Il fait, c'est-à-dire : il se fait, on fait
2. Le participe est au féminin dans les diverses éditions, mais,
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questions, celles qu'on Ceiit de TAme sont innombrables : d*où elle est, quelle elle est, quand eUe oommence d'être, de combien est sa durée; si elle passe d^un lieu à Tautre, et change de logis; si elle revient plusieurs fois au monde sous diverses formes, ou si elle n'entre jamais qu'en un corps, pour, après qu'elle en est sortie, se promener en liberté ; si c'est un corps ou non ; ce qu'elle fera, quand par notre ministère elle ne fera plus rien; comme elle usera de sa liberté, quand elle sera hors de cet âge; s'il ne lui souviendra plus de la vie du monde; si seulement elle commencera de se connoître, quand échappée du corps elle aura fait sa retraite dans le ciel. Prenez telle partie qu'il vous plaira des choses humaines et divines, vous ne serez jamais las d'apprendre et jamais ne cesserez de demander, tellement qu'afin que tant de belles et grandes méditations aient chez nous leurs coudées franches, il faut nécessairement en faire sortir celles qui ne servent de rien. La vertu ne se contente pas de si peu de place : son train est plus grand , il lui faut beaucoup de logis; il faut que tout vide\ et qu'elle demeure seule. Il est vrai que pourcé qu'il y a des sciences qui lui donnent du plaisir, nous en retiendrons quelques-unes , mais non plus que ce qu'il lui en fera besoin pour la servir; car si nous nous moquons de ceux qui remplissent leur maison d'une infinité de meubles précieux, plutôt pour la montre que pour l'usage, que dirons-nous de ceux qui font en leur esprit un ramas inutile de sciences qui ne leur servent de rien? C'est une espèce de l'intempérance^, de vouloir savoir
pour rendre le latin, il faudrait : c l'a précédé, > c'est-à-dire a précédé le monde.
1 . Que tout vide, que tout se vide. Voyez plus haut, p. 5i3, note i .
2. c C'est une espèce d'intempérance. > [Éditions de i645 et 1648.)
6^8 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.
plus qu'il ne faut. Et puis, qu'est-ce que sont ordinairement tous ces possesseurs de sciences libérales, que des fAcheux, des causeurs, des importuns et des glorieux, qui n'apprennent point ce qu'il seroit bon qu'il sussent, pource qu'ils ont appris ce qu'il leur seroit bon de ne savoir point? Didymus le grammairien a fait quatre mille traités : c'étoit assez pour lasser un homme de lire. Je vous laisse juger que devoit être celui qui les avoit écrits. En l'un, il dispute de quel pays étoit Homère; en l'autre, qui étoit véritablement la mère d'Elnée ; en l'autre , si Anacréon étoit plus paillard qu'ivrogne, ou plus ivrogne que paillard; si Saphon étoit une coureuse, et tout plein de telles autres choses si frivoles, que si je les avois apprises, je ferois ce qui me seroit possible pour les oublier. Et puis, dites que notre vie est courte. Nos Stoïques mêmes sont quelquefois plus longs qu'il ne seroit besoin. Je vous y moutrerois beaucoup de choses où le coup de la serpe seroit nécessaire. Il faut bien avoir perdu des heures et bien importuné des oreilles, devant que d'ouïr cette louange : « Oh le savant homme ! » Contentons-nous de ce titre, qui n'a pas tant d'éclat : « Oh l'homme de bien! >» Me conseilleriez-vous de feuilleter autant d'annales qu'il y a de peuples sur la terre, de rechercher qui est le premier qui a fait des vers, de compter par mes doigts, à faute de fastes, combien Orphée a été d'années devant Homère, repasser mon jugement sur les censures d' Aristarque , et user toute ma vie après des syllabes? M'embarrasserai-je tellement en la poudre de géométrie que je ne m'en tire jamais ? Pratiquerai-je si mal ce prétexte salutaire, qui commande d'épargner le temps? J'approuve* toute autre chose, et ne me soucie point de
I. r approuve est bien vraisemblablement une faute, pour fnp^ prends, Hmc tcïam? et quid ignorem? dit Sénèque. Malherbe a traduit et qmd sim ignorem.
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savoir ce que je sois. Le grammairien Appias^, qui du temps de C. César fit le charlatan par toute k Grèce et se &isoit appeler Homère, disoit qu*après qu^Homère avoit achevé llliade, et l'Odyssée, il avoit compris toute la guerre de Troie à l'entrée de son ouvrage ; et pour le prouver il alléguoit que tout exprès il commençoit son premier vers par deux lettres où le nombre de ses livres étoit contenu. Il est malaisé qu'un homme sache beaucoup de choses, sans en savoir de telles. Pensez à cette heure combien il s'en va de temps en maladies, combien aux affaires publiques, combien aux privées, combien à se lever, coucher, boire, manger et dormir. Mesurez votre âge : vous n'en avez pas pour donner rang à tant d'occupations, je ne parle que des sciences libérales. Et combien pensez- vous que les philosophes mêmes ont de choses superflues, et qui ne se pratiquent point? Us s'impliquent aussi bien que les autres aux distinctions des syllabes, et aux propriétés des conjonctions et des prépositions'. Ils ont eu envie sur les grammairiens et sur les géomètres', et ont pris toutes les superfluités de leurs sciences, pour les apporter en la leur. De là vient qu'ils parlent exactement, et ne vivent pas de même. Reconnoissez en ce que je vous vais dire , combien fait de mal une subtilité trop aigre , et combien elle est contraire à la recherche de la vérité.
V. Protagoras disoit qu'il n'y a rien qui ne se puisse disputer affirmativement et négativement, avec autant de probabilité d'une part que d'autre ; et que cette proposition même, que tout est disputahle, se peut contredire. Nausiphane dit que de ce qui semble être, il n'y a rien