‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 149 sur 359 · DUC DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DUC DE RICHELIEU

MONSBIGITEUB,

J^ai souvent ouï dire à feu Monsieur de Malherbe, qu'il ne desîroit qu'autant de vie qu'il en falloit pour célébrer vos inomoridles actions, et que tout ce qu'il en avoit écrit, n'étoit que l'ombre de ce qu'il en avoit conçu, pour le donner quelque jour à la postérité. Mais la mort, qui prévient d'ordinaire les grands hommes en leurs plus grandes pensées, le surprit dans celle-ci, et lui envia le contentement d'accomplir un si louable dessein. Si elle l'eût épargné jusques à présent, ses derniers vers font assez juger que le succès n'en pouvoit être que très-heureux ; car ce feu divin dont son esprit étoit enflammé , n'avoit reçu aucune diminution de sa vieillesse. Il Favoit conservé tout pur et tout entier dans ce dernier âge, avec une extrême passion pour votre service, et pour la gloire de votre nom ; ce qu'il me témoigna particulièrement, un peu avant que mourir, par la prière qu'il me fit de mettre au jour sous l'appui de Votre Éminence cesÉpîtres de Sénèque, qu'il a traduites en notre langue. Je vous les présente donc. Monseigneur, et pour ma décharge, et pour l'honneur de ces deux hommes illustres ; car je suis bien assuré qu'elles seront sous votre protection comme dans l'asile le plus saint et le plus inviolable qu'aient aujourd'hui les bonnes lettres. Que si les morts ctoient, comme nous, capables de passion et de sentiment, Malherbe et Sénèque auraient sans doute bien du sujet de se réjouir : Tun de voir sa dernière volonté accomplie, et l'autre d'avoir en France pour protecteur on grand héros, qui ne se fait pas moins aimer par ses vertus, que le prince dont il étoit conseiller se fit haïr par ses vices. Aussi se promet-il. Monseigneur, de recevoir de Votre Éminence un accueil autant favorable, que le traitement qu'il reçut d'un si mauvais maître fut inhumain. Ce cruel lui accourcit la

îâ6a LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.

vie du corps ; et Vous étendrez par votre autorité celle de son nom, et de sa mémoire. Cordoue en Espagne fut autrefois son berceau, et Rome le théâtre de ses vertus; comme aujourd'hui en France Monsieur de Malherbe est Torgane de sa gloire et le plus excellent interprète de ses pensées. Gela étant. Monseigneur, je crois que vous ne dédaignerez pas de protéger après sa mort les écrits d'un homme que vous avez honoré de votre estime durant sa vie. Outre sa prière, la faveur qu'il a faite à mon fils de lui donner son nom ^y et les obligations que ceux de ma maison, et moi en mon particulier, avons à Votre Éminence, m'invitent à lui faire ce présent. Je vous supj^ie très-humblement de le recevoir, avec le même visage que si l'auteur même vous le faisoit, et de le prendre pour une partie de la reconnoissance qu'est obligé de vous rendre.

Monseigneur,

De Votre Eminence,

Le très-humble et très-obéissant serviteur,

J. B. DB BoYm.

r . Voyez la Notice biographique en tête du tome I.

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