‹ Œuvres de Malherbe (volume 2)Chapitre 350 sur 359 · Invidere grammaticis ^ invidere geometris^ dit Sénèque · texte numérisé non relu

Invidere grammaticis ^ invidere geometris^ dit Sénèque

700 LES ÉPlTRES DE SÉNÈQUE.

qui soit plus que le non être ; Parménide, que généralement tout ce qui se voit n'est point. Zenon Eléate nie tout sans exception. Ce sont presque mêmes opinions que celles des Pyrrhoniens, Mégariques, Érétriques et Acadé- • miques, qui ont introduit une nouvelle science de ne rien savoir. Si vous me croyez, vous mettrez ces curieux et les professeurs des sciences libérales tout en un rang. Ceuxlà nous baillent une science qui ne nous servira de rien ; ceux-ci nous désespèrent de pouvoir jamais rien savoir. Pour moi, j'aimerois mieux savoir des choses qui me fussent inutiles, que de ne savoir rien du tout. Les uns ne nous éclairent point, les autres nous crèvent les yeux. Si je crois Pythagoras, il n'y a rien qui ne soit douteux; si Nausiphane, toute la certitude que j'en remporte, c'est que tout est incertain; si Parménide, il n'y a rien au monde qu'une chose; si Zenon, il n'est du tout rien. Que sera-ce de nous donc ? Que deviendra tout ce qui est à Tentour de nous qui nous nourrit et qui nous soutient ? Tout ce qui est au monde ne sera qu'une ombre et une piperie. Je ne trouve pas grand goût ni à ceux qui disent que nous ne savons rien, ni aux autres qui même ne nous veulent pas accorder notre ignorance. Et s'il me falloit dire auxquels je veux le plus de mal, je confesse que je serois bien empêché.

ÉPtTRE LXXXIX. 70I

ÉPÎTRE LXXXDL.

Argitment. — I. En quoi diff<èrent la sagesse et la philosophie. Définition de la philosophie. Sa division. — II. De la morale. — III. De la naturelle. — IV. 11 blftrae les ayares, les paillards et les gourmands.

Vous me priez de vous diviser la philosophie, et que je fasse des quartiers de ce grand corps : c'est à la vérité le moyen de la comprendre bientôt, et presqu'il ne s'y peut rien faire qu'en la démembrant de cette façon. Une chose qui nous est obscure en la prenant toute ensemble, se trouve claire quand on l'examine par les parties. Plût à Dieu que la philosophie se pût représenter à nous, comme la face de ce grand univers ! Il n'y a rien de si semblable comme ce spectacle seroit à l'autre; et ne faut point douter que pour l'admirer à notre aise, elle ne nous fît laisser toutes ces choses qui nous semblent grandes, par faute que nous ne savons pas ce qui est grand. Mais puisque cela ne peut être, il nous la faut considérer de la même façon que nous considérons les secrets du monde. Les yeux ne pénétrent pas plus vite au ciel que l'esprit du sage par toute la masse de l'univers. Mais pour nous, qui avons des nuages et des brouillards à traverser, et de qui la vue s'arrête au premier logis*, nous avons besoin qu'on nous montre les choses une à une, parce que nous ne sommes pas encore capables de les regarder en gros. Je ferai donc ce que vous me demandez, et mettrai la philosophie en parties, et non en morceaux; car il y a du profit à la diviser; mais qui la hacheroit, il la ren-

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