‹ Traité élémentaire de législation industrielle. Les lois ouvrièresChapitre 58 sur 157 · V. — Italie · texte numérisé non relu

V. — Italie

505. — C'est seulement à partir de 1903 que l'on a vu se produire, en Italie, un mouvement général en faveur de l'association professionnelle comparable à celui auquel nous avons assisté en France et en Belgique dans ces vingt dernières années. Dès la fin du xvin6 siècle, par suite de l'occupation française, les corporations et jurandes avaient disparu dans le nord de l'Italie ; le pape Pie VII, suivant le même mouvement, les abolit dans ses Etats en 1801, et prohiba, comme l'avait fait la Constiluante, tout groupement professionnel. Le pape Pie IX, par un décret du 14 mai 1852, revint sur cette interdiction et autorisa patrons et ouvriers à constituer, soit isolément, soit conjointement des corporations professionnelles libres, à la seule condition de soumettre leurs statuts à une congrégation spéciale chargée du contrôle des corps de métiers. Il y avait là une organisation assez libérale, ressemblant fort à la législation actuelle française sur les syndicats, sauf qu'à Rome une autorisation préalable était nécessaire.

506. — Mais la législation papale disparut naturellement avec le

pouvoir temporel, et le Gouvernement italien ne s'est pas jusqu'en

1907 préoccupé d'assurer aux syndicats professionnels une organi-

j sation régulière, et de substituer aux corporations fermées, suppri-

; 1 mées dans tout le royaume par la loi de 1864 (complétée par une

loi du 7 juillet 1878), des associations professionnelles libres.

Mis en défiance peut-être à l'endroit des associations ouvrières par les tendances internationalistes affichées par la plupart de celles fondées en Italie depuis 1865, sous l'influence des anarchistes russes, et spécialement de Bakounine 2, le Parlement italien chercha tout d'abord à dériver le mouvement dans le sens de la constitution de I sociétés de secours mutuels et de sociétés coopératives. Grâce à j une législation libérale, les sociétés de secours mutuels, les sociétés coopératives de consommation et de production, les banques popu-

* Métin, Deux aspects du mouvement social en Italie (Mus. soc, Doc, 1904, n° 3) ;

Mazzoldi, Le syndicalisme rural en Italie IMouv, socialiste, janv. 1906) ; Foa, La l Confédération du travail en Italie i Rev . socialiste, fev. 1910 ; Gidel, Le socialisme i en Italie ,in Le socialisme à l'étranger) ; Lémonon, Syndicalisme ou socialisme en '{■Italie (Grande Revue, 25 janv. 1911) 1 * Les troubles de Milan (1908), et plus récemment les troubles agraires des Roma- [ gnes (Journ. Débats, 6, 14, 25 sept 1910 ont mis en relief le caractère politique [accentué des principales organisations ouvrières de l'itaije septentrionale. D'autre

part, les fasci dei lavoralori de Sicile ont un caractère nettement révolutionnaire; i ils ne sont en effet qu'une transformation des groupes fondés en 1867 à Naples

sous l'influence de Bakounine.

laires, ouvrières ou agricoles, se sont multipliées sur tout le territoire italien dans des proportions considérables (V. supra, n« 160- 161, et chap. IV, infra).

Celte situation s'est considérablement modifiée depuis 1903, c'està-dire depuis l'époque où le gouvernement italien, par diverses créalions, inspirées de la législation française (Conseil du travail, BolL I dell Ufficio del lavoro, etc.), a nettement affirmé son intention 1 d'orienter la législation italienne dans le sens des réformes sociales.! Des relations suivies se sont nouées entre le ministère de l'agricul- 1 ture, de l'industrie et du commerce, et les fédérations ouvrières ; | les encouragements officiels ne leur ont pas fait défaut, bien qu'elles 1 n'aient, dans le silence de la loi, aucune existence légale, et un j véritable mouvement associationniste s'est rapidement développé dans toute la péninsule. Les chiffres suivants1 en attestent l'inten-1 site : 98 Chambres de travail (cpr. Bourses du travail françaises) s au 1er janvier 1909, 3.634 syndicats et 501. '220 adhérents. 61 Chambres sont affiliées à la Confédération générale du travail. — Les Fédérations de métiers, au nombre de 23, groupent 175.816 ouvriers. — Les ligues des travailleurs de la terre sont au nombre de 1.770, avec 406.945 adhérents.

Un projet de loi, inspiré des lois française et belge, sur la recon-j naissance légale des syndicats, a été déposé en 1907 sur le bureau de la Chambre italienne [BolL dell Uff., avr. 19i>7). Il est toujours \ en suspens.

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