‹ Traité élémentaire de législation industrielle. Les lois ouvrièresChapitre 133 sur 157 · I. — L'ÉPARGNE · texte numérisé non relu

I. — L'ÉPARGNE

1334. — 11 fut un temps où l'école libérale voyait dans l'épargne du travailleur une véritable panacée sociale. Ce point de vue s'est sensiblement modifié aujourd'hui, et les plus optimistes sont obligés de reconnaître que l'épargne du travailleur isolé est radicaléj ment insuffisante pour lui permettre de parer efficacement aux

1 « L'économie sociale descend de ces sphères sereines (où se complaît l'éconc* mie politique pure) dans la réalité et dans les préoccupations de la vie : elle cher-< che de préférence les rapports volontaires, contractuels, quasi-contractuels, ou légaux que les hommes forment entre eux afin de s'assurer une vie plus facile, uûl lendemain plus certain, une justice plus bienveillante et plus haute que celle rui> porte pour tout emblème les balances du marchand. Elle ne se fie point au libre] jeu des lois naturelles pour assurer le bonheur des hommes, ni d'ailleurs aux i as- j pirations du dévouement ou à l'organisation voulue, réfléchie, rationnelle.. »] Gide, Econ. soc, p. 3 (3e édit.). — V. aussi sur les différentes écoles, et notem-j ment sur le coopératisme et le solidarisme, notre introduction, passim.

risques multiples qui le menacent. Sans doute, l'épargne a l'avan tage de pouvoir être utilisée au gré de chacun et affectée aux besoins les plus pressants; mais cette faculté d'adaptalion à des risques multiples, qui en fait une forme d'assurance indifférenciée (Gide, p. 425), fait sa faiblesse ; émiettée, elle ne procure à l'épargnant qu'un réconfort insignifiant et ne lui donne guère que l'illusion de la sécurité du lendemain \

Vainement at-on multiplié les types de caisses ou institutions d'épargne; vainement l'Etat a-t-il, concurremment avec les caisses Mues à l'initiative privée (philanthropes, municipalités, monts-deïpiété, chefs d'industrie), ouvert ses guichets aux déposants et créé Bine caisse d'Etat, vainement a-t-il provoqué à l'épargne scolaire, il n'en reste pas moins que l'épargne du travailleur, prélevée sur un salaire modique, demeure fatalement très faible ».

1335. — Les Caisses d'épargne n'en ont pas moins une fonction sociale très importante, si les capitaux par elle épargnés sont affectés, au moins pour une forte part, à des œuvres intéressant la classe populaire (logements à bon marché, crédit populaire, etc.) ; tet nous verrons bientôt, en comparant notre législation aux lois Similaires de l'élrangert que dans cette voie il nous reste encore d'importantes réformes à réaliser.

' * Elle ne vaut pas, écrit M. Gide, les modes précédents (assurances) ; elle appartient à ce stade inférieur de l'évolution où la division du travail et des fonctions ne s'est pas encore manifestée dans les institutions. C'est la vieille tirelire.

[" 2 Le chiffre des capitaux épargnés ne doit pas nous faire illusion. Sans doute, 'au 31 décembre 1909 (dernière statistique publiée, Bull Off. traw, 1911.690) il existait en France 13.678.685 déposants et le total des dépôts s'élevait à 5.478.037.312 francs. Mais, sur le chiffre des déposants, l'épargne ouvrière ne représente que 18 0/0, ou 28 0/0 si l'on ajoute aux ouvriers de l'industrie les ouvriers agricoles. Plus de 25 0/0 des déposants appartiennent à la bourgeoisie (rentiers, propriélaires, patrons, professions libérales). Si nous envisageons la répartition des dépôls, la proportion des dépôts bourgeois est beaucoup plus forte encore. En effet, la moitié des déposants possède moins de 100 francs : or, les livrets inférieurs à 100 fr. ne représenfent guère que 2 1/2 0/0 du chiffre global des dépôts .' Les classes aisées, qui voient dans le dépôt à la caisse d'épargne un placement à vue rémunérateur, détiennent donc, en fait, la grande majorité de l'épargne. Il en est de même dans les pays étrangers. L'Allemagne tient la tète pour le nombre de déposants (19. 000. 000 "environ) et le chiffre des dépôts (plus de 17 milliards); la France occupe le second rang pour le nombre des déposants, le cinquième seulement (après les Etats-Unis, l'Angleterre et l'Autriche Hongrie) pour le chiffre des dépôts Pour les autres pays, v. les tableaux publiés par Gide, op. cit., p. 428 et s., et par le Bull, de statistique (oct. 1911). —Sur le mouvement de l'épargne, cons. notamment, Desloges, Epargne et crédit populaire à l'étranger et en France, 1910: Brouilhet Fonctions sociales des caisses d'épargne : Mabilleau, Rocquigy et Haynery, La prévoyance sociale en Italie ; Bosc, Le rôle social des caisses d'épargne privées en France et en Italie, 1909; Lepelletier, Les caisses d'épargne, 1911.

Mais en soi, nous le répétons, l'épargne individuelle est mani festement inférieure à l'épargne collective ou plutôt à Tassociatioig de prévoyance qui, par la concentration des cotisations modiqueï de ses membres, parvient à grouper des capitaux suffisants pouf faire face, partiellement, aux risques de maladie ou d'invalidité.

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