Il y a dans le latin : non allevabitur vélum
4. Dans l'édition de i645 : « que je m'estimois trop avancé. »
6i8 LES ÉPtTRKS DE SÉNËQUE.
aujourd'hui sans bruit, et sans personne qui me troublât; car voici que j*oy une grande huée vers la place où ils jouent, qui ne me met pas hors de moi, mais attire ma méditation à eux, et me fait penser à Timpinidence des hommes, de prendre tant de peine pour les exercices du corps et se soucier si peu de l'instruction de Tesprit. Je me représente combien il ^ a d'honunes à voir un jeu qui n*est qu'une folie, et d'où même ils ne sont pas assurés de revenir sans quelque coup ; et cependant il n'y a point de déserts si solitaires que les lieux où l'on tient l'école de la vertu. Je considère davantage quelle foiblesse d'esprit il y a le plus souvent en ces grands corps, de qui nous regardons les bras et les épaules avec admiration.
I. Mais ce que je médite le plus, c'est que, si par exercice le corps se réduit à cette patience de souifrir des coups de poing et de pied, non d'un honmie seul ; mais de tous ceux qui le peuvent frapper, et saignant de tous cétés, passer tout le jour à l'ardeur du soleil et sur des sablons qui brûlent quand on marche dessus , pourquoi prenant la même peine à nousforti&er l'esprit, ne le pourrions-nous rendre si vigoureux et si ferme que, sans désordre ni au visage ni en Tâme, il recevroit tous les coups de la fortune, et s'il tomboit d'aventure, en feroit si peu de compte qu'il sembleroit que ces chutes ne fussent qu'autant de leçons pour lui apprendre à se relever. Il faut beaucoup de choses au corps, pour le faire bien porter. Quant à l'esprit , il croît de soi-même : il se fournit sa nouniture , et pour s'exercer n'a besoin d'être avec autre qu'avec soi. Il faut que le corps mange, qu'il boive, qu'il se frotte d'huile ; et au partir de là qu'il travaille continuellement; mais sans train et sans équipage extraordinaire, vous êtes incontinent rendu capable de la vertu. Vous avez avec vous tout ce qu'il vous faut, pour
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vous faire homme de bien. Que vous y faut- il? le vouloir être.
II. Or que sauriez- vous mieux vouloir pour vous que de vous dépêtrer de celte servitude odieuse à tout le monde et que les esclaves plus chétifs, et ceux mêmes qui sont nés parmi cette misère, tâchent par tous les moyens de secouer? Pour amasser le prix de leur affranchementS ils se laissent mourir de faim : vous qui pensez être nés libres, qu est-ce que vous ne devez point faire pour la liberté? A quoi* regardez- vous votre buffet? Il ne vous faut point d'argent : ce n'est qu'une chimère que ce nom de liberté qu'on met dans les contrats; ceux qui l'achètent ne l'ont point, et ceux qui la vendent, encore moins. Demandez-la-vous à vous-même ; il n'y a que vous qui la vous puisse donner. La première chose qu'il faut faire est de perdre la crainte de la mort : c'est elle qui nous met le premier joug. La pauvreté vient après : il faut quitter les mauvaises impressions qu'on vous en a données.
III. Après, voulez- vous connoitre le peu de sujet qu'il y a de la craindre, faites comparaison du visage d'un riche et d'un pauvre, vous trouverez que le pauvre rit plus souvent et plus fidèlement* . 11 n'a point de sollicitudes au fond de l'estomac; si quelque chose le trouble quelquefois , c'est un nuage qui n'est pas sitôt conçu que dissipé. Les joies de ceux-ci que vous estimez heureux ne sont que déguisements : ce sont tristesses de qui l'apostume^ est crevé. Vous les voyez rire bien souvent qu'ils voudroient bien pleurer, s'ils osoient; mais, quelque ver qui les ronge par dedans, il faut qu'ils fassent bonne mine. Je ne leur trouve point de compa-
I. Affranchiftsement. {^.dition de 16 j3.) — a. A ^Moi^ pourquoi,