XXVIII NOTICE SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
dispense le calculateur d'avoir du génie, a fait cjue dans les cas plus difficiles on s'est appliqué principalement à perfectionner l'instrument universel. Mais aujourd'hui que les ressources de ce genre paraissent entièrement épuisées par les travaux d'Euler, de Lagrange et de leurs dignes émules, il serait temps peut-être de revenir à l'ancienne méthode, et d'imiter D. BernouUi, que Condorcet a loué de s'être montré sobre de calculs. I^agrange a fait plus habituellement un autre usage de ses sublimes talents; il tire tout de l'Analyse. Il est pourtant plus vrai de dire qu'il a réuni au plus haut degré l'une et l'autre méthode ; la preuve en est dans le Gilcul des variations, auquel ne peut se comparer, ni pour la grandeur, ni pour l'imiversalité, aucune des idées les plus heureuses des autres Géomètres; mais s'il est question de ces aperçus ingénieux, dont tout l'avantage se borne à simplifier une question unique, c'est ainsi que dès les premiers pas il avait ramené les phénomènes du son à la théorie des cordes vibrantes, et c'est encore ainsi que dans le dernier travail qu'il a présenté à la Classe, il était parvenu à simplifier singulièrement sa théorie des variations des éléments des planètes, et à faire de sa solution ime méthode générale pour tous les problèmes de Mécanique oii les forces perturbatrices sont peu considérables en comparaison des forces principales. Mais si le plus souvent on lui voit faire les plus heureux efforts pour généraliser une solution, pour épuiser un sujet, quelquefois aussi on le voit se créer des difficultés où il n'en existait aucune, et appliquer ses méthodes adroites et savantes à la solution de problèmes élémentaires qui n'exigeaient qu'une construction du genre le plus simple.
C'est ainsi (ju'à l'occasion du dernier passage de Vénus, il traite analytiquement les courbes d'entrée et de sortie pour les diffé-
DE M. LAGRANGE. xm
rents pays de la Terre. Mais pour parvenir à la solution très-facile et médiocrement exacte donnée par Delille et Lalande, il est obligé d'employer successivement des ressources détournées, des remarques pleines de finesse, de faire subir à ses coordonnées nombre de transformations, tandis que par un calcul trigonométrique de (|uelques lignes, on arrive à une formule plus complète où se trouvent des termes négligés par Lagrange et qui, bien c[ue fort petits, ne sont pas absolument insensibles. Avouons pourtant qu'il sait tirer de sa formule, pour calculer la parallaxe du Soleil, un parti très-avantageux, cpie n'avaient aperçu ni Delille, ni Lalande, mais qui découle avec bien plus de facilité du calcul trigonométrique. Ajoutons encore que ce 3Iémoire, qui m'avait été totalement inconnu jusqu'au moment où j'ai du lire tout ce ([ui était sorti de sa plume, paraît avoir servi à quelques Astronomes modernes pour établir des méthodes (ju'ils s'efforcent d'accréditer, et que Lagrange y donne le premier exemple un peu étendu d'un problème élémentaire d'Astronomie résolu par la méthode des trois coordonnées rectangulaires, qui est d'un si grand et si indispensable usage dans l'Astronomie transcendante.
Il fit depuis ime tentative semblable pour le problème des éclipses; il trouvait que les méthodes quelquefois prolixes de Duséjour n'avaient ni la simplicité, ni la facilite qu'on a dioit d'attendre de l'état actuel de l'Analyse. Il développe dans /ce travail toutes ses ressources et toute son adresse ; la lecture de son Mémoire est shigulièrement attachante, pour un Astronome qui n'a encore aucune idée de ces méthodes. Je n'ai point oublié l'effet qu'il produisit sur moi, il y a près de trente ans, cjuand j'en fis la première lecture ; je me rappelle encore avec cjuels éloges, quelques années après, M. Oriani me parlait de ce travail; mais (|uoi(|ue