II. — La mutualité
1336. — Principe de la mutualité. — La mutualité de prty voyance a, en effet, pour base essentielle le principe de la réparti* tion des risques. Répartis sur* un grand nombre de têtes, les risques multiples auxquels les adhérents sont exposés, écrasants pour le travailleur isolé, sont aisément supportés par la société d'assurance mutuelle ou de secours mutuels, dont le plus modeste ouvrier peut faire partie, tant est léger le prélèvement qu'il doit subir sur sorj salaire. Telle est du moins la théorie, car dans la pratique la mutualité se heurte à de graves obstacles lorsqu'elle veut étendre son| champ d'action.
1337. — Les sociétés de secours mutuels ont, en effet, la légitime ambition de ne plus se borner à assurer des secours temporaires aux sociétaires malades, et à pourvoir aux frais funéraires des adhérents. Il existe sans doute encore beaucoup de sociétés de< ce type ; mais ce n'est là qu'une forme embryonnaire de la mutualité de prévoyance.. Celle-ci peut et doit, affirment les champions i du mutualisme, lorsque son évolution sera achevée, couvrir tous les risques auxquels est exposée la personne des mutualistes.* Une société de secours mutuels, ou mieux d'assurance mutuelle, constituée entre travailleurs ou employés, doit donc, lorsqu'elle est parvenue à son complet développement, assurer à ses membres, non seulement des secours temporaires en cas de maladie ou d'accident, mais une pension de retraite, ou d'invalidité, une rente ou.
1 Sur les sociétés de secours mutuels, cons., outre les auteurs cités supra (note sous n° 1329) : Sérullaz, Les sociétés de secours mutuels, 1890 ; Barberet, Les sociétém de secours mutuels, 4È édition, 1904 ; Mabilleau, La mutualité française, 1904 ; Lépine, La mutualité, 2e écL, 1909; Weber, A travers la mutualité, 1908; Poukt, Sociétés de secours mutuels, Législation et jurisprudence, 1908 ; Deschamps, Câram lères juridiques fondamentaux de lu mutualité, 1911 ; Profit, La mutualité nouvelte^ 1911 : Bertheloot, Mutualité scolaire, 1910. — Cf. compte rendu du Congru mutualiste de Nancy, 1909; Congrès internat, de Roubaix, 1911 {Doc. du Progrès, oct. 1911). — V. aussi Craggs, Les friedly socielies, 1899 ; Raison, Les sociétés t'e secours mutuels aux États-Unis (Mus. soc, Doc., 1904, n° 7) ; Soenens, La mutualité en Belgique, Bruxelles, 2e éd., 1911.
des secours à la veuve ou aux enfants mineurs des membres décèdes, enfin des secours en cas de chômage prolongé.
1338 - Or, une société mutuelle à objectif aussi complexe est i obligée d exiger de ses membres des cotisations relativement élevées; ces lecueil fatal, ou tout au moins le cran d'arrêt de a mutualité dans ses efforts pour pénétrer jusqu'aux masses profondes ; toutes les statistiques en font foi'. Vainement se prévaut-on de la marche ascensionnelle de la mutualité dans les différents pays, de son développement remarquable en Angleterre et en Belgique, où les syndicats professionnels n'ont pas craint d'imposer leurs membres très lourdement en apparence, en échange des avantages multiples qu'ils leur procurent -\ Malgré les eftVts des syndicats ouvriers pour organiser les mutuelles (V. supra, n° 569) il est incontestable qu'il y a plus de petits patrons, d'employés de tout ordre et de tout rang, de petits bourgeois en un mot, dans les sociétés de secours mutuels que d'ouvriers véritables.