Durée du travail et productivité. — 3° La troisième
1 La journée légale a été récemment uni6ée à 10 h., pour toutes les personnes protégées (L. 28 déc. 1908, amendant la Gewerbeordnung). — V. infra, n°s 724 et s.
objection est d'ordre économique. La production industrielle, diton, est proportionnelle à la durée du travail. Si vous réduisez la durée du travail des femmes dans les usines françaises, vous diminuez d'autant le chiffre de la production de chaque usine ou fabrique, et vous mettez nos industriels dans l'impossibilité de lutter contre la concurrence étrangère. Cet argument paraît décisif, au premier abord ; et cependant il procède d'un point de départ manifestement inexact. En effet, la valeur de la production n'est pas rigoureusement proportionnelle à la durée du travail, mais bien à la durée de ce travail combinée avec son intensité et sa qualité : or, c'est un fait d'expérience que l'intensité et la qualité du travail, dans un temps donné, diminuent notablement au bout d'un certain nombre d'heures. L'ouvrier, fatigué par une station prolongée à l'usine, et surtout l'ouvrière, fournit dans les dernières heures un travail plus lent et beaucoup moins parfait que dans les premières heures : d'où il suit que les usines dans lesquelles l'ouvrier n'est jamais surmené, parce qu'on ne l'emploie que" 10 ou 11 heures par jour, par exemple, peuvent produire autant que les usines occupant leur personnel pendant 13 ou 14 heures par jour.
Celte proposition n'est pas une affirmation sans preuves ; les statistiques des fabriques anglaises et américaines, dans lesquelles les femmes ne travaillent que 9 à 10 heures par jour, le prouvent péremptoirement. La diminution de la durée de la journée de travail des femmes et des enfants, diminution imposée par la loi tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis, n'a eu sur le développement de la production industrielle aucune influence fâcheuse, bien au contraire : les statistiques ouvrières de ces deux Etats démontrent, en effet, que leur prospérité commerciale et industrielle n'a fait que progresser depuis la réglementation, que la production a augmenté, et que les salaires ont subi une progression équivalente *.
Les mêmes résultats favorables ont été enregistrés en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas *, et généralement dans tous les pays où a prévalu la réglementation du travail des femmes.
1 Sur les statistiques anglaises, nettement favorables, cons. notamment: J. Roche, dise, au Sénat, 22 mars 1892, Offic. du 23 ; Brentano, Les rapporta entre le salaire, la durée du travail et sa productivité (Iïev. d'éc. polit., 1893, p. 273); Dechesne, La productivité du travail et les salaires {ibid., 1899, p. 460) ; S. Webb and Harold Cox, The eight hours day ; Jay, La loi de dix heures en Angleterre (Bec. d'éc. poL, mai 1902). — Sur les statistiques américaines, comp. notamment aux chiffres fournis par le Bull, de ÏO/f. du travail, 1894, p. 77, ceux de l'enquête officielle de 1904 (Wages and hours of labor, publiés en 1904 par le Bureau of La bor de Washington).
2 Pour l'Allemagne, cons. notamment le rapport de Hitze, au Congrès de Paris. — Cf. E. Bernhard, Hohere Arbeitsintensitât bei kûrzerer Arbeitszeit, Leipzig, 1911,
714. — Une expérience de près de vingt ans, et les rapports concordants des inspecteurs démontrent qu'il en a été de même en France, et que, contrairement aux pronostics pessimistes des libéraux, la loi de 1892 n'a compromis en rien notre industrie nationale, bien loin de la mettre dans l'impossibilité de lutter contre la concurrence des Etats étrangers, dont les plus prospères, l'Allemagne, l'Angleterre ou la Suisse par exemple, ont d'ailleurs également adopté le principe de la réglementation du travail féminin ».
§ 3. — Hommes adultes 2.