AU LECTEUR
Vous savez, lecteur, combien est recommandable de soi Monsieur de Malherbe, et quelles preuves il a rendues de son esprit en tons ses rares ouvrages. Mais en celui-ci particulièrement , il paroît bien qu'il n'excelloit pas moins à traduire qu'à inventer; car il y déduit si nettement les pensées de son auteur, que par les délicatesses de notre langue il enchérit sur les grâces de la latine. Vous demeurerez d'accord avec moi, si vous lisez ces épîtres, que j'appellerois un chef-d'œuvre, s'il en avoit achevé la version. Mais la mort qui Ta prévenu, nous a privés des dernières lettres, que j'ai cru ne pouvoir traduire, à moins que d'attirer sur moi l'indignation de toutes les Muses. Aussi est-il vrai qu'un seul Malherbe a pu l'achever comme un seul Apelle pût autrefois donner le dernier trait de pinceau à cette belle Vénus, qu'il voulut à dessein labser imparfaite ; ce qui n*empéche pas toutefois que chaque lettre en particulier ne soit une merveille de l'art, tant on y voit éclater d'agrément et de beauté, comme en tous les autres écrits que nous avons de cet excellent homme. Ayant eu l'honneur d'être connu de lui, j'ai bien voulu rendre à sa mémoire ce petit devoi»*, que d'apporter quelque soin à mettre au jour cette traduction. Bien que je la vous offre, lecteur, ce n'est pourtant pas à moi que vous la devez, mais à Monsieur Boyer, conseiller du Roi au parlement d*Aix, et neveu de cet illustre auteur, aux vertus et à l'estime duquel il a succédé légitimement. De vous dire au reste ce que vaut ce livre, cela seroit superflu, puisque tout le monde sait bien ce qu'a valu Monsieur de Malherbe. Je vous parlerois de lui plus hautement, et plus au long, si je ne croyois trop basses tontes les louanges que je lui pourrois donner, après celles qu'il a reçues en la préface delà première partie de ses œuvres',
I. Baudoin veut parler du Discours de Godeau: voyez, au tomel, X Appendice des poésies, p. 365-385.
a64 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
tellement qu il me suffît de vous dire que ces louanges sont d'autant plus justes, qu'elles s'adressent à Thorame du monde qui les a le mieux méritées; et d'autant plus illustres aussi, qu'elles lui sont données par un des plus rares et des plus célèbres esprits de notre siècle.
J. Baudoiii.
* ÉtlTRE L s65