Mérimée. Loc. cit., p. 13. ( Notes de V Édition
devrait pas davantage tirer de ces détails une conclusion contraire à celle de M. Mérimée. Car il semble que les vernis n’étaient employés que dans des cas particuliers. Je ne juge pas cependant. Je suis plutôt porté à croire que M. Mérimée a raison.
Voilà cependant les seules preuves sur lesquelles M. Mérimée appuie son opinion. Vous voyez qu’à tout prendre on ignore encore absolument les vrais procédés matériels des premiers peintres qui ont peint à l’huile, et dont les œuvres sont en général d’une si belle conservation. Et surtout on n’a pas fait ce qui eût été le plus essentiel et peut-être le plus efficace, c’est-à-dire l’analyse chimique de peintures de ces premiers âges de la peinture à l’huile.
D ailleurs, il n’est pas douteux qu’à toutes les époques, comme de
nos jours encore, il y a des peintres qui ont appliqué les couleurs, en les mêlant avec des vernis.
Or, il est arrivé fréquemment que ce sont précisément les œuvres de ces artistes qui se sont le moins bien conservées.
Ainsi Reynolds (1723-1792), qui fut le plus grand coloriste de son temps, peignait avec des vernis, on ne sait lesquels, mais il est certain qu il mêlait des vernis à ses couleurs. Ses tableaux étaient éblouissants de couleur au moment où ils sortaient de ses mains, mais ils ont déjà peidu tout leur éclat. Ils sont devenus gris, bistrés, se sont décolorés.
C est à M. Mérimée (*) lui-même que j’emprunte cette appréciation et elle est celle de tout le monde. On cite même Reynolds lorsqu’on veut parler d’un peintre dont les peintures ont perdu tout leur éclat. Je sais bien que M. Mérimée ajoute que ses huiles et ses vernis étaient de mauvaise préparation. Mais qu’en sait-on ? On ignore même de quels vernis et de quelles huiles il avait l’habitude de se servir.
Prud hon (1758-1823) se servait également de vernis, et de vernis à la cire. Il ajoutait à ses couleurs une espèce de pâte composée de mastic en larmes et de cire fondus ensemble dans de l’huile siccative blanche. Dans les dernières années de sa vie, il avait donné la préférence au vernis du moine Théophile dont je vous indiquerai la recette plus tard.
Or, il y a beaucoup de personnes qui attribuent les gerçures qui détruisent les tableaux à l’emploi de ce vernis. M. Mérimée prétend que les peintures de Prud’hon se sont altérées parce qu’il les a vernies trop tôt. Or, je tiens de M. Briotet que plusieurs des tableaux de Prud bon qui n’ont jamais été vernis se sont altérés comme les autres. Ainsi, le Christ en croix n’a jamais été verni et est tout gercé.
Mérimée. Loc. cit., p. 29-30 ( Note de l'Édition.)
Ainsi donc, en supposant que Van Eyck eût employé des vernis, il faudrait savoir lesquels ; et,- les connaissant, il faudrait encore savoir la manière de s’en servir vis-à-vis de l’huile et des couleurs.
Nous verrons bientôt comment, dans cet art de la peinture, les moindres choses ont de l’iiij, portance.
Nous reviendrons, messieurs, sur toutes ces questions. Le seul objet que je me propose en ce moment est d’éveiller votre attention sur l’importance très grande des procédés matériels de la peinture à l’huile. Nature des huiles, nature des vernis, manière de les employer, rien ne doit être négligé par l’artiste jaloux de la conservation de ses œuvres. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ceci s’applique avec plus de force encore aux couleurs qu’il utilise et même à la nature des enduits sur lesquels il travaille.
C’est ici que la science chimique doit intervenir. C’est à elle d’indiquer les qualités ou les défauts des ingrédients dont se sert le peintre. Tout au moins et en premier lieu elle doit donner au peintre la connaissance du pourquoi de leur emploi, la connaissance, en d’autres termes, de leurs propriétés physiques et chimiques, afin que le peintre s’en serve avec discernement.
Malheureusement, il n’est guère possible de parler des applications d’une science sans être familiarisé avec ses [premiers principes et son langage. Et mon premier soin doit être de fixer vos idées sur quelques termes, quelques idées générales, quelques faits indispensables à l’intelligence de notre sujet.
[Suivent des notions de chimie.]