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Exposé des motifs du projet de budget de i907i

chat de la monnaie, au far et à mesure que les instruments de paiement, par suite des nouvelles extractions de métaux précieux et des perfectionnements du crédit, deviennent plus abondants. La monnaie, comme tous les autres biens, est d'autant moins précieuse qu'elle est moins rare, et sa dépréciation se manifeste par la hausse générale du prix des marchandises et des services. Dire en effet que le franc sest déprécié de moitié, revient à dire que ce qu'on payait autrefois 1 franc en vaut 2 aujourd'hui. Si la monnaie perd, pendant un certain laps de temps, moitié de sa valeur, il va donc de soi que les dépenses relatives à un service donné * doubleront pour cette seule cause, pendant la même période. Cette augmentation ne sera cependant qu'apparente^ puisque, si le service on question coûte deux fois plus de monnaie, celle-ci a maintenant deux fois moins de valeur. D'ailleurs, cette action de la dépréciation de la monnaie n'est certaine que lorsqu'on compare les dépenses publiques à deux époques suffisamment éloignées l'une de l'autre, comme au début et à la fin du xix" siècle. Au contraire, on ne lobserve pas toujours, si l'on n'envisage qu'une courte période, car la tendance de la monnaie à baisser de valeur peut être temporairement paralysée par des facteurs divers. C'est ainsi que de 1873 à 1900, pour des raisons économiques dans le détail desquelles nous ne pouvons entrer, les prix des marchandises, au lieu de monter comme il aurait dû arriver par suite de l'affaiblissement du pouvoir d'achat de la monnaie, ont manifesté un mouvement de chute graduelle.

8" Jusqu'ici nous avons signalé un certain nombre de causes naturelles — en ce sens qu'elles sont inévitables ou normales — de l'accroissement des dépenses publiques. Il en est encore une autre, artificielle et anormale, sur laquelle on insiste volontiers : le gaspillage, et la mauvaise organisation des services. Par une singulière rencontre, adversaires et partisans du régime actuel sont aujourd'hui d'accord pour accuser et exagérer le gaspillage : les premiers s'en font une arme de polémique : les seconds aiment à s'illusionner sur son importance pour une curieuse raison: c'est que, de toutes les causes d'élévation des charges budgétaires, le gaspillage est encore celle qu'on peut le plus aisément faire disparaître : d'où l'idée qu'en faisant des économies administratives, en simplifiant les services, en supprimant des fonctionnaires jugés inutiles on va pouvoir rendre disponible un nombre respectable de millions et résoudre ainsi la difficulté toujours grandissante de l'équilibre bud-

1 . Sauf pour le service de la dette publique : comme lEtat s'est engagé à servir à ses rentiers un intérêt fixe, qui ne variera pas avec les modifications survenant dans la valeur de la monnaie, le bénéfice est pour lui, si cette monnaie perd de sa valeur, puisqu'il n'en donne pas davantage qu'auparavant (voir^^chap. liv, le § consacré à la dette perpétuelle).

gétaire. C'est là, croyons-nous, une illusion dangereuse. Rien n'est au fond plus coûteux que les économies réalisées au préjudice de la bonne exécution des services. Gomme le disait justement à la Chambre des députés M. Guillain, rapporteur général du budget de 1901 : « Lorsqu'on analyse notre énorme budget de 3 milliards 1/2, on voit combien est relativement peu importante la part des dépenses d'administration... En réalité, il n'y a pas de très importantes économies à espérer de tous les projets de réformes administratives si péniblement combinées par leurs auteurs. D'ailleurs, en matière d'organisation administrative l'économie n'est qu'un des éléments à examiner... et l'organisation qui coûte le moins de personnel n'est pas toujours celle qui finalement répond le mieux aux intérêts économiques du pays. »

Telles sont les principales causes auxquelles on peut rattacher l'augmentation des dépenses publiques à notre époque. Il est utile de les connaître, si Ton veut comparer rationnellement le budget d'un pays à deux époques différentes et éviter à cet égard des interprétations inexactes et trop fréquentes.

Ainsi, ce serait une naïveté grossière — et c'est quelquefois un argument de politique vulgaire — que de mettre en regard un budget ancien — par exemple, le budget de Louis-Philippe avec ses 1.500 millions — et un budget actuel, tout proche de 4 milliards, pour en conclure, sans plus ample informé, que la France était autrefois gouvernée beaucoup plus économiquement que de nos jours, et pour disserter sur le « prix de revient » comparé de la République et des autres régimes. Ce jugement sommaire appelle certaines corrections : il importe en effet de ne comparer entre elles que des choses comparables. Or, on constate tout d'abord que les dépenses militaires ne sauraient être comparées sans tenir compte des obligations considérables et nouvelles que la situation internationale impose à la France actuelle, obligations que le gouvernement subit bon gré mal gré, et qui ne grevaient pas les anciens budgets. Si l'on met à part les dépenses de la guerre et de la marine, pensions comprises, le budget se trouve déjà réduit d'environ 1.200 millions *.

En second lieu, nous savons qu'au nombre des dépenses qui ont le plus augmenté et qui pèsent le plus sur les budgets contemporains figurent les dépenses de la dette publique 2. Or, parmi elles rentre le service d'emprunts contractés par les gouvernements antérieurs, ou du moins destinés à solder les fautes des gouvernements antérieurs, tels les emprunts en rente perpétuelle émis pour la libération du territoire après

1. Voir dans Y Exposé des motifs du projet de budget de 1907 la récapitulation des dépenses militaires annuelles, de 1870 à 1906.

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