LIVRE IV. CHAPITRE XXII. ii
indubitables de ma bonne foi. Reprenons à cette heure un argument dont nous nous sommes déjà servis. D'où nous vient, quand nous sommes prêts à mourir, le soin de reconnoitre ceux qui nous ont fait plaisir, et. envoyer notre mémoire à la recherche de notre vie passée, afin que pas im qui nous ait obligés n'ait occasion de se plaindre qu^il ne nous soit pas souvenu de lui ? Nous sommes alors en un point où les espérances ne sont plus de saison, et toutefois en cette extrémité nous prenons peine de laisser tout le monde content. Ne cherchons point la cause de cette considération ailleurs- qu'en Texcellence de la chose, qui est elle-même sa récompense , et aux appâts qu'ont toutes choses honnêtes pour gagner les &mes, et par l'admiration d'une splendeur à qui rien n'est conîparable les assujettir à se ranger à leur amour. Vous me* direz que c'est chose qui apporte beaucoup de commodités. Il est vrai. Aussi est-il raisonnable que là meilleure vie soit la plus assurée, et que ceux de qui la conscience est bonne aient l'esprit plus en repos. Nature n'eût pas été juste , si la gratitude n'avoit et son fruit et ses récompenses, comme les autres vertus Mais tant s'en faut que je croie qu'elle ait besoin de promettre quelque chose pour être suivie, qu'au contraire quand, au lieu que le chemin y est sans péril et sans peine, il faudroit traverser des rochers et des montagnes de qui le coupeau* seroit dans les nues, et à la merci de tout ce que les lieux solitaires ont de serpents et de bétes sauvages, je serois d'avis de passer, et de Taller trouver.
XXIII. Si une chose a des commodités extérieures , ce n'est pas à dire qu'elle ne soit désirable de soi. On ne voit guère de choses belles qui n'aient quelque mérite d'ail-