‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 112 sur 166 · A L’INAUGURATION DE LA STATUE DE THENARD, A SENS · texte numérisé non relu

A L’INAUGURATION DE LA STATUE DE THENARD, A SENS

Messieurs,

L’Ecole Normale n’a pas eu le bonheur de compter M. Thénard au nombre de ses maîtres. Et cependant, nulle part plus qu’à l’École Normale n’est vivant le souvenir du savant illustre dont vous honorez aujourd’hui la mémoire.

C’est qu’il n’y a pas d’établissement d’instruction, — - on peut le dire à la gloire de cette École et de l’importance de sa mission, — que M. Thénard ait plus aimé, encouragé, soutenu, agrandi.

M. Thénard n’a pas professé à l’École Normale, mais il a été l’âme de son enseignement scientifique. M. Thénard n’a pas professé à l’École Normale, mais tous les élèves de la section des sciences étaient mieux que ses disciples : ils étaient ses enfants adoptifs. Dans sa vaste mémoire étaient classés leurs noms, leurs succès dans les concours, leurs aptitudes particulières, l’avancement qu’ils méritaient, tous leurs vœux, toutes leurs espérances d’avenir.

Honneur à l’homme de génie qui a aimé à ce point les jeunes gens; qui, arrivé au faîte, a tendu la main à ceux qui s’efforçaient de le suivre, et n’a jamais vu, dans la distance qui le séparait d’eux, qu’un moyen de plus de les servir!

Ses découvertes en chimie le placent dans les premiers rangs, parmi les continuateurs de Lavoisier. Celle de l’eau oxygénée immortalisera son nom. Je ne saurais dire pourtant si les sciences physiques ne sont pas plus redevables encore à M. Thénard de cette loule de vocations de savants que son excellent cœur se plaisait à rechercher, et que son admirable bon sens savait reconnaître ou faire surgir.

Elle serait bien belle et bien utile à faire, cette part du cœur dans le progrès des sciences.

1. In : Relations générales des l'êtes célébrées les 19, 20 et 21 juillet 1861, dans la ville de Sens, pour l inatiguration de la statue de Thénard. Sens, 1861, Impr. Pli. Chapu, bioch. in 8 , p. 43-45. '

Que les circonstances mettent à la tète d’une science quelconque des hommes qui, à l’exemple de M. Thénard, joignent à une grande autorité la bienveillance dans le caractère et la passion de l’encouragement à la jeunesse, et dans l’espace d’un quart de siècle, tout au plus, vous verrez cette science, fùt-elle dans le déclin, prospérera l’égal d’aucune autre. J’oserais affirmer que, si la chimie a tant grandi depuis Lavoisier, c’est qu’elle a eu constamment, et qu’elle a encore de nos jours, la bonne fortune dont je parle. C’est doubler la valeur du génie que d’y ajouter l’art de découvrir et de développer le talent chez les autres. M. Thénard avait, au plus haut degré, ce don précieux et rare. Et en perdant son patronage, la douleur de l’Ecole Normale eût été bien amère, si son illustre élève, aujourd’hui président de cette fête (4), n’avait hérité de son affection pour elle.

Vous regretterez avec moi, messieurs, l’absence de l’écrivain éminent chargé de la direction de l’Ecole Normale ("1 2). Plus voisin de M. Thénard que je n’ai pu l’être, par sa position élevée, son collègue au Conseil impérial de l’Instruction publique, mieux que moi il aurait su vous dire toute notre reconnaissance.

Permettez-moi cependant d’ajouter qu’ancien élève de l’École Normale, dévoué par goût et par devoir à ses plus chers intérêts, consacré tout entier à cette carrière de la chimie que M. Thénard a illustrée, je regarderai comme l’un des plus beaux jours de ma vie celui où j’ai eu le bonheur de rendre publiquement hommage à sa mémoire, au nom de. rétablissement qui lui doit une si grande part de sa prospérité et de son avenir.

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