ÉPÎTRE XXXVII
Aboumsitt. — I. La philosophie nous enseigne à raîncre les nécetsitét et à surmonter les passions. — II. Il nous faut obéir à la raison, si nous voulons qu'on nous obéisse.
L La parole que vous avez donnée, vous oblige d'être homme de bien. Vous avez fait montre et prêté le serment. Ce seroit vous piper que de vous promettre de l'aise et du plaisir en cette guerre ; je vous veux dire ce qui en est. Le serment de l'arène et de la philosophie sont semblables : en l'un comme en l'autre, on jure de souffrir le feu, le fer et les verges jusqu'à la mort. Toute la différence qu'il y a, c'est que les gladiateurs qui se louent pour les spectacles, et qui n'ont rien à payer de ce qu'ils mangent et boivent, que leur propre sang, sont obligés à une patience forcée ; et de vous, on vous la demande. Ils peuvent quitter les armes, et tenter la miséricorde du peuple ; mais vous ne pouvez faire ni l'un ni l'autre : il faut mourir debout et sans se rendre. Mais aussi quand tout sera bien considéré, que nous servi- Foient quelque peu de jours ou d'années qu'on nous sauroit donner davantage ? Quand nous entrons au monde, nous venons en une guerre d'où nous n'avons jamais
ÉPlTRE XXXVII. /,oi
aotre congé : tout le remède que vous y avez, c'est de vaincre les nécessités que vous ne pouvez éviter; il se rtnt faire passage, la philosophie le vous ouvrira. Si vous aimez votre vie , voti*e assurance, votre contentement, et, qui est le principal , votre Hberté, le mieux que ?ous pouvez faire, c'est de vous jeter entre ses bras : rien ne vous peut réussir que par son moyen. La chose du inonde la plus basse, abjecte, sordide , servile, et sujette à toute sorte de cruelles passions, c'est la folie. Contre tant de maîtres, qui gouvernent quelquefois F un après [autre, et quelquefois tout ensemble, la sagesse est le Kul expédient de s'affranchir : voyez de l'aller trouver. D n'y a qu'un chemin qui vous y mène ; vous ne sauriez rons égarer.
II. Voulez- vous que tout vous obéisse, obéissez à la raison. Si vous vous laissez commander à elle, beaucoup le laisseront conmiander à vous : elle vous enseignera ce ipie vous devez entreprendre, et comme il vous y faudra oondnire. Vous ne vous intriquerez point*. A peine m'en sanrez-vous nommer un qui veuille quelque chose, et qni sache rendre raison d'où lui est venue cette volonté. On ne délibère guère : tout se fait par boutades. La fortune nous rencontre aussi souvent, comme nous elle. C'est une vilenie de n'aller point, mais se laisser porter, et puis quand on voit la tempête, faire l'ébahi et demander : Qui m'a mis ici? comme y suis-je venu?