Œuvre sociale des Unions : Congrès annuels. — La
puissance de ces associations ouvrières est, on peut le dire, décuplée par l'accord qui les unit, accord se manifestant depuis quarante-troisans par des Congrès annuels, que Ponajustementqualifiés de Parlement du travail. Par le sérieux des discussions, la hauteur de vues d'un grand nombre d'orateurs, les Congrès annuels des Unions anglaises ressemblent en effet davantage aux débats des
fice du travail (1910, p. 872). — Sur ce chiffre, les femmes sont au nombre de 205.732; la plupart appartiennent à l'industrie textile. La progression avait été constante de 1904 (1.898.154) à 1907 (2.411.856) ; de 1907 à 1908, on relève un léger fléchissement (36.608 membres en moins).
1 Les plus importantes sont la Fédération des mineurs de Grande-Bretagne, la Fédération des industries mécaniques et constructions navales, les Fédérations des ouvriers de l'industrie textile, l'Union nationale des travailleurs des docks, etc. Pour l'étude monographique des principales unions et fédérations,cons.de Rousiers, op. cit.
2 La plupart des Unions adhérentes de la Fédération générale appartiennent à la métallurgie, aux constructions maritimes, au génie civil, et au travail non spécialisa {unskilled labour). Les industries des mines et des bâtiments y sont à peine représentées ; les Unions du bâtiment, d'ailleurs, n'ont même pas constitué encore do Fédération professionnelle (de Rousiers, p. 81).
Parlements qu'aux discussions, trop souvent confuses et déclamatoires, de nos Congrès ouvriers. La tenue de ces Congrès a contribué puissamment à dissiper les défiances des patrons : tandis qu'en France nombre de patrons se refusent systématiquement à entrer en rapports avec les syndicats ouvriers, ou ne s'y décident qu'à contre-cœur, les patrons anglais (ou les Unions patronales, d'ailleurs assez rares, sauf dans les industries textiles) consentent sans aucune difficulté à débattre les conditions du salaire avec les délégués des Unions ouvrières.
Dans de nombreuses branches d'industrie, notamment dans les mines, le bâtiment, l'industrie cotonnière du Lancashire, etc. \ des comités mixtes permanents se sont créés, comités composés de délégués patronaux et délégués ouvriers, investis de pouvoirs suffisants pour discuter et arrêter au nom de leurs mandants les bases du contrat collectif de travail : taux du salaire, généralement déterminé d'après une échelle mobile, correspondant au prix de revient du produit, dont nous décrirons ultérieurement le mécanisme ingénieux (tit. II, chap. 1 et tit. III); durée du travail journalier, mode de travail (à la journée ou aux pièces), règlements d'atelier, apprentissage, etc. Cette substitution progressive, pour les principales industries, du marché collectif de travail, loi générale et contractuelle de la profession, aux marchés individuels, dont l'arbitraire et les fluctuations sont trop souvent l'origine première des conflits, est incontestablement l'œuvre maîtresse des Unions anglaises* et peut être proposée comme modèle aux organisations syndicales du continent3.
Parallèlement au régime du contrat collectif, se sont développées les institutions d'arbitrage. L'entente une fois établie entre les groupes ouvriers pour la discussion de leurs intérêts communs, l'on
1 V. les détails fournis par Olphe-Galliard, L'organisation des forces ouvrières, p. 90 et suiv.
2 Cons. en ce sens, outre les travaux cités supra (nos 442 et s.), sur le contrat collectif de travail : Schloss, Les modes de rémunération du travail, trad. Rist ; B. et S. Webb, Industrial democracy, 2e partie (chap. V et VI, the standard rate et the normal day) ; Schmoller, Le développement des associations ouvrières anglaises, d'après l'ouvrage de B. et S. Webb (Jahrbuch, t. XXV, p. 175, 211 et' s.) ; Olphe-Galliard, op. cit.
3 Sans doute, même en Angleterre, il faut compter avec le dissolvant révolutionnaire, on l'a vu récemment lors des grèves des mineurs du Pays-de-Galles et des cheminots (v. supra, n° 296 ter). Mais les dirigeants des Unions luttent énergiquement contre cette tendance anarchique, et l'issue rapide, en août dernier, de la grève des chemins de fer peut être considérée comme leur œuvre. — V. dans le Bull. Off . trao. (1910-1349), le résumé du discours prononcé au 43e Congrès des Trade-unions (Sheffleld, sept. 1910), par M.Haslam, de la Fédération des mineurs, président du Congrès, sur la nécessité absolue pour les Unions ouvrières de respecter scrupuleusement la parole donnée.
a vu se constituer, tout naturellement dans les principaux centrJ industriels, des conseils mixtes de concilialion et d'arbitrage, appelés à trancher pacifiquement les conflits du capital et du travail (V. infra, tit. III).
483. — Ancien et nèo-trade-unionisme. — Le principal défauÊ des Unions ouvrières anciennes (ce qualificatif doit êtreréservé aux- Unions constituées avant 1889, date de la grève des dockers) était de n'être ouvertes qu'à l'élite des ouvriers, de constituer une sorte d'aristocratie du travail. Tandis qu'en France les syndicats ouvriers| ont toujours été largement ouverts aux ouvriers, voire même aux manœuvres de toutes les professions manuelles, en Angleterre, les Unions ne furent accessibles, pendant longtemps, qu'aux ouvriers véritables, ayant une certaine éducation professionnelle (skilled), et gagnant, à raison même de leur habileté technique, un salaire assez fort pour acquitter la cotisation, relativement élevée à raison des charges considérables (caisses de chômage, de retraites ou de secours, etc.) auxquelles les Unions doivent faire face l. Les conditions pécuniaires ou morales exigées à l'entrée, la règle d'après laquelle l'Union ne doit comprendre que des ouvriers en titre de la profession, à l'exclusion des auxiliaires , la sévérité des règlements à rencontre des membres en retard de payer leurs cotisations,toutes ces circonstances réunies aboutirent à diviser la classe laborieuse anglaise en deux camps : le camp des unionistes, comprenant les privilégiés de la profession, et le camp des travailleurs exclus des Unions, englobant la grande majorité des salariés, ce qu'on a appelé ïunskilled labour, c'est-à-dire les individus n'ayant pas appris de métier, ou, plus exactement, les individus ayant un métier qui n'exige pas un véritable apprentissage technique, tels que les portefaix, les ouvriers des docks, etc..
484. — Les travailleurs de cette dernière catégorie, exclus des anciennes Unions, privés à raison de leur misère de tous droits politiques (l'Angleterre ne possédant pas le suffrage universel, même
1 En 1908, la cotisation moyenne par tête et par an pour l'ensemble des Unions enregistrées est de 47 francs. — Mais, tandis que dans la moitié des unions,la moyenne s'abaisse au dessous de 25 francs, elle s'élève à plus de 80 francs dans les Unions les plus puissantes. Grâce à ce taux élevé de cotisation, les grandes Unions angl.ii ses ont pu doter largement leurs principaux services. C'est ainsi qu'en 1905, es cent principales unions ont affecté 15.215 225 francs aux frais des conflits industriels, 25.048.775 francs aux indemnités de chômage involontaire, 26.630.500 rf aux frais de maladie et d'accidents. Un certain nombre d'entre elles servent à leurs membres âgés ou infirmes, des retraites variant entre 2 fr. 50 et 15 francs tar semaine.
depuis la loi de 1884, qui a considérablement élargi les bases du corps électoral), se groupèrent à leur tour, et entreprirent la constitution d'Unions nouvelles, ouvertes à tous les travailleurs manuels, dans lesquelles devaient dominer naturellement les tendances socialistes, hautement répudiées par les Unions anciennes. La grande grève des docks de Londres, en 1889, qui détermina la constitution de rUnion des dockers, la plus puissante des Unions nouvelles, fut le signal de ce mouvement ; la formation de l'Union des matelots et chauffeurs, aussi nombreuse que la précédente, suivit de près ; et bienlôt l'influence des Unions nouvelles vint contrebalancer celle des anciennes.
On le vit dès l'année suivante, au Congrès de Liverpool (1890), où les Unions nouvelles réussirent à faire voter des résolutions empreintes d'un socialisme d'Etat accentué, telles que le principe delà journée de 8 heures, l'un des articles fondamentaux du programme socialiste, ou l'organisation d'ateliers municipaux. Des Trade- Unions, les idées nouvelles s'infiltrèrent dans le Parlement : l'accentuation de la législation protectrice des travailleurs, le vote successif des lois du 1er août 1908 sur les retraites ouvrières, du 20 décembre
1908 sur la journée de 8 heures dans les mines, du 20 septembre
1909 sur les Bourses du travail (Labour exchanges, placement officiel des chômeurs), du 20 octobre 1909 sur le minimum du salaire dans l'industrie à domicile, le vole tout récent (16 déc. 1911) d'une loi d'une hardiesse extrême sur l'assurance obligatoire contre la maladie, l'invalidité ou le chômage, sont autant d'indices des progrès réalisés, dans les milieux parlementaires anglais, par les théories interventionnistes1.
485. — Toutefois, sauf au Congrès de Norvich (1894), les doctrines collectivistes pures n'ont jamais eu de succès bien marqué auprès des Congrès néo-trade-unionistes. C'est ainsi, notamment, que les Congrès de Liverpool (1906) et Bath (1907), s'ils se sont nettement prononcés en faveur de la journée de 8 heures, du développement du municipal trading, de la participation de l'Etat aux retraites ouvrières, etc.. , ont nettement repoussé toutes les motions tendant à la socialisation des moyens de production. Ces votes, qui contrastent par leur modération avec l'altitude révolutionnaire de la Confédération du travail", sont dus autant à l'habile tactique des chefs du mouvement unioniste et à l'influence pon-
1 Pic, Les audaces de la démocratie sociale anglaise (Quest. prat., 1909.345). Sur l'importance grandissante du budget social anglais, v. Bull. Off. trav., 1910, p. 72.
2 Pic, Les Congrès ouvriers et la révolution sociale (Quest. prat., 1901.312).
dératrice de la Fabian society, qu'au sens pratique et utilitaire l'ouvrier anglais1.
Le parti trade-unioniste persistera-t-il longtemps dans celte att tude indépendante au regard du socialisme doctrinaire ? Il est p< mis d'en douter. Par la violence de ses attaques contre les groupe^ ments ouvriers, le parti conservateur anglais a, pour ainsi dire! obligé les leaders du trade-unionisme anglais à conclure une alliances défensive avec le parti collectiviste (Sociale démocratie fédération)! Cette alliance, aux avant-dernières élections législatives (1906), fit entrer au Parlement un nombre absolument inusité de députés ouvriers, 54, et détermina la constitution du Labour Party \ l'un des! appuis les plus solides du gouvernement libéral, au pouvoir depuis! décembre 1905, qui compte dans son sein un député ouvrier influent,! J. Burns, préposé au Local govemment Board, et un ministre àj tendances sociales accentuées, Lloyd George, chancelier de l'EchiJ quier.
Sans doute, le parti ouvrier est plutôt un parti de classe qu'un parti doctrinaire et plusieurs de ses membres se déclarent individuellement anti-collectivistes. Mais il n'en est pas moins vrai que les votes du Congrès trade-unioniste de Liverpool, en faveur de la nationalisation intégrale des chemins de fer et des mines, et du Congrès de Sheffield en faveur de l'institution d'un Comité confédéral analogue à la C. G. T. française (Quest. prat., 1910.274), et surtout le vote du parti ouvrier réuni en Congrès à Hull,en faveur de la socialiation des moyens de production ;23 janv. 1908), — vote, il est vrai, difficilement conciliable avec une motion du même Congrès rejetant l'institution de la propriété collective, — sont des indices significatifs de l'évolution du trade-unionisme vers le socialisme 3.
1 Les Congrès les plus récents (Ipswich, 1909, Sheffield, 1910, Bull. Off. trav.,j 1910,10 et 1349) ont eu à s'occuper plutôt de questions de tactique, et notamment de la lutte contre les Lords, dont la décision dans l'affaire Osborne (interdiction notifiée aux Unions de subventionner leurs députés aux Communes) affectait tous les caractères d'une déclaration de guerre au parti ouvrier. La résistance des Lords étant brisée (yote en août 1911 du vote supprimant le veto absolu des Lords et consacrant la souveraineté de fait des Communes), et le ministère Asquith ayant tout récemment déposé un projet consacrant le principe de l'indemnité parlementaire (Démocr. sociale, 4 juin 1911 j, les Trade-Unions vont, dans leurs Congrès ultérieurs, revenir aux questions de principe.
2 J. Bardoux, L'ouvrier anglais, Le labour Party (Mus. soc. Docum., août 190É), et Le socialisme à l'étranger, 1909, chap. l^).
:t Hannigan, op. cit. ; M. Alfassa, Après les élections anglaises de 1906, /Â groupe ouvrier à la Chambre des communes (Mus. soc, mars et avr. 1906) ; J. Ramsay, Mac Donald, Le socialisme, les Trade-Unions et le parti ouvrier (Rev. socii-' liste, nov. 1907, p. 426) ; Le Congrès du parti ouvrier anglais à Hull (Quest. prit, de législ. ouvr., 1908, 57) ; Mac. Kennan, Citron, parlent, angl. (Rev. polit, et
DU droit d'association 365
486. — Critiques formulées contre le trade-unionisme : conclusions. — Quels élaient donc les griefs du parti conservateur contre le trade-unionisme ? Tous se résumaient, en somme, dans les propositions suivantes, longuement développées par le Times, en 1901, dans une série d'articles intitulés « La crise de l'industrie britannique », reprises et amplifiées par les principaux orateurs du Congrès de la National Free Labour Association, tenu à Londres en octobre 1901 * : — a) Le trade-unionisme, par les procédés de boycottage auxquels ont communément recours les grévistes syndiqués, est l'ennemi du travailleur indépendant ; — b) Par ses règlements minutieux et tyranniques, par les habitudes qu'il propage (notamment par l'habitude du ca'canny, réduction volontaire de la productivité du travail individuel afin d'assurer du travail à plus d'ouvriers), par son hostilité au regard des machines nouvelles, l'unionisme est un obstacle au progrès industriel, et par conséquent un danger pour l'industrie anglaise, serrée de près par ses concurrents du dehors ; — c) L'unionisme paralyse les énergies individuelles, en obligeant les patrons à payer au même taux les ouvriers d'élite et les ouvriers médiocres.
487. — Que valent ces critiques^et peut-on sérieusement soutenir que les inconvénients de l'organisation syndicale soient supérieurs aux avantages, précédemment mis en relief, qu'en retire depuis un demi-siècle la collectivité ? Nous n'hésitons pas à nous prononcer pour la négative. — Le premier grief, tout d'abord, est tout simplement une déclaration de guerre au droit de coalition et d'association, l'une des conquêtes les plus précieuses des classes laborieuses. Dès l'instant que la loi réprime les violences dont la grève peut être l'occasion, dès l'instant qu'à l'association ouvrière les chefs d'industrie peuvent opposer des groupements patronaux, et qu'en face des syndicats rouges les ouvriers dissidents ont pleine
pari., 1906, 3 [t. XLIX1, p. 189). — Langer, Trade-Unionisme et socialisme (Mus. soc, déc. 1909); R. Hertz, La crise ouvrière en Angleterre (Rev. socialiste, oct. 1910 ; Bourdeau, Revue du mouvement socialiste [Rev. polit, et pari., mai 1911).
* De l'avis autorisé de M. de Rousieis, cette association ne serait autre chose qu'une machine de combat édifiée de toutes pièces par un certain nombre de patrons, désireux d'échapper à la loi du contrat collectif, et d'en revenir aux anciens errements, plus favorables à leurs intérêts (ils le croient du moins) que les contrats individuels. Mais elle ne grouperait qu'un nombre infime d'ouvriers véritables (p. 23 et 353). — M. Langer, dans une étude intitulée Le Syndicat jaune anglais (Mus. svc, 1902, p. 36), évalue cependant le nombre des adhérents de la N. F. L. A. à 300.000, mais cette affirmation paraît un peu risquée ; et nous avons quelque peine à croire qu'une assemblée nombreuse, composée en majorité d'ouvriers, ait pu, comme le Congrès de cette Association, voter des motions favobles au rétablissement de l'antique loi de Conspiracy, ou défavorables à la réglementation légale du travail industriel. (
liberté pour dresser des syndicats jaunes, tous les intérêts soi respectés : nul ne saurait donc prétendre que l'égalité soit roi pue à son détriment.
Le second ordre de griefs, s'il était fondé, s'adresserait aux ou^ vriers anglais en général et non point seulement aux ouvriers syndiqués. Les préjugés des travailleurs contre le machinisme sont de tous les temps, et tout permet de croire qu'ils seraient beaucoup plus vivaces dans une agglomération ouvrière inorganiqm et ignorante, que dans un état social caractérisé par un mouvemenl syndical intense, dans lequel l'impulsion appartient à quelques chefs instruits et conscients des progrès réalisables dans la condi tion des travailleurs, par la diffusion du machinisme.
Reste le troisième et dernier grief ; le Congrès de Swansea et la Fédération générale des Trade-Unions, dans un manifeste rendu public, y ont victorieusement répondu, selon nous, en faisant observer que ce grief reposait sur une confusion volontaire. Sans doute, le trade-unionisme travaille, et il prétend ainsi servir l'industrie nationale, à substituer le marché collectif au marché individuel de travail ; il veut fixer un certain étalon minimum quant aux salaires et aux heures, mais il ne frappe d'aucun interdit ceux de ses membres qui, grâce à leur habileté technique, ou leur puissance de travail, s'efforceraient d'obtenir une rémunération supérieure.
488. — En résumé, — et sur ce point nous partageons nettement l'opinion des enquêteurs du Musée social ' — l'œuvre du trade-unionisme anglais, sans être exempte de critiques, est dans son ensemble une œuvre bonne, dont le parti ouvrier a le droit d'être fier.
Tel a été l'avis du peuple anglais, qui a traduit son sentiment d'une façon éloquente en envoyant siéger au Parlement les chefs du parti ouvrier. La violence même des attaques dirigées contre lui devait servir ses intérêts, puisqu il réussit à obtenir de la majorité libérale, dès la première année, deux lois d'une haute importance, celle du 21 décembre 1906, déjà analysée, et dont nous avons souligné la hardiesse, et une loi du même jour tendant à compléter la législation sur lés accidents
Même dans le parti conservateur, d'ailleurs, un revirement semble s'être produit récemment en faveur du trade-unionisme. N'estce pas M. Balfour, le chef du ministère conservateur renversé en décembre 1905, qui, le 25 avril 1906, à la Chambre des communes, lors de la discussion du bill devenu la loi du 25 décembre 1906, rendait hommage en ces termes aux Trade-Unions : « Dans cetU
1 De Housiers, op. cit. ; Manloux et Alfassa, op. cit.
Chambre, il n'y a pas deux opinions différentes sur les Trade-Unions. Tout homme qui connaît l'histoire de notre vie sociale, reconnaît ce que les Trade-Unions ont fait, le vide qu'elles ont comblé dans notre organisation ouvrière et l'impossibilité de tout travail organisé sans une institution basée sur les grandes lignes de ce modèle... Aussi longtemps que les traditions qui se sont développées dans ces associations seront maintenues par nos collègues les députés ouvriers, — aussi longtemps que la sagesse, la modération, l'humanité et l'amour de la liberté continueront à présider à leurs conseils, nous n'aurons pas vraiment de sujets de crainte et il ne sera pas nécessaire d'entourer la société d'une haie défensive contre la possibilité de dommages de la part de ces organisations puissantes.» — Les Trade-Unions anglaises seraient vraiment difficiles dp ne pas se déclarer satisfaites de cet hommage éloquent d'un adversaire | politique.
489. — B. Colonies anglaises ou Etats coloniaux. — Australaî sie *. — Si le mouvement unioniste ne présente dans la plupart des j colonies anglaises ou Etats coloniaux (Dominion du Canada, par exemple) aucune particularité intéressante, il en est différemment en Australasie {Commonwealth australien et Nouvelle-Zélande) où, , depuis bientôt vingt ans, le parti ouvrier est parvenu à dominer les pouvoirs politiques et à faire promulguer et mettre en pratique une législation protectrice du travail salarié plus résolument interventionniste que toutes les législations similaires d'Europe ou d'Amérique. — Un journal d'Auckland, cité par André Siegfried, en faisait naguère la remarque : « Les trad and labour councils (fédérations locales des Unions ouvrières) font et dirigent la législation plus que tout autre corps constitué de la colonie... Depuis quelques années, ■ ce sont eux qui ont fait nos lois... leur nombre n'est pas formidable, mais ils se sont emparés de la machine politique et ce sont eux qui par les ministres dirigent la colonie ». Et de fait, c'est sous l'influence non dissimulée des Unions ouvrières qu'ont été votées, soit en Australie, soit en Nouvelle-Zélande, toutes les lois ouvrières récentes le plus nettement empreintes de socialisme d'Etat: lois
1 Métin, Législation ouvrière et sociale en Australie et en Nouvelle Zélande (enquête de l'Office du travail français), 1901, Le socialisme sans doctrines, 1901, et Le mouvement social en Australasie {Mus. soc, Doc , nov. 1909) : — Vi^ouroux, L'évolution sociale en Australie, 1902 ; Pierre Leroy-Beaulieu, Nouvelles sociétés anglo-saxonnes, 1905 ; A. Siegfried, La démocratie en Nouvelle-Zélande, 1904 ; Biard d'Aunet, L'aurore australe. — Conf. Fairfleld, Stade socialism in tlie Antipodes, anal, par Rafïalovich {Econ. franc., 28 fév. 1891, p. 263 et s.) ; Heeves, State Experiments in Australia, 1902 ; Les lois ouvrières australiennes (Mus. soc, mai 1906, p. 213) ; Tom Mann, Le syndicalisme en Australie (Mouv. social,, mars 1910).
sur le minimum de salaire, sur l'arbitrage obligatoire, sur les retraites ouvrières, sur la réglementation du travail dans les fabriques et magasins ; c'est la pression de ces mêmes Unions qui a déter-t miné l'adoption, dans presque tous les métiers, avec ou sans le] concours de la loi, de la journée de huit heures.