sur le collectivisme altéré de G. Renart, par exemple, cons. Bourguin, op. cit., p. 75 et s. — Les exagérations du Congrès unifié de Nancy, condamnées par le Congrès international de Stuttgart, ne peuvent que fortifier en France l'action modératrice des socialistes indépendants. — Sur ces Congrès, cons. Blum, Les Congrès ouvriers et socialistes ; de Seilhac, Les Congrès ouvriers en France, 1902, et Le Monde socialiste, 1904 ; G. Alfassa, Le Congrès socialiste d Amsterdam (Quest. pratiques, 1904, p. 461, 495, et 1905, p. 9; Revue socialiste, nos sept, et oct. 1907).
1 Millerand, Le socialisme réformiste français, 1903 (véritable manifeste de la fraction modérée du parti socialiste français). — V. aussi Fouillée, Le socialisme et la sociologie réformiste, 1910; Challaye, Socialisme révolutionnaire et socialisme réformiste, 1909. Il convient également de rattacher à ce groupe les syndicats indépendants qui, tout en figurant dans les Congrès socialistes, y représentent l'élément pondérateur et pratique, et s'efforcent, malheureusement sans grand succès, de faire prévaloir les idées de progrès méthodique par l'organisation syndicale, et l'action combinée de l'Etat et de la commune ^socialisme municipal). — Cf. Mater, Le socialisme conservateur ou municipal, 1909.- La Fédération du livre se rattache 1res nettement à ce groupe.
en Angleterre (B. et S. Webb, op. cit.), des Chevaliers du travail aux Etats-Unis, dont l'objectif est au fond le même que celui du collectivisme intégral et révolutionnaire, mais qui prétend arriver au but progressivement, grâce à l'extension graduelle et indéfinie du rôle de l'Etat et de la commune dans l'ordre de la production ;
Communisme révolutionnaire (parti blanquiste) et Collectivisme anarchiste, dont les adeptes, disciples de Bakounine, Jean Grave, Kropotkine et autres, préconisent comme moyen la destruction violente, l'anéantissement de la société capitaliste, Vamorphisme, et comme but Yanarchie : l'absence même de toute contrainte légale leur apparaissant comme un état social idéal, où la personnalité humaine s'épanouira en toute liberté, et jouira au sein d'un communisme universel (d'ailleurs mal défini, et pour cause !) d'une félicité complète.
Bien qu'elle s'en défende parfois, la Confédération générale du travail, devenue depuis 1902 l'organe central du syndicalisme ouvrier (v. infrà), semble de plus en plus orientée dans le sens du collectivisme anarchiste *. Et ainsi s'explique, au moins autant que par une défiance instinctive à l'égard des politiciens, la scission très nette qui, malgré les efforts de Jaurès pour conserver la direction des groupements socialistes, fût-ce au prix de certaines concessions aux théories les plus extrêmes (Congrès de Nancy), s'est produite, en France surtout, entre le socialisme parlementaire et le syndicalisme.
Bien différente à ce point de vue est l'attitude du Labour parti/ anglais, acquis dans son ensemble aux réformes pratiques et progressives 2.
27. — Revendications immédiates, sur le terrain de l'action parlementaire. — Toutes ces théories, dans lesquelles l'imagination individuelle a une forte part, et dont la plus raisonnable ou la plus pratique supposerait, pour sa réalisation intégrale, un bouleversement complet de l'ordre social, ne sauraient être examinées ici, même sommairement s.
1 Parmi les théoriciens du syndicalisme ainsi entendu, cons. : G. Sorel, Les illusions du progrès, 1908 ; Hervé, U internationalisme, 1910 ; Paul Louis, Le syndicalisme contre CEtat, 1910. — V. aussi La voix du peuple, organe officiel de la C. G. T., et la Bataille syndicaliste.— Pour l'étude objective de ce mouvement, cons., outre les ouvrages précités de Brouilhet, Gide-Rist et Challaye : Le\&sseur, Questions ouvrières, p. 390; Bourdeau, Le procès de la démocratie (Débats, 12 sept. 1908).
* Sur les T rade- Unions anglaises et leurs Congrès, v. infra, n° 482.
3 « Ces utopies, écrit M. Millerand (Social, réformiste), sont sans inconvénient ; elles peuvent même être utiles si on n'oublie pas de les tenir pour ce qu'elles sont : des œuvres d'imagination dont la réalité modifie chaque jour la mouvante apparence.»
C'est seulement, en effet, au point de vue de leurs revendications immédiates, sur le terrain de l'action parlementaire, que les doctrines socialistes se rattachent directement à notre sujet. Or, sur ce point, et à ne considérer que les apparences, les revendications des socialistes ne semblent pas différer sensiblement (et c'est un point sur lequel insistent les libéraux pour nous combattre) decelles des interventionnistes les plus déterminés. Les uns et les autres, en effet, réclament une organisation plus forte des groupements professionnels ouvriers, une limitation rigoureuse de la durée de la journée de travail même pour les adultes, la généralisation du système des assurances obligatoires, une réglementation du contrat de travail destinée à assurer à l'ouvrier l'intégralité de son salaire, la tentative obligatoire de conciliation pour les conflits collectifs, la réglementation internationale du travail, une politique agraire favorable au morcellement de la propriété *.
28. — Le but réel poursuivi : ligne de démarcation entre le socialisme et l'interventionnisme. — Mais il importe ici d'écarter les apparences pour envisager le but poursuivi. Or, à ce point de vue, un fossé profond sépare les collectivistes, même les plus modérés dans leurs revendications immédiates, des interventionnistes. Les premiers, en effet, envisagent les réformes législatives qu'ils réclament comme une simple étape dans la voie de la socialisation des moyens de production, qui est leur but (sur cette tactique, <;onsult. notamment les écrits de Lassalle, Jaurès, Fournière, Bemstein). Les seconds considèrent au contraire ces réformes comme le moyen de préserver la société actuelle de tout bouleversement, par des concessions opportunes aux légitimes revendications des masses, et de faire, suivant l'expression de M. Gide, l'économie dune révolution.
Les premiers sont donc des révolutionnaires, quelle que soit leur modération présente, à moins toutefois qu'ils ne restent plus attachés au collectivisme que par une sorte de dilettantisme, et qu'au fond ils avouent l'impossibilité de sa réalisation intégrale (Andler2 ou Millerand en France, Bernstein en Allemagne, Turati en Italie, Adler en Autriche). Les seconds sont des conservateurs, dans l'acception scientifique du terme, si hardies que paraissent être leurs conclusions.
29. — Et celte différence dans le but poursuivi réagit nécessaire-
1 Cf. Vandervelde, Le socialisme et l'agriculture, 1906 ; Damasch, La réforme agraire, trad. Karmin, 1906; Sabattier, Le morcellisme .
3 Andler, Les origines du socialisme d'Etal en Allemagne, 1897.
ment sur le fond même des réformes réclamées. Que l'on compare, par exemple, le projet de Code du travail1, déposé le 15 janvier 1903 (Ch., annexe n° 649), par M. Dejeante au nom du groupe socialiste (réédition du projet Groussier de 1898), à l'ensemble des réformes actuellement soumises à l'examen du Parlement par les autres groupes de la Chambre, pour la plupart acquis aux doctrines interventionnistes : la différence apparaîtra immédiatement en pleine lumière.
La proposition Dejeante, en effet, n'aboutirait à rien moins, si elle était adoptée, qu'à préparer la mainmise des groupements ouvriers sur tous les instruments de production, et la subordination de l'Etat lui-même à ces groupements *, par un ensemble de mesures, dont les plus significatives seraient : — la suppression des syndicats mixtes, la concession du droit illimité d'acquérir aux syndicats ouvriers, aux fédérations syndicales, et même à la Confédération générale du travail ; la consécration légale des trois huit pour tous les salariés ; la fixation par la loi d'un minimum de salaire même dans l'industrie privée ; l'attribution aux sociétés ouvrières d'un monopole exclusif pour l'exécution de tous les travaux publics ; la nationalisation ou municipalisation des mines, des voies ferrées et services de transports urbains, de distribution d'eau et de gaz, etc. ; l'élection des inspecteurs du travail par les salariés ; l'arbitrage obligatoire, etc.
30. — Rien de tel ne se retrouve, même dans les projets les plus hardis, des autres groupes : à part le développement progressif et mesuré des régies d'Etat ou municipales. Aucun de ces projets ne tend à assurer d'autorité aux syndicats ouvriers, la souveraineté économique, suivant l'expression significative de Paul Boncour3 ; aucun ne tend à paralyser l'essor de l'industrie par un ensemble de dispositions manifestement dirigées contre l'autonomie patronale, et à préparer la dépossession violente des classes possédantes. Leur objectif commun est au contraire, ainsi que nous l'établirons plus loin, de faire régner entre le capital et le travail une harmonie durable et féconde, par un ensemble de mesures propres à maintenir entre eux l'égalité, trop souvent rompue au détriment du tra-
i Le Code du travail promulgué le 28 décembre 1910 n'a rien de commun avecj le projet Dejeante. — V. n° 170 infra.
«Programme en grande partie réalisé aujourd'hui en Australie et surtout en Noiyelle-Zelande, où la législation sociale récente a été inspirée et presque dictée par] les groupements ouvriers. - V. Métin, Le socialisme sans doctrines, Australie et] Nouvelle-Zélande, 1901.
3 Paul Boncour, Le fédéralisme économique, Etude sur les rapports de l'indm-] trie et des groupements professionnels, 1900. — V. infra, n° 575.
vail, et à pacifier les conflits qui s'élèvent entre ces deux facteurs essentiels delà production, tout en respectant aussi complètement que possible la liberté des contrats.
§ 2. — Les écoles libérales, ou non interventionnistes.