‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 206 sur 359 · Dans les jeux du cirque. — a. Distraction^ t^paratioii · texte numérisé non relu

Dans les jeux du cirque. — a. Distraction^ t^paratioii

ÉPlTRE XXX. 383

vu personne qui se soit tué soi-même ? Si ai; j'en ai vu, et ne me suis pas contenté de les voir, je les ai regardés ; mais j estime bien plus ceux qui sans être fâchés de la vie, ouvrent la porte à la mort et la reçoivent de bonne gr&ce, sans que toutefois ils la prennent au collet pour la faire entrer. II disoit que si la mort nous donnoit de la peine, la faute en vient de nous-mêmes, qui prenons r alarme aussitôt que nous pensons qu elle est prés de nous ; car de qui peut-elle être éloignée, puisqu'en tous lieux et à toutes heures elle est sur le point de nous assaillir? Quand nous craignons quelque sujet de mort qui semble venir à nous, considérons combien il y en a d'autres bien plus proches, de qui nous n'avons point de peur. Un ennemi vous menace de vous tuer : une indigestion préviendra son épée. (Considérons les causes de notre appréhension : nous trouverons qu'elles semblent une chose, et en sont une autre. Ce n'est pas la mort que nous craignons , mais l'imagination de la mort. Nous en sommes toujours aussi près une fois que l'autre, tellement que s'il la falloit craindre, il se faudroit résoudre de n'être jamais qu'en alarme; car en quelle saison en sommes-nous exempts? Mais je dois appréhender que mes lettres ne vous semblent si longues, que vous les haïssiez pis que la mort. Je m'en vais donc les finir, après vous avoir dit encore une parole : « Voulez- vous ne craindre jamais la mort? méditezrla perpétuellement. »

384 LES ÉPlTRES DE SÉNKQUE.

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