SUR LES PROGRÈS DE EA CHIMIE
La faiblesse de l’esprit humain nous oblige à distribuer l’ensemble des connaissances scientifiques suivant des points de vue divers, sources d’autant de sciences partielles, qui, à leur tour, tendent à se subdiviser progressivement par l’effet de ces innombrables acquisitions du savoir, brillantes ou obscures, que chaque jour voit éclore, et dont aucune n’est sans utilité et sans gloire. C’est ainsi que la chimie, après s’être constituée comme science, n’a pas tardé à se partager en deux branches distinctes, la chimie minérale et la chimie organique. Cette division a été une des conséquences des découvertes de Lavoisier. Lorsque les travaux mémorables de ce chimiste eurent fait connaître la composition de l’air, celle de l'eau, celle de l’air fixe ou gaz carbonique, que le principe de l’immutabilité de la matière dans les phénomènes chimiques eut prévalu, que Sénebier eut découvert la décomposition de l’acide carbonique parles végétaux, que de Saussure eut fait développer des plantes dans du sable avec de l’eau pure et de l’air atmosphérique, et confirmé ainsi les expériences par lesquelles Lavoisier avait reconnu que les végétaux sont essentiellement composés de carbone, d’hydrogène et d’oxygène, une chimie nouvelle, si l’on peut ainsi parler, prit naissance, la chimie des matériaux des êtres vivants.
Stahl et Boerhaave en Allemagne, Scheele en Suède, Rouelle en France, avaient distingué dans les végétaux les gommes, les résines, les huiles fixes et volatiles, plusieurs acides végétaux, le sucre, l’amidon, le camphre, diverses matières colorantes... Mais ce n’était là que les principes immédiats que la nature nous offre en quelque sorte ostensiblement et qu’elle place d’elle-même entre nos mains. Combien plus nombreuses étaient les matières qu’il restait à découvrir chez les végétaux, et quant à celles du corps des animaux, c’est à peine si l’on y avait songé. Il fallait analyser toutes ces substances, conformément