ÉPÎTRE LVI
lieuMBiTT. — I. Le siieuce n*est point entièrement nécessaire pour étadier. — II. La bonne conscience trouve le repos partout. — m. L'occupation est le remède contre l'oisiveté. — IV. Nos paillions ne trouvent point de repos, même dans la solitude. — - V. Les menaces de la fortune ne troublent point le sage.
I. Je meure', le silence n'est pas si nécessaire pour étudier, comme on nous fait accroire. Je suis ici en un lieu )ù je n'ai rien qu'une tempête perpétuelle. Je suis logé iQ-dessus des étuves. Imaginez- vous à cette heure toutes les sortes de bruits qui peuvent importuner les oreilles : [juand les plus forts font leurs exercices et jettent leurs nains chai*gces de plomb, quand ils ahanent' ou font iemblant d'ahaner, je les oy geindi^e ; quand après avoir retenu leur haleine ils viennent à la laisser aller, j'entends leurs sifQements et leurs respirations mal plaisantes; ]uand il se trouve quelque maraud de valet d'étuve qui ne Trotte pas comme il faut, je lui entends sonner les épaides
I. Je meure, c'est-à-dire que je meure si le s'Uenee est aussi nécessaire, 9. Ahaner, travailler, se fatiguer, avoir beaucoup de peine à faire quelque chose.
Malhrbbk. II 3o
466 LES ÉPtTRES DE SÉNÈQUE.
tantôt d'une façon, tantôt de Tautre, selon que la main qui le frappe est plus ou moins ouverte. Et si là-dessus odoi qui a la charge des pelotes * vient à les compter et trouve qu'il lui en manque quelqu'une , toutes les autres tempêtes ne sont rien auprès de la sienne ; ajoutez-y à cette heure quelque misérable qui sentira les aulx; un qui sera surpris friponnant quelque chose, et quelque autre qui pensant avoir bonne voix, se plaira de la faire résonner dans le bain. Mettez-y encore le bruit que fait l'eau quand quelqu'un se jette tout d'un coup dans la cuve. Après tout ce nombre de personnes qui ne sauroient que faire beaucoup de bruit quand ils ne parleroient qu'à l'accoutumée , figurez- vous un barbier, qui pour se faire remarquer parmi les autres, fait ouïr de fois a autre je ne sais quelle voix grêle et bruyante, et ne ferme jamais la bouche, sinon quand il arrache le poil des aisselles et fait crier un autre pour lui. Parlons à cette heure des crieurs de pâtés, saucisses, tartelettes, et toute telle manière de gens qui vendent leurs marchandises chacon avec sa musique particulièi*e. Vous direz que parmi toute cette multitude de bruits si dissemblables il faut que je n'aie point d'oreilles ou que je sois de fer de ne perdre point l'entendement, vu que Chrysippus, l'un de nos docteurs, s'importunoit tellement d'être salué, qu'il en étoitâ la mort. Mais, je vous jure que je m'en soucie aussi peu, de tout ce frémissement, que si j'oyois le flot ou la tombée d'une eau. Quoique j'aie ouï dire qu'une autre fois une ville fut portée par ses habitants du lieu où elle étoit en un autre pour ne pouvoir endurer les cataractes du Nil, je ne me trouve point si diverti d'un bruit' que d'une parole. Le bruit n'emplit et ne trappe que les oreilles, et la parole attire l'esprit et l'emmène avec soi. Au nombre