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Fonctions économiques de l'Etat ou de la commune

D'autre part, le socialisme d'Etat a une tendance très nette à étendre progressivement le rôle économique de l'Etat ou des communes, et à favoriser soit la mainmise de l'Etat sur les voies ferrées ou les mines, soit l'exploitation en régie par les municipalités de tout un ensemble de services qui jusqu'ici étaient généralement exploités par des compagnies concessionnaires, eaux, gaz, transport en commun, etc. *. M. Gide, qui, tout en se séparant sur certains points du socialisme d'Etat (V. infra) en a cependant, avec une grande netteté, retracé la genèse et présenté la justification, fait remarquer, au sujet de cette extension du rôle économique de l'Etat que l'objection des libéraux, tirée de l'incapacité prétendue de l'Etat, en cette matière, n'a qu'une valeur très relative. Jusqu'à présent, en effet, dit-il, « l'Etat n'a été organisé qu'en vue de ses fonctions politiques et nullement de ses fonctions économiques . . . , mais il est permis d'espérer que le jour où l'Etat sera constitué en vue de ses nouvelles fonctions, il pourra exercer dans le domaine économique une action plus rationnelle et plus efficace que celle qu'il a exercée jusqu'à présent » (Gide, Principes d'économie politique, 7e édition, p. 87).

B. Socialisme chrétien ou christianisme social. — 49. — Le

i Lehrbuch der politischen Œkonomie, Leipzig, 7 vol. 1876-1893 (Cf. trad. Polack sous le titre : Les fondements de l'Economie politique, t. 1er, 1904).

2 Quintessence du socialisme, trad. Malon. — Schœffle, il est vrai, dans un ouvrage postérieur {Aussichtslosigkeit der Socialdemokraten) s'est nettement écarté du collectivisme.

3 Sur le développement du socialisme d'Etat dans les colonies anglaises autonomes, spécialement en Australie et Nouvelle-Zélande, v. infra, nos 489, 947 et s. — Sur le développement du socialisme municipal, v. E. Bouvier, Les régies municipales, 1910, et infra, n°3 612, 662 et s.

socialisme chrétien est plutôt une tendance qu'une école. Il n'est pas toujours facile en effet de classer tel économiste catholique dans l'école de Le Play ou dans celle du christianisme social, d'autant plus que parfois des avertissements venus de la Cour de Rome refrènent certaines hardiesses jugées compromettantes; pas plus qu'il n'est aisé de différencier un socialiste chrétien d'avant-garde d'un socialiste d'État pur ou même d'un collectiviste réformiste.

D'une manière générale cependant, les adeptes du socialisme chrétien, catholique ou évangélique *, se reconnaissent à deux signes distinclifs, qui permettent de les différencier, soit des libéraux chrétiens, comme Le Play, soit des interventionnistes sans épithète :

— 1° Us sont partisans d'une intervention de l'Etat plus ou moins accentuée en faveur des travailleurs, et constituent ainsi, dans les principaux pays civilisés, un véritable parti démocrate chrétien ; — 2° Ils ne conçoivent pas un Etat affranchi du dogme, mais un Etat dominé au contraire et dirigé par la tradition chrétienne : les catholiques se réclamant des pères de l'Eglise et des encycliques du Pape Léon XIII (Encycl. Rerum novarum, et Graves de commuai), les protestants s'appuyant sur l'Evangile et s'efforçant de réaliser le royaume de Dieu sur la terre 2.

1 Le catholicisme social, en France, remonte à Lamennais (journal L'Avenir). — Du reste, la plupart des socialistes français, dans la période comprise entre 1830 et 1850, Bûchez, Oit, Roux-Lavergne, de Coux, Pecqueur, etc., se réclament du christianisme, et s'intitulent démocrates chrétiens. Mgr de Ketteler, l'ami de Lassalle, et l'un des fondateurs du catholicisme social allemand, est manifestement, au point de vue social, un disciple de Lamennais. — Cons. sur l'histoire du mouvement catholique social : de Girard, Ketteler et la question ouvrière, 1896 ; Nitti, Socialisme catholique ; R. P. Maumus, L'Eglise et la France moderne, 1893 ; Chatz, op. cit., p. 371. — C'est en Angleterre qu'a pris naissance, avec Th. Carlyle, Kingsley, Ludlow, le socialisme évangélique, qui s'est ensuite introduit et développé aux Etats-Unis, dans les colonies anglaises, et (quoique avec un moindre succès) en Allemagne. Cons. sur l'évolution de ce mouvement : Métin, Le socialisme en Angleterre ; Verhaegen, Socialistes anglais; Rév. Kerby, Le socialisme aux Etats-Unis ; L. Brentano, Die chrisllich- sociale Bewegung in England, Leipzig, 1883 ; Sombart, op. cit. ; Price, Hislory of political economy in England ; Goyau, L'Allemagne religieuse, protestantisme, 1898; Judson, Cochran, etc., Social Work of the Church (Annals of american Academy de Philadelphie, nov. 1907) ; Collard, Le mouvement social dans le protestantisme, th. 1909. — Comp. (mais dans un sens défavorable à ce mouvement social) : Périn, Socialisme chrétien, 1879, et Le salaire d'après l'encyclique, 1891 ; Rambaud, p. 484 et s. ; Joly, Le socialisme chrétien, 1892.

— Sur le mouvement éthique, parallèle au mouvement social chrétien, mais sans caractère confessionnel défini, provoqué par les œuvres de Ruskin, de Toynbee, l'apôtre des œuvres de patronage social, de Tolstoï : Cons. Brentano, Price, Verhaegen, op. cit., Geddes, John Ruskin economist (Edimbourg, 1884) ; Brunhes, Ruskinet la Bible; Gide-Rist, p. 584.

2 11 convient de citer, parmi les catholiques sociaux dont les œuvres ou la propagande ont exercé dans ces dernières années, ou exercent encore le plus d'influence en France, MM. de Mun, Lorin, de la Tour du Pin, de Ségur-Lamoignon, P. de Ségur, Turmann, Lapeyre, abbé Lemire, Bureau, Boissard, Le Cour-Grandmaison, Fon-

50. — L'ordre social suivant l'idéal chrétien. — En d'autres termes, les chrétiens sociaux ou démocrates chrétiens ', abstraction faite des nuances individuelles ou confessionnelles, prennent pour devise de leurs revendications cette éloquente parole de Lacordaire : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui tue, c'est la loi qui affranchit. » C'est la pure formule du socialisme d'Etat, avec cette différence toutefois que la loi, pour les socialistes chrétiens, est une loi calquée sur les enseignements du christianisme. Toute la société doit être réorganisée suivant l'idéal chrétien ; lorsque les représentants des pouvoirs publics auront, par des lois appropriées, restauré l'autorité du père dans la famille, du patron dans l'atelier, de l'Eglise dans l'Etat, chacun se retrouvera à son poste providentiel, les ouvriers accepteront docilement la tutelle bienveillante des patrons, et l'ordre succédera à l'anarchie économique.

51. — Signalons toutefois les tendances collectivistes de certains

segrive, abbé E. Blanc, abbé Six, R. P. Meyer, Duthoit, etc. (Organes périodiques : Le mouvement social, (anciennement Association catholique), La Démocratie chrétienne, Le Sillon (M. Sangnier), La Chronique sociale de France (anciennement Démocratie du Sud-Est), L'Action populaire (de Reims), La justice sociale (Abbé Naudet) ; — centres de groupement : Congrès périodiques des Unions de la démocratie chrétiennes, Semaines sociales ; - en Belgique, MM. Verhaegen, président de la Ligue démocratique belge, Deploige, de Wiart, Dubois, Legrand, Nyssens (Teminent ministre du travail, récemment décédé), etc. (organe : Revue sociale catholique) ;

— en Suisse, MM. Mermillod, Decurtins, de Girard ; — en Angleterre, cardinal Manning ; — en Allemagne, l'abbé Hilze, Mgr Fischer, cardin. archev. de Cologne. — (Congrès périodiques très suivis) ; — en Autriche, le prince de Lichtenstein, leader de l'antisémitisme, le comte de Lœsevitz, MM. de Vogelsang, Rudolf Meyer; — en Italie, M. Toniolo, l'un des organisateurs de l'œuvre des Comités et Congrès, approuvée il y a quelques années par le Saint-Siège (organes périodiques : // domani d'/talia, Fascia democratico) ; abbé Murri, chef des démocrates chrétiens (Rivista di collura) ; — aux Etats-Unis, l'abbé Mac-GIyn.

Nous citerons, parmi les socialistes évangéliques : en France, MM. Sabatier Babut, Chastand, Recolin, Ch. Robert (revue Le Christianisme pratique ; centre de groupement: l'Association protestante pour l'étude pratique des questions sociales) ;

— en Angleterre, le Rév. Headlam, fondateur de la Guild of Saint-Mathew ; — aux Etats-Unis, les pasteurs Bliss, Herron, etc. (Church social union) ; — en Allemagne, MM. Todt. Gœhre, le pasteur Stœcker {Central Verein fur social Reform, Christlichsociale Blâtler) .— Pour l'étude du mouvement chrétien social contemporain, cons., outre les ouvrages précités: R. P. Meyer, Principes fondamentaux de la sociologie chrétienne, 1893 ; Gœhre, Die evangelisch-soziale Bewegung, Leipzig, 1896 ; Dechesne, Le mouvement social évangélique en Allemagne (Rev. d'économie polit., 1896, p. 1901 !ortrt,îrMaX Turmann> Le catholicisme social depuis V encyclique Rerum novarum, îyuu ; boyau, Le Pape, les catholiques et la question sociale, 1895 ; Toniolo, Tratl. di economia sociale, Florence, 1907; Duthoit, Vers l'organisation professionnelle, 1910; huide social, paraissant annuellement depuis 1904. - Voir aussi le Staalslexikon du D1 Bachem, 5 vol., Fribourg en-Brisgau.

i Beaucoup d'entre eux, notamment M. de Mun, protestent contre le qualificatif ae socialistes chrétiens qui leur est communément appliqué par leurs adversaires ; quelques-uns l acceptent cependant, surtout en Allemagne et aux Etats-Unis.

chrétiens sociaux, pour la plupart du groupe évangélique, dont les doctrines semblent assez voisines de celles d'Henry George ou de K. Marx. L'abbé Mac-Glyn, irlandais d'Amérique, était l'un des membres les plus influents du parti George ; la Guild of Saint- Mathew (association évangélique anglaise) a des tendances socialistes qui la rapprochent du parti fabien ; il en est de même d'une fraction du parti évangélique allemand. Les catholiques sociaux, en Belgique et en Suisse, sont aussi en coquetterie avec le marxisme, et cette communauté partielle de vues se manifesta nettement au Congrès de Zurich de 1897. Les récentes élections autrichiennes (1907) ont également déterminé un rapprochement entre les socialistes et les chrétiens sociaux, qui, par leur union, sont aujourd'hui de force à contrebalancer l'action des autres partis.

En France, la ligne de démarcation est beaucoup plus tranchée entre le parti socialiste et les chrétiens sociaux ; les catholiques se bornant, en général, à réclamer l'intervention de l'Etat en faveur des faibles et la réorganisation de l'industrie sur la base corporative \ les protestants se rattachant plutôt à la doctrine solidariste, dont nous parlerons plus loin. Signalons toutefois, parmi les théoriciens actuels du catholicisme social, une évolution marquée dans le sens démocratique : plusieurs d'entre eux sont résolument hostiles à la conception aristocratique de Le Play, tendant à subordonner au patronat les groupements ouvriers s.

Cette évolution se poursuivra-t-elle en présence de l'attitude rétrograde du pape actuel et de la condamnation du modernisme par l'encyclique Pascendi, signalés plus haut ? Il serait téméraire de formuler, à cet égard, un pronostic précis. Après le premier moment de stupeur causé par cette déclaration de guerre à la société et à la pensée modernes, plus violente encore que celle de Pie IX il y a quarante ans, plusieurs courants se sont dessinés dans les milieux catholiques d'avant-garde. Le P. Tyrrell, l'un des chefs les plus en vue du modernisme, n'a pas dissimulé sa désapprobation des tendances actuelles du Saint-Siège (The pope and modernisme, Times, nos 30 sept., 1er oct. 1907). En France, à parties abbés Loisy et Naudet 3, les plus compromis se sont effacés (disparition de Demain, direct. P. Jay, revue dont l'autorité morale allait grandis-

1 Voir notamment: Boissard, Le syndicat mixte, 1896. — V. aussi, pour l'Espagne, La Paz Social (dir. S. Aznar), Madrid.

• V. spécialement : Bureau, Le contrat de travail, le rôle des syndicats professionnels, 1902. — V. aussi Chaîne, Les catholiques français, 2" éd., Lyon, 1908.

3 L'encyclique Pascendi et les catholiques progressistes, par l'abbé Naudet (Les documents du Progrès, décembre 1907).

sant) ; quelques-uns même ont fait un acte éclatant de soumission, espérant détourner les foudres romaines. Ainsi ont procédé la Démocratie chrétienne {Une heure historique. Au lendemain de V encyclique Pascendi, par Mgr Vanneuf ville, Démocr. chrét., n° 8 nov. 1907), et, en Italie, l'abbé Murri.

Mais ces soumissions, si humbles soient-elles, suffiront-elles à combler le fossé profond qui sépare les démocrates chrétiens des ultramontains? A vrai dire, nous en doutons fort. La mise à l'index des œuvres exégétiques de l'abbé Loisy, du Sillon et de ses Congrès, le régime de suspicion auquel sont soumis les prêtres libéraux, notamment l'abbé Lemire, député du Nord, l'un des chefs le plus courageux du mouvement catholique social, sont des symptômes trop significatifs pour nous laisser beaucoup d'illusions. — Cf. dans le Journ. des Débats, la série des correspondances romaines publiées sous le titre : La politique de Pie X ; V. notamment les nos des 5 et 10 oct. 1907. — Contra (note favorable à la politique romaine) : R. Longray, Le nouveau Syllabus et YEncyclique contre le modernisme (Rev. de psychologie sociale, juill.-août, sept. -oct. 1907).

C. Ecole éclectique., — 52. — L'école éclectique } accepte le

* Uécole éclectique, par ses doctrines mêmes, comporte les nuances les plus variées, et rien n'est plus malaisé que de tracer la ligne de démarcation qui la distingue des autres écoles interventionnistes. Voici cependant, sous toutes réserves, une liste, dJailleurs très incomplète, des auteurs qui nous paraissent, par leurs tendances générales, se rattacher à cette école (comme précurseurs, fondateurs ou adhérents). En France, le représentant le plus autorisé de cette école est M. Cauwès, président delà Société d'économie politique nationale, président honor. de VAssoc. nationale française pour la protection légale des travailleurs, fondée par le Congrès de Paris, dont il est question infrà : lui-même déclare s'être inspiré des doctrines de Dupont White, List et Carey (Cours d'économie politique, introduct. et t. IV, Revue des doctrines et des écoles). — Peuvent être classés dans le même groupe, parmi les auteurs déjà cités précédemment : MM. Bourguin, Bry, Duguit, Espinas, Fouillée, Hauriou, Henry Michel, Rist, Souchon, Worms. — V. aussi (sous réserves) Bellom, Les lois d'assurances ouvrières à l'étranger, 10 vol., 1892- 1909 ; Berthélemy, Traité de droit administratif, 6e éd., 1910, pàssim ; Brouilhet, op.cit., et études diverses ; P.Deschanel, La question sociale, 1898 ; Funck-Brentano, Science sociale, morale politique, 1896 ; Laborde, Lois nouvelles sur les questions ouvrières, revue critique {Le droit industriel, numéros de janvier, mars 1892) et études diverses ; Lacour, notes d'arrêts dans le Dalloz ; Lambert, Fonctions du droit civil comparé, 1903, passim ; Pascaud, Le contrat de travail (Rev. générale du droit, 1901); Perreau, Rapp. sur le contrat de travail, 1907; Thaller, études diver ses dans les Annales de droit commercial et industriel, et Traité de droit commercial, passim; Torau-Bayle, Le problème social et l'individualisme (Rev. pol. et pari., 1898, t. XVIII, p. 142). — Comp. les discours parlement, de Barthou, Poincaré Savary, Strauss, R. Waddington, Deschanel, Siegfried, Godart, etc.

En Angleterre, l'on pourrait citer comme appartenant aux mêmes tendances Cliffe Leslie, Ingram, Foxwell, et (malgré de graves divergences) Stanley-Jevons. En Relgtgue : Waelbroeck [Législation industrielle, 2 vol., 1865), Lambrechts. Aux Etats-Unis : Carey, Thomson, Greeley, Clark.— En Allemagne et en Autriche

même point de départ que l'école du socialisme d'Etat. Elle n'admet pas, avec les libéraux intransigeants, que l'État soit un mal ; elle estime, au contraire, que l'État a des fonctions multiples indispensables au bon fonctionnement de l'organisme social. Ces fonctions comportent un certain droit de contrôle, voire même une certaine tutelle à exercer, sur les contrats entre particuliers, lorsqu'un intérêt général est en jeu, et que l'abstention serait de nature à favoriser l'exploitation des contractants les plus faibles par les plus forts .

L'école libérale classique compte sur la liberté économique pour corriger tous les abus, l'école libérale chrétienne escompte les heureux effets du patronage et du régime corporatif restauré. L'une et l'autre, faute d'avoir pris contact avec la réalité, ou d'avoir voulu déduire les conclusions logiques de leurs enquêtes, sont d'un optimisme que l'école éclectique se refuse à partager. Pour attribuer à la politique du laissez-faire les surprenants effets que persistent à en attendre les libéraux, malgré le démenti des faits, il faut commencer par faire abstraction de cette vérité primordiale, à savoir « que les hommes entrent dans la lutte économique très inégalement pourvus des facultés requises... d'où il suit qu'au lieu de contribuer au plus grand bien de tous, la politique du laissez-faire crée d'une part des colosses, et de l'autre met la majorité dans un état qui rend impossible la réalisation des tâches morales » (Brentano, Le concept de V éthique et de l économie politique, Bev. d'écon. polit., janv. 1902).

List, Hildebrand, Brenlano, Schonberg, Conrad, Cohn, Lexis, Mataja, Menger. — Sur les nuances assez fuyantes de l'école allemande et sur la difficulté de différencier les éclectiques des socialistes d'Etat, cons. Saint-Marc, Etude sur l'enseignement de l'économie politique dans les Universités des pays de langue allemande {Rev. d'écon. pol., 1892, p. 217 et suiv., 423 et suiv.). — Cons. au surplus, pour l'étude des doctrines interventionnistes modérées enseignées dans les Universités allemandes : Cohn, System der Nationalœkonomie, 3 vol., Stuttgart, 1891 ; Elster, Wôrlerbuch der Volkswirthschaft, 2 vol., Iéna (ouvr. collectif); Conrad, Leitfaden zum Studium der Votkswirthschaftspolitik, léna, 1901. — Kn Italie : Messedaglia, Nitti (directeur de la informa Sociale), délia Volta, Salerno, Gobbi, Sraffa, de Marinis. — En Espagne : Piernas y Hurtado, de Saralegui y Meilina.

Nous avons déjà fait observer que la Revue d'économie politique, bien que constituant une tribune ouverte à toutes les doctrines, est plus spécialement, en France, l'organe de l'école éclectique ou solidariste. — V. aussi nos Questions pratiques de législation ouvrière ; la Revue pratique de droit industriel ; le Musée Social {Bull, mensuel et Mémoires et documents), la Rev. politique et parlementaire, les Annales de droit commercial et industriel ; le Moniteur des Syndicats ouvriers ; les ouvrages collectifs précités de Conrad et de Schônberg. — Comp. Revue pratique de droit industriel, dir. par Bodeux (Liège) ; Revue des accidents du travail, dir. par Smeysters et Demeur (Bruxelles) ; Economie journal (Londres) , Economista (Florence) ; // contralto di lavoro (Rome); Rivista di diritto commerciale, etc., de Sraffa et Vivante (Parme) ; Annals of the american Academy of political and social science (Philadelphie) ; Boletin de la Sociedad de fomento Jabril (Santiago-Chili), etc.

53. — La restauration du patronage corporatif chrétien suffiraitelle, comme l'affirme l'école de Le Play, à faire disparaître dans la mesure du possible ces inégalités et à corriger les abus de la liberté illimitée? Sans nier la puissance de l'association, association de défense professionnelle ou association coopérative, l'école éclectique, forte d'une expérience de plus d'un siècle, se refuse également à l'admettre. Il serait chimérique de prétendre restaurer en France la corporation de jadis, avec ses cadres rigides, son caractère aristocratique, son traditionalisme chrétien ; sans être hostile aux syndicats mixtes, l'école éclectique accorde sa préférence aux syndicats homogènes, patronaux ou ouvriers, sans aucune prééminence au profit de l'un des éléments sur l'autre, et dégagés de toute attache confessionnelle.

Mais ces organisations syndicales, si puissantes qu'on les suppose, ne sauraient, par elles-mêmes, extirper tous les abus. L'expérience des Etats dans lesquels les groupements ouvriers sont parvenus au plus haut degré de puissance, l'Angleterre et les Etats-Unis notamment, démontre que, s'ils ont souvent assez d'influence pour promouvoir les réformes reconnues nécessaires, ils ne sauraient prétendre à les réaliser toutes directement sans le concours de la loi \ Au surplus, s'ils devenaient jamais assez puissants pour faire triompher directement leurs revendications et s'emparer de la souveraineté économique, comme le souhaitent leurs partisans les plus ardents ", il est à supposer que les libéraux regretteraient alors de n'avoir pas réalisé par les voies légales les réformes nécessaires ; car la liberté d'action des chefs d'industrie serait assurément, dans une société gouvernée défait par les syndicats3, plus étroitement limitée que dans un Etat de réglementation légale stricte.

54. — Non moins irréalisable est l'espoir, formulé par une fraction de l'école de Le Play, de mettre fin aux conflits du capital et du travail par un ensemble d'institutions patronales, destinées à pourvoir, soit aux besoins matériels, soit aux besoins moraux ou intellectuels de la classe ouvrière (Sur ces institutions multiples, V. notre titre IV infra).

Nous ne contestons pas l'efficacité du patronage, exercé, soit individuellement par le chefd'industrie à l'égard de son personnel, soit collectivement à l'égard des travailleurs par des associations

i V. en ce sens : Jay, Une forme nouvelle d'organisation du travail par les groupements professionnels {Rev. d'écon. polit., 1901, p. 270). • P. Boncour, Fédéralisme économique.

3 Ex. : Australie et Nouvelle-Zélande.

philanthropiques ; mais nous estimons d'abord que le patronage doit être discret pour être aisément accepté, ensuite et surtout qu'il est, dans l'organisation industrielle actuelle, des abus trop graves et trop généralisés pour que l'initiative privée, livrée à ses propres ressources, puisse en avoir raison. Pour un patron qui se conformera au devoir moral de solidarité, dix peut-être ne s'y conformeront pas : Et nul ne saurait leur en faire un crime, attendu qu'ils sont euxmêmes, bien souvent, les victimes de la loi implacable de la concurrence. Aussi a-t-on vu maintes fois, dans les enquêtes qui ont précédé le vote des lois de 1892 et de 1900 notamment, des chefs d'industrie désireux d'améliorer la condition de leur personnel réclamer instamment une intervention législative, qui en interdisant aux patrons peu scrupuleux certains modes d'exploitation manifestement condammés par l'humanité ou par l'hygiène, pouvait seule leur permettre, sans courir le risque d'une ruine presque inévitable, de réaliser dans leurs établissements des réformes plus profondes, telles par exemple que la suppression du travail de nuit.

55. — Sans doute, l'école éclectique ne tient pas pour légitimes tous les modes d'intervention de l'Etat, Elle estime, au contraire, et en cela elle se sépare nettement des socialistes d'Etat nuance Wagner ou Schseffle, par exemple, que l'Etat excéderait ses droits en intervenant directement dans le contrat de salaire pour assurer une meilleure répartition entre les ayants droit \ Mais elle considère que le plus sûr moyen d échapper aux expériences collectivistes qu'elle tient pour néfastes, n'est point d'afficher un optimisme imperturbable et de répéter à satiété la vieille formule usée « laissezfaire, laissez-passer », mais bien de s'appliquer à délimiter avec précision les attributions normales de l'Etat, et de dégager, par une étude attentive de l'organisation industrielle moderne, les principes permettant d'assigner à celui-ci son véritable rôle.

Le rôle de l'Etat n'est pas seulement d'assurer la défense du territoire et de rendre la justice, comme le prétendent certains individualistes. Il doit aider aussi au développement de la richesse générale soit par des travaux productifs, soit par un système rationnel d'impôts, voire même par des taxes et des droits modérés, destinés à protéger les industries nationales contre certaines concurrences étrangères, en tant du moins que ces taxes sont reconnues nécessaires pour rétablir l'égalité entre les producteurs français et leurs

1 Pour la critique du socialisme d'Etat intégral, cons. notamment : Bourguin, op. cit., p, 89 ; Rist, Origines du socialisme d'Etat (Rev. d'écon. polit., 1907, p. 321).

concurrents du dehors. 11 doit, d'autre part, dans l'intérêt de l'ordre social, non pas sans doute intervenir directement dans les contrats industriels, mais tout au moins veiller à ce que les contractants soient vraiment libres, réprimer l'exploitation abusive du salarié par le chef d'industrie, et imposer dans ce but aux industriels tout un ensemble de mesures destinées à protéger la vie, la santé, la moralité du travailleur1.

D. Coopératisme ; soLiDAMSME. — 56. — Les écoles dites coopérative, solidarisle, ne sont à vrai dire que des variantes de la précédente. Elles en diffèrent surtout en ce qu'elles s'appliquent à dégager un critérium précis permettant d'établir une ligne de démarcation rationnelle entre l'action de l'Etat et l'action individuelle.

57. — Ecole coopérative. — Le chef de Y école coopérative, qui voit dans le développement indéfini de la coopération de production et dans sa substitution progressive au salariat la solution du problème social, est incontestablement, pour la France, M. Gide, qui dans ses conférences de propagande et ses nombreux travaux sur la coopération * a éloquemment mis en relief les avantages de la coopération envisagée comme moyen de faire passer pacifiquement, sans révolution violente et sans expropriation, les instruments de production

i Cf. Cauwès : t. Ier, nos 364 et s. ; t. III, n03 837 et s. ; et dise, inaugural du Congrès internat, de Paris, Quest. pratiques de lég. ouvr., 1900, p. 344; Pic et Brouilhet, Les limites de l'interventionnisme (Soc. d'écon. polit, de Lyon, ann. 1901-1902, p. 294, 309 et s.).

8 Gide, La coopération, conférences de propagande, 2° éd., 1906. — Conf. du même auteur : De la coopération et des transformations qu'elle est appelée à réaliser dans tordre économique (Rev. d'écon. polit., 1889, p. 473 ; Concurrence ou coopération (Musée social, 1899, p. 97) ; Les sociétés [coopératives de consommation, 2e éd., 1910 ; Economie sociale, 3e éd., 1907. — V. aussi la plupart des auteurs classés. infra parmi les solidaristes et spécialement : Waldeek-Rousseau, Questions sociales, 1900 ; Cabouat, Syndicats et coopératives, 1902. — Sur les initiateurs, les théoriciens i ou les historiens du mouvement coopératif tant en France qu'à l'étranger, et spécialement sur l'influence exercée ou l'importance de l'œuvre réalisée parles Lassalle, Schulze-Delitsch, Lange ou Raiffeisen en Allemagne, par les Carlyle, Kingsley, Denison Maurice en Angleterre, les Secrétan en Suisse, les U. Rabbeno, Vollemborg, Luzzati en Itatie, ainsi que par les coopérateurs socialistes de la Maison du peuple de Bruxelles, du Vooruit de Gand et des œuvres similaires de l'étranger, v. infra, dans notre titre IV, le chapitre consacré à la coopération. — Cpr. aussi, infra, les conclusions de notre chapitre sur les syndicats professionnels . — Nous ne citons pas les libéraux chrétiens parmi les adhérents de l'école coopérative, attendu que, bien que l'école de Le Play soit aujourd'hui beaucoup plus favorable à la coopération qu'à l'origine, elle n'envisage cependant les institutions coopératives que comme un subsidiaire des œuvres patronales. Pour les coopératistes, au contraire, la généralisation du système coopératif est le but, les institutions de patronage ne sont qu'un palliatif, d'une efficacité d'ailleurs restreinte (Gide, Principes d'écon. pol., p. 39).

Organe de l'école : L'Emancipation, de Nîmes. —V. aussi Rev. de psychologie sociale.

des mains de l'oligarchie patronale en celles de la masse ouvrière. Aujourd'hui, sous le régime du salarial, il n'y a pas d'association économique véritable entre l'ouvrier et le patron ; l'un et l'autre sont bien associés dans la production, mais nullement dans la répartition ; et c'est précisément celte conviction du travailleur qu'il n'a rien à prétendre, dans l'organisation actuelle, sur les bénéfices de l'entreprise, qui est la cause primordiale de l'antagonisme du capital et du travail. C'est ce vice irrémédiable du salariat que dénonce l'école coopérative : pour elle, dans la société de l'avenir, à laquelle il est possible de parvenir graduellement, par étapes (la participation aux bénéfices généralisée constituant la plus importante de ces étapes), l'association patronale doit faire place « à l'association intégrale, c'est-à-dire libre, complète, embrassant la répartition aussi bien que la production, et dans laquelle chacun aura la claire conscience quil fait partie d'une œuvre collective et la ferme volonté d'y coopérer » (Gide, Principes décon. po/., p. 190).

58. — Ecole solidariste. — Quelque séduisantes que soient les perspectives d'avenir ouvertes par l'école coopérative, l'on est bien obligé de convenir que la solution qu'elle préconise, impliquant une transformation profonde de la société économique, est trop éloignée pour qu'il soit permis d'en attendre, dans le présent, un remède suffisant aux vices de l'organisation industrielle contemporaine.

Trop d'obstacles matériels ou moraux, M. Gide en convient tout le premier, s'opposent encore aujourd'hui à l'extension indéfinie de la coopération de production, pour qu'il soit permis d'envisager comme une possibilité prochaine la disparition du salariat ; et cependant bien des abus, dont souffre la masse travailleuse, appellent un prompt remède.

59. — Ce remède, une école très en faveur aujourd'hui, qui rallie sous son drapeau éclectiques, coopérateurs, et même bon nombre de socialistes d'Etat, partisans de réformes profondes, mais résolument opposés au collectivisme révolutionnaire, le trouve dans le solidarisme.

Assurément, la notion de la solidarité, qui unit virtuellement tous les membres d'un même Etat, et dont le législateur doit s'inspirer pour réaliser les réformes nécessaires, n'est point une nouveauté. Elle a inspiré les systèmes de reconstruction sociale des socialistes utopistes de la première moitié du xixe siècle, de Fourier et de P. Leroux ; elle esta la base de la morale positiviste (altruisme) •d'Auguste Comte et de son école ; elle se retrouve dans toutes les

œuvres des écrivains interventionnistes, à quelque nuance qu'ils appartiennent ; elle domine toutes les recherches des nombreux économistes qui, abstraction faite de leurs tendances ou de leurs croyances, se sont appliqués à faire prévaloir le point de vue moral sur le point de vue égoïste. Mais le mérite de l'école nouvelle est d'avoir précisé et systématisé cette notion un peu vague, et d'avoir établi que la solidarité, — de plus en plus active et efficace au fur et à mesure qu'elle passe du domaine organique et inconscient dans le domaine des réalisations conscientes et voulues, soit par l'union en faisceau des initiatives privées, soit par le progrès des groupements professionnels, soit par l'action stimulante des pouvoirs publics, — est la loi même du progrès social, la condition première du développement harmonique de toutes les activités individuelles.

60. — L'école solidariste se rapproche donc de l'école de Le Play * en ce qu'elle place le point de vue éthique avant le point de vue économique ; du socialisme d'Etat ou de l'école sociale chrétienne en ce qu'elle admet la nécessité d'une intervention énergique des pouvoirs publics en faveur des faibles. Mais elle trouve, dans le concept scientifique de l'organisme social, ou tout au moins, car il n'est pas nécessaire d'être un adepte de l'école biologique pour être solidariste 2, dans la conscience de plus en plus nette de l'interdépendance, morale et juridique à la fois, de tous les individus dont se compose la société, la raison d'être, la justification scientifique de toutes les réformes, morales et législatives, qu'elle préco- I nise, sans hostilité au regard des dogmes, mais sans le concours nécessaire de ceux-ci.

61. — Le point de vue scientifique et naturaliste est nettement indiqué dans le passage suivant du discours prononcé aux fêtes du

i Ou de l'école anglo-américaine qui s'inspire des enseignements de Ruskin (v. Ruskin, Unto this Last, trad. Peltier, introd. Brunhes, 1902). Cette école a pour principal organe périodique V International Journal of Ethics. — Comp. Carlyle, Cathédrales d'autrefois et usines d'aujourd'hui {Passé et présent), trad. C. Bos, préf. d'Izoulet. — Comp. aussi à l'esthétisme de Ruskin, ou au mysticisme de Carlyle, le mysticisme slave de Tolstoï, Résurrection.

3 Pour les sociologues de l'école biologique, la solidarité est avant tout organique (Cf. Izoulet, Worms, Durkheim, op. cit.). Elle est semi-organique, semi-contrac- } tuelle pour les sociologues, philosophes ou économistes qui, tout en considérant l'Etat comme un groupement naturel, se refusent à l'assimiler à un organisme t, vivant (v. les ouvrages précités de Fouillée, Hauriou, Duguit, H. Michel, P. Deschanel). — V. aussi Secrétan, Du rôle de l'Etat dans l'ordre économique [Rev. d'è- I con. polit., 1892, p. 155 et suiv.) ; Etudes sociales, 1889, et Monutopie, 1892 ; Léon Bourgeois, La solidarité, 6e édit., 1910; Renouvier, Science de la morale; Bougie, I Le solidarisme, 1907 ; La solidarité (Annal, de l'/nstit. intern. desociol., 1910-1911) ; J Mauranges, Sur l'histoire de l'idée de solidarité, th. 1910.

jubilé de M. Berthelot (24 nov. 1801) par l'illustre savant : « De la connaissance plus profonde de l'univers et de la constitution physique et morale de l'homme résulte une nouvelle conception de la destinée humaine, dirigée par les notions fondamentales de la solidarité universelle, entre toutes les classes et toutes les nations. » Le point de vue psychologique, à la fois moral et juridique, n'est pas affirmé avec moins de précision dans le passage suivant de La solidarité, de M. Léon Bourgeois, l'un des théoriciens les plus autorisés de l'école nouvelle : « Au devoir moral de charité qu'a formulé le christianisme, et à la notion déjà plus précise, mais encore abstraite et dépourvue de sanction, de fraternité républicaine, la théorie de la solidarité substitue une obligation quasi-contractuelle *, ayant, comme on dit en droit, une cause, et pouvant par suite être soumise à certaines sanctions s. »

62. — Ramenée à ses termes essentiels, la doctrine solidariste peut se résumer dans les quelques propositions suivantes :

1° La morale de la concurrence et de la lutte des classes, préconisée à la fois par les libéraux et les marxistes, mais dans un sens optimiste et conservateur par les premiers, pessimiste et révolution-

1 Sur la supériorité de la notion du quasi-contrat sur celle de contrat social, v. Charmont, Rev. critique, 1907, p. 501 ; Atger, Essai sur T histoire des doctrines du contrat social.

' Il convient toutefois de remarquer que celte conception, essentiellement scientifique et positiviste, de Berthelot ou de Bourgeois, entièrement aflranchie de toute préoccupation confessionnelle, ne se retrouve pas chez tous les solidaristes. C'est celle des hommes d'Etat démocrates, comme Léon Bourgeois, La solidarité ; Les applications de la solidarité sociale (Rev. polit., 10 janv. 1902), Le Démocratie [Rev. polit., déc. 1904); Waldeck-Rousseau (Questions sociales, 1900), ou Guieysse (Rapports parlementaires) ; — des économistes comme Gide, La coopération, op. cit. ; Principes d'écon. polit., p. 41 ; Si les institutions sociales sont un mal social (Rev. (fécon. polit., 1899), ou Mabilleau (La prévoyance sociale en Italie, et œuvres div.) en France ; — Sidgwick en Angleterre (The p>inciples of political economy, 1887) ;

— L. Brentano en Allemagne, Le concept de f éthique et de C économie politique (Rev. d'écon. polit., 1902) ; — Ely, Tolman aux Etats-Unis ; — des philosophes et sociologues comme lzoulet, Worms, Durkheim, Renouvier, Marion (La solidarité morale), sir John Lubbock (Le bonheur de vivre), Metchnikoff (Les grands fleuves historiques).

— Sully-Prudhomme (Le lien social), etc. — Cf. Picard, La philosophie sociale de Renouvier, 1908. — Mais il y a aussi un solidarisme chrétien ; c'est celui d une fraction importante du groupe social protestant, en France particulièrement (V. Gide, Principes, p. 40). — Cons. encore, parmi les nombreux travaux inspirés de l'idée so- Hdariste : Godart, L'économie sociale (Quest. pratiques, 1900, p. 43 et suiv.) ; Van Marken, L'organisation sociale dans l'industrie, Delft, 1900 ; Saleilles, Ecole historique et droit naturel (Rev. trim. dedr. civil, 1902, 96) ; Essai d'une philosophie de la .solidarité, conférences soùs la présidence de L. Bourgeois et Groisel, par MM. Darlu, Gide, J. Buisson, Boutroux, etc. (Ec. des hautes éludes sociales), 1902; Les applications sociales de la solidarité, par Budin, Gide, Monod, Paulet, Siegfried, etc. 2e éd., 1907 ; Charmont, Le droit et l'esprit démocratique, 1908. — V. aussi notre

itude sur La législation ouvrière et la démocratie, 1901.

naire par les seconds, doit faire place à la morale de l'union pôSâ la vie entre tous les citoyens d'un même pays, sans distinction dej classes et de situation sociale. « Nous naissons tous débiteurs les! uns des autres, écrit L. Bourgeois. Nous n'avons pas le droit de nous considérer dans la vie comme des isolés, mais nous sommes des associés nécessaires.... » (Musée Social, 1902, p. 83).

2* C'est par l'association libre, sans contrainte ni expropriation violente, sans révolution ni spoliation, que devront se réaliser les réformes profondes par lesquelles la société s'élèvera progressivement vers une organisation, dans laquelle chacun retirera de son travail une rémunération équitable : organisation caractérisée par l'atténuation de la concurrence, la diminution de la puissance de] l'argent, la substitution de la coopération au salariat, etc.

3° L'Etat, représentant des intérêts généraux, agent de progrès politique et économique si ceux auxquels appartient la direction des affaires publiques ont pleine conscience de leurs obligations, doit activement coopérer à cette marche en avant, d'abord en faisant disparaître tous les obstacles qui s'opposent au libre développement des groupements professionnels \ ensuite en réprimant tousj les abus que l'initiative privée, livrée à elle-même, serait impuissante à extirper, en faisant pénétrer dans les masses, soit par des en-j couragements appropriés, soit par la contrainte s'il le faut s, les notions de prévoyance et de solidarité « indispensables pour préparer le terrain sur lequel s'épanouira plus tard la coopération libre » (Gide, Principes, p. 41). En agissant ainsi, l'Etat n'excède point son] droit. En effet « tout mal individuel qui est en même temps un mal social donne légitimement prise à la sanction commune » (L. Bourgeois, op. cit.).

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