AU DISCOURS DE RÉCEPTION DE J. -B. DUMAS
C’est le sentiment commun des chimistes français que nul mieux que vous, parmi les contemporains, n’a compris et continué l’œuvre de Lavoisier en se tenant plus près du modèle, par l’ensemble des vues et par l’importance des découvertes. Votre nom et celui de cet homme de génie ont été souvent rapprochés et confondus dans la même admiration ; car vous avez eu le mérite supérieur de féconder ses brillantes conceptions sur les lois et la transmission de la vie à la surface de la terre. Vos travaux, inspirés par ceux de Lavoisier et fortifiés par la collaboration de votre illustre ami, M. Boussingault, ont dévoilé la simplicité admirable des rapports qui unissent les deux règnes de la nature vivante et les différences nécessaires qui les séparent. Les analyses que vous avez données de l’air, de l’eau et de l’acide carbonique ont fixé définitivement la composition numérique de ces principes de vie, sans cesse détruits, sans cesse renaissants, et que la végétation transforme et élabore suivant des lois sublimes, sous l’action vivifiante du soleil.
Le champ de la science est inépuisable : c’est le propre des découvertes scientifiques de se surpasser sans cesse les unes les autres. Dans les idées de Lavoisier, la matière était soumise à une sorte de dualisme universel. La nomenclature chimique dont il a été l’un des principaux auteurs est tout empreinte de ce système que la théorie électro-chimique vint consacrer par l’autorité du grand nom de Berzelius. Le premier, vous avez au contraire envisagé les divers corps de la nature comme des édifices dont les matériaux peuvent être remplacés par d’autres de substances différentes, sans que l’équilibre
1. Cette note a été trouvée dans les papiers de Pasteur. Elle fut remise à M. Saint-René Taillandier pour sa réponse au discours de J.-B. Dumas, à 1 Académie française, le 1 juin 1876. Voir : Discours prononcés dans la séance publique tenue par l’Académie française, pma la réception de M. J.-B. Dumas, le 1” juin 187(5. Paris, 1876, typogr. de Firmin-Didot et O, 64 pages in-4°. (Note de l' Édition.)
général soit détruit, et vous avez fait connaître des méthodes nouvelles propres à effectuer ces substitutions. Sous l’influence de cette théorie féconde, la chimie a centuplé sa puissance. Chaque jour voit naître en foule des corps nouveaux, doués de propriétés inattendues, quelquefois merveilleuses par leur utilité. Que de bienfaits l’humanité ne doit-elle pas et ne devra-t-elle pas dans l’avenir à l’un de ces produits de substitution, le chloroforme, qui a donné à la chirurgie le pouvoir de supprimer la douleur dans les plus terribles opérations!
Là ne s’est pas borné votre rôle. Par l’éclat de votre enseignement, à la Sorbonne, à l’Ecole de médecine, à l’Ecole Centrale des Arts et Manufactures, établissement devenu promptement célèbre et dont la fondation est un de vos titres à la reconnaissance du pays, par votre grand ouvrage de chimie appliquée aux arts, vous avez popularisé votre science de prédilection ; vous avez multiplié le nombre de ses adeptes, et fait pénétrer partout, auprès du lit du malade, comme dans l’atelier et dans l’usine, la lumière des connaissances chimiques. Enfin, la bienveillance de votre caractère, l’affection et les encouragements dont abolis avez aimé à entourer le mérite naissant, vous ont valu ce bel éloge d’un de vos disciples : les qualités élevées de votre esprit et de votre cœur ont servi la science presque à l’égal de vos immortels travaux.
COMPTE RENDU DE LA GESTION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ DE- SECOURS DES AMIS DES SCIENCES
[pendant l’exercice 1875] f1)
Quand une institution nouvelle surgit sous l’inspiration d une idée juste, elle porte en soi la meilleure garantie de sa durée. Ce caractère de justice et de vérité étant propre par excellence à la Société de secours des Amis des sciences , vous ne serez pas surpris d apprendre que la prospérité de cette institution se soutient et s affermit chaque année. Toutefois, de même qu’on ne verrait point les meilleures semences fructifier sur un sol ingrat, c’est à des cœurs d élite qu il faut confier, pour les rendre fécondes, les pensées philanthropiques même les plus heureuses. Thénard le comprit bien, lui qui avait porté dans la pratique des affaires publiques un sens si droit que plusieuis des branches de notre enseignement sont encore vivifiées aujourd hui par l’application des sages réformes dont il les a dotées. Il composa le premier conseil d’administration de la Société des hommes les plus dignes de recueillir son pieux héritage. Plusieurs vivent encoie et sont la lumière de nos délibérations. Mais 1 un deux mérite entie tous l’expression de notre gratitude. Vous avez nommé avant moi M. Félix Boudet, membre du Conseil de la Société depuis son oiigine, son secrétaire depuis 1860 et qui, empêché aujourd hui momentanément par la maladie, m’a prié de le remplacer auprès de vous. Lorsqu’il me fit l’honneur de me demander ce service, je me trouvai partagé entre deux sentiments, la crainte de rester trop au-dessous de notre cher collègue et le désir de rendre un hommage public au zèle sans bornes qu’il a mis au service de notre Société, depuis près de vingt années.
Votre Conseil d’administration a fait cette année deux grandes pertes dans la personne de M. le baron Séguier et de M. Paul Séguin. L’un et l’autre avaient eu l’insigne honneur de contribuer à la fon-
1. In Société de secours des amis des sciences, publique annuelle, tenue le 8 juin 1876. Paris, 18/6, typo
Compte rendu de la XVII* séance gr. Laliure, in-8"; p. 9-19.
dation de la Société et d’avoir été désignés par Thénard, le premier comme censeur, le second comme trésorier. La générosité de M. Paul Séguin envers la Société a été inépuisable. Après lui avoir fait des dons importants, plusieurs fois renouvelés, il l’a comprise encore dans ses dernières volontés, en lui léguant une somme de 5.000 francs. Le Conseil, pour combler le vide laissé dans ses rangs par la mort de ces deux hommes de bien, a porté son choix sur M. Solignac, le chef respecté de l’Ecole Centrale, et sur M. Lavallée, dont le nom se rattache également par les plus honorables et les plus vivants souvenirs à cette même Ecole, devenue si promptement une des sources vives de la prospérité matérielle de la France.
L’année 1875, comme toutes celles qui l’ont précédée, nous a apporté un douloureux contingent d’infortunes. Il y a quelques mois, un astronome d un vrai mérite, M. Emile Lépissier, mourait à Paris, enlevé à la suite d’une longue et douloureuse maladie, laissant une veuve et une fille dans le plus grand dénûment. Entré à l’Observatoire de Paris, en 1853, M. Lépissier, après un stage de. quelques mois au bureau des calculs, prit part successivement, pendant dix années consécutives, aux travaux d’astronomie pratique les plus importants. Dans le nombre, il faut citer la révision des étoiles du catalogue de Lalande, l’étude des petites planètes à l’équatorial, les observations des astéroïdes et des comètes, et la détermination des longitudes des principaux points du réseau géodésique de la France.
Pour cette œuvre capitale, le directeur de l’Observatoire avait besoin de collaborateurs dévoués autant qu’habiles et joignant à une expérience consommée une grande initiative. M. Lépissier fut l’un des astronomes sur lesquels le directeur porta son choix. Il établit successivement la longitude du Havre en 1862 ; puis, en 1863, celles de Brest, de Biarritz et de Nantes. On peut juger, nous dit M. Lœwy, son ancien collègue, aujourd’hui membre du Bureau des Longitudes et de l’Académie des sciences, du talent consciencieux qu’il déploya dans ces difficiles travaux, par cette circonstance qu’une opération récemment accomplie avec l aide des astronomes de l’Amérique ayant amené incidemment une mesure nouvelle de la longitude de Brest, les résultats s’accordèrent de tous points avec ceux que M. Lépissier avait obtenus en 1863.
Après douze années passés à l’Observatoire de Paris, où la franchise et la cordialité de son caractère ont laissé les meilleurs souvenirs, .AI. Lépissier accepta, en 1864, les propositions qui lui furent faites, par une société anglaise, d’aller fonder un observatoire à Pékin. Il était depuis quatre ans dans cette capitale de la Chine lorsque le
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gouvernement japonais lui donna la mission d’organiser à Yeddo les études astronomiques. Déjà il avait réuni autour de lui un groupe de jeunes Japonais intelligents, qu’il initiait à la théorie et à la pratique de l’astronomie, et la vie commençait à lui sourire, lorsqu’il fut atteint de la terrible maladie, qui devait l’emporter. Il revint en France, chargé de veiller à la construction des instruments dont le gouvernement japonais voulait doter le nouvel Observatoire ; mais sa maladie empira et la mort brisa prématurément une existence toute de travail et de dévouement à la science.
Le Conseil de la Société de secours des Amis des sciences, par une allocation de 600 francs, a pu apporter quelque adoucissement à la détresse de Mra0 veuve Lépissier et de sa fille, réduites en ce moment à travailler à des ouvrages manuels. Nous espérons que la Société pourra prochainement ajouter aux ressources du pauvre ménage ou procurer à ces malheureuses dames un emploi moins amer de leur activité et de leur énergie.
Un autre secours de 600 francs a été accordé à Mmo Rivière, veuve de M. Rivière, docteur ès sciences, ancien professeur de l’Université, ancien aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle.
M. Rivière a publié un nombre assez considérable de travaux, parmi lesquels on peut citer avec honneur ceux qui ont reçu l’approbation de l’Académie des sciences. Les plus importants sont des études géologiques faites aux environs de Quimper, une carte géologique de la Vendée, la carte géologique du voyage qui fut exécuté en Abyssinie par MM. Ferret et Galinier, d’après les ordres du ministre de la Guerre, la connaissance des systèmes de soulèvement du Morbihan et de la Vendée, systèmes qui furent adoptés par M. E. de Reaumont.
La carte géologique de la Vendée a été l’objet d un rapport favorable à l’Académie des sciences, ainsi que la carte géologique du Tigré et du Yémen, explorés par MM. les capitaines Galinier et Ferret.
Il faut rappeler encore un mémoire important de M. Rivière sur les roches dioritiques, fait au point de vue minéralogique et géologique. Il a séparé nettement les roches amphiboliques des roches pyroxéniques que l’on confondait habituellement et est parvenu à établir l’âge de ces roches.
Chargé d’une très nombreuse famille, car il n’a pas eu moins de treize enfants, M. Rivière chercha dans l’industrie les ressources que la science ne pouvait lui offrir. Il n’v réussit point. Quatre enfants restent à sa veuve, mais aucun d’eux, du moins présentement, ne peut venir à son aide.
De toutes les branches de la science, les mathématiques pures sont peut-être celles dont la culture exige le plus de désintéressement. Moins voisines des applications immédiates que la chimie et la physique, que lés sciences naturelles même, les mathématiques sont cultivées, le plus souvent, par des hommes dont le détachement des choses d’ici-bas est connu, à en devenir presque proverbial. Aux yeux du inonde, le mathématicien représente le travail de la pensée dans sa plus haute expression, poursuivi dans le calme d’une vie obscure et solitaire. Cette année, les demandes de secours, autorisées par nos statuts, ont été formulées par trois familles de mathématiciens : par Mme Lapierre, fille de M. Faure, ancien professeur de mathématiques, auteur d’un mémoire estimé sur les quantités imaginaires, à qui notre Conseil a accordé une somme de 500 francs; par Mlle Le Besgue, et par Mme veuve P a invin.
M. Le Besgue, correspondant de l’Institut pour la section de géométrie et professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, a publié sur la théorie des nombres de très remarquables mémoires. C’est le jugement qu’en a porté M. Bertrand.
Les géomètres attendaient avec impatience un ouvrage dans lequel il devait les réunir et les compléter, et la section de géométrie de l’Académie des sciences y attachait assez d’importance pour avoir demandé et obtenu du ministre de l’Instruction publique une allocation annuelle, destinée à faciliter à M. Le Besgue la préparation et l’impression de son livre.
Si M. Le Besgue avait habité Paris, on l’aurait compté certainement parmi les concurrents les plus sérieux à une place dans la section de géométrie à l’Académie des sciences.
Mlle Le Besgue reçoit un secours de 1.000 francs.
La mort est surtout cruelle quand elle frappe un homme dans toute la force de Page et du talent; plus cruelle encore si elle ne le frappe qu’a la suite d’une longue et douloureuse maladie.
Tel a été le sort de M. Painvin, l’un des professeurs les plus distingués de l’Université. Voici en quels termes émus M. Darboux, rédacteur du Bulletin des sciences mathématiques, dont M. Painvin était un des collaborateurs assidus, a rendu compte de la mort de l’éminent professeur de mathématiques spéciales au Lycée Louis-le-Grand, si prématurément enlevé à la science et à sa famille :
« Nous avons à communiquer à nos lecteurs, dit M. Darboux, une douloureuse nouvelle. Un de nos collaborateurs les plus zélés et les plus éminents, M. Painvin, s’est éteint le 12 octobre dernier dans sa cinquantième année, après une longue et cruelle maladie. Les géomètres
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connaissent depuis longtemps les beaux travaux qu’il a publiés en si grand nombre; nos professeurs appréciaient et étudiaient les excellentes leçons de géométrie analytique qui reproduisaient et développaient la matière de son enseignement. Il appartient à ceux d’entre nous qui l’aimaient, et le voyaient de près, de rendre justice à ses belles qualités morales, à son ardeur infatigable au travail, à la loyauté qu’il apportait dans toutes ses relations, au soin jaloux avec lequel il s’occupait de ses élèves et travaillait constamment à développer leurs aptitudes mathématiques.
« La géométrie analytique, l’algèbre moderne étaient les objets favoris de ses études, le but principal de ses efforts. L’un des premiers en France, il a cultivé cette branche de l’analyse qui est devenue presque l’unique sujet d’études des jeunes savants français. La liste des ouvrages de notre collaborateur ferait honneur même à un géomètre qui n’aurait pas eu à concilier ses études personnelles avec les travaux d’un enseignement des plus pénibles. Apprécié de tous, notre excellent ami avait obtenu, l’année dernière, la récompense de ses efforts : il venait d’être appelé à professer à la Faculté des sciences; la maladie ne lui a pas permis de terminer son premier cours. »
Sa malheureuse veuve, qui l’a assisté avec tant de dévouement pendant une des maladies les plus longues et les plus douloureuses que les annales de la médecine puissent enregistrer et qui, dans cette pénible tâche, épuisa complètement les faibles économies des années de la santé et du bonheur, reçoit de la Société une somme de 1.200 francs.
« L’esprit mène le monde, a-t-on dit, et le monde n’en sait rien. » Dans cette conduite du monde par l’esprit, la science a la plus grande part. Vous n’êtes point de ceux qui l’ignorent, vous tous dont la présence dans cette enceinte est un hommage rendu à notre chère institution. Vous êtes persuadés que les progrès des nations pourraient se mesurer aujourd’hui aux efforts de leurs savants et à 1 importance de leurs découvertes. N’oublions pas toutefois que la route des grands efforts se confond souvent avec celle des grands sacrifices, et que le premier devoir d’un pays civilisé est de réparer 1 injustice du sort envers ceux qui l’ont servi avec dévouement. C’est l’honneur de la Société de secours des Amis des sciences d’être au premier rang parmi ceux qui veulent payer cette dette de patriotisme. Lfforcez-\ ous donc <le faire connaître ses statuts et de multiplier, par tous les moyens, le. nombre de ses souscripteurs. Quelle disproportion entre cette modique cotisation annuelle de 10 francs et le bien qui en résulte !
Par le souvenir des bienfaits de notre association, suscitez partout l’esprit de charité envers les nobles victimes de la science. Tous les
grands sentiments dorment au fond de notre humaine nature; mais chacun d’eux a sa voix qui l’éveille et à l’unisson de laquelle il est prêt à vibrer. Au bruit du clairon, au cri de la patrie en danger le courage guerrier se lève en sursaut. A la moindre plainte, au contraire, de l’enfant qui souffre, au moindre récit du malheur, du malheur immérité surtout, la charité est debout, prête à donner et à bénir. Appelez-la à notre aide.
Exaltez enfin autour de vous l’honneur de compter parmi les amis des sciences. Amis des sciences! profonde et touchante qualification ! Dites moi de quelqu’un qu’il est prince, duc, marquis, sénateur même, ou député, le connaîtrai-je? Mais si vous m’assurez qu’il est ami des sciences, quelle que soit sa condition, brillante ou obscure, j’irai à lui avec la persuasion de trouver un homme de cœur, qui ne sera jamais confondu dans la l'oule de ceux dont on peut dire avec vérité : l’esprit les mène et ils n’en savent rien.
COMPTE RENDU DE LA GESTION DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA SOCIÉTÉ DE SECOURS DES AMIS DES SCIENCES
[pendant l’exercice 1876] (*)
Messieurs,
Un des articles de nos statuts exige qu’il y ait tous les ans une réunion générale de la Société de secours des amis des sciences, pour entendre le rapport de son Conseil d’administration.
Vous avez encore présent à l’esprit l’attrait que savait donner à 1 exposé des travaux du Conseil son secrétaire si dévoué, M. Boudet. Empêché aujourd hui par la maladie, il m’a prié de le représenter auprès de vous. Sa parole discrète et persuasive se plaisait à marquer chaque année en quelques traits, souvent éloquents, la vie et les mérites des savants admis au glorieux mais triste honneur de faire partie des pensionnaires de la Société.
Je suis persuadé qu’à cette heure sa pensée est avec nous, et qu’elle
1. In : Société de secours des amis des sciences. Compte rendu de la XVI EU séance publique annuelle, tenue le 31 mai 1877. Pans, 1877, typogr. Lahure, in-8°; p. 9-15.
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y est même pleine de profonds regrets. Pour la première fois, messieurs, votre Conseil s’est vu dans la pénible nécessité de refuser toutes les demandes qui lui ont été adressées. Étaient-elles donc, ces demandes, en dehors des sages prescriptions de nos statuts ? Nullement. C'est triste à dire, mais ce sont ies ressources qui nous ont fait défaut. Tous les revenus disponibles de la Société sont absorbés désormais par les secours affectés aux pensionnaires des années précédentes, et * si le nombre de nos souscripteurs ne devait plus s’augmenter, malgré tous les bienfaits qu’il a déjà dispensés en votre nom, le Conseil de la Société, condamné à l’impuissance, ne serait plus que l’inutile spectateur de souffrances imméritées et sans cesse croissantes.
Je me hâte cependant de calmer votre sollicitude, à vous les fidèles amis de la science, en ajoutant que notre Société n’a rien perdu de sa prospérité; mais cette prospérité est restée stationnaire pendant que les infortunes que nous avions mission de secourir se multipliaient outre mesure.
Quoi qu’il en soit, une pareille situation ne peut se prolonger. La dignité de la science et de l’industrie françaises y est intéressée. Il faut que l’esprit de charité et de bienfaisance prenne promptement une éclatante revanche. Cette année même des hommes de cœur nous ont ouvert la voie. Il en est un dont le nom honoré et respecté sera inscrit en lettres d’or dans les annales de la Société : c’est celui de l’homme d’élite que la reconnaissance de tous les savants réunis à Nantes, il y a deux ans, acclamait à la présidence de l’Association scientifique française. M. d’Eichthal a fait à la Société, en 1876, un don de dix mille francs.
Un chimiste de talent, M. Mialhe, vient d’imiter le noble exemple que notre cher et sympathique collègue, M. Wurtz, a donné autrefois aux lauréats de l’Académie des sciences. A l’occasion du grand prix biennal que l’Institut lui a décerné pour ses admirables découvertes de chimie organique, M. Wurtz avait généreusement offert à la Société une somme de mille francs. M. Mialhe à son tour vient d’abandonner au profit de notre œuvre la totalité de la récompense que l’Académie des sciences lui a décernée naguère « en souvenir des services qu’il a rendus à la science par ses travaux de physiologie et de chimie biologique ». Ce sont les paroles mêmes de notre grand physiologiste Cl. Bernard, jugeant le mérite des recherches de notre nouveau bienfaiteur.
Vous applaudirez avec plus de chaleur encore et d’émotion le don de mille francs que Mma Mannheim a fait à la Société, par hommage envers la Providence, après le rétablissement de la santé de son mari .
touchante initiative qui révèle dans une âme le double trésor de 1 affection conjugale et d’un vif intérêt pour la science et qui devait nous etie donnée par ce sexe charmant, toujours le premier par la délicatesse du
cœur et l’élévation des sentiments.
Grâce à tous ces dons précieux, j’ai la satisfaction de vous informer, au nom du Conseil, que nos recettes en 1876 ont dépassé de 2.462 francs celles de 1875, et que notre capital s’est accru de 10.239 francs, ce qui l’a porté, au 1er janvier 1877, à la somme de 471.263 francs.
En présence de ces chiffres, pourquoi donc, direz-vous, n avon accueilli aucune des demandes légitimes formulées depuis notre dernière assemblée générale? C’est que la prévoyance de 1 illustre fondateur de la Société nous oblige de réserver une partie des recettes pour augmenter notre capital. Aux termes des statuts qui sont notre règle immuable, nous ne pouvons attribuer aux secours d’une année que les revenus du capital, joints aux trois quarts du produit des souscriptions de cette même année. Les secours distribués en 1875 avaient été de 31.600 francs. Ils se sont élevés en 1876 à 35.500 francs. Mais toute cette somme a dû passer aux anciens pensionnaires de la Société.
Vous le voyez, ce sont de nouveaux souscripteurs qu’il nous faut, sans quoi toute libéralité nouvelle de la Société serait tarie dans sa source.
Est-il donc si difficile de les obtenir, ces nouveaux souscripteurs? Trouvons-les ensemble, je vous prie. Que chacun de nous avise dans le nombre de ses parents, de ses amis, de ses connaissances une personne, une seule, qui ait pour la science assez d’estime, d’admiration ou de reconnaissance pour prélever sur ses ressources une somme de dix francs, et voilà le nombre de nos souscripteurs doublé.
Il y aurait bien d’autres moyens de nous enrichir. Permettez-moi d’en choisir un et de le soumettre au jugement de mes confrères, de mes confrères les chimistes surtout. J’ai ouï dire qu’en Angleterre, quand un industriel vient demander un conseil à un homme de science, il dépose une certaine somme en rapport avec l’importance de l’avis qu’il a reçu. C’est l’usage. Chez nous on agit autrement : nous sommes du pays où est née la chevalerie, et comme il reste toujours quelque chose des anciennes mœurs, il répugne à tous les savants français de faire payer les conseils qu’on vient réclamer de leur science et de leur obligeance. Je le veux bien; continuons de faire les preux du moyen âge à nos dépens. Mais ne pourrions-nous pas, sans offense à la tradition, exiger de tout industriel qui prend sur notre temps et tient à profiter de nos conseils qu’il fasse partie de la Société de secours des amis des sciences?
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De cette idée je ne suis pas l’inventeur; elle m’a été suggérée au mois d’août dernier par deux négociants pleins d’intelligence, MM. Boucicaut, les chefs habiles de la grande maison du Bon Marché. Ces messieurs, qui font un très noble usage de leur immense fortune, placent au nombre de leurs bienfaits l’envoi quotidien à Paris de 150 litres d'excellent lait qui est distribué le matin aux pauvres de leur quartier. Pendant les grandes chaleurs de l’été dernier, malgré les soins les plus minutieux, il arrivait quelquefois que le lait s’altérait pendant le transport de Chamarande à Paris. MM. Boucicaut me firent l’honneur de me consulter sur ce désagrément. Je m’empressai de satisfaire de mon mieux à leurs questions, en ayant la pensée de faire accompagner ma réponse d’un exemplaire du compte rendu de notre assemblée générale de l’an dernier, dans lequel, vous vous rappelez peut-être, je faisais nn appel chaleureux à l’industrie, à la science, à tous en un mot, car tous, à un titre ou à un autre, nous sommes les débiteurs de la science et des savants. Or, je fus touché plus encore que surpris de recevoir de ces messieurs, et par le retour du courrier, ce qui est un charme de plus en cette affaire et une marque nouvelle de la distinction de ces riches industriels, l’annonce que MM. Boucicaut père et fils venaient de se faire inscrire comme souscripteurs perpétuels de la Société.
Permettez-moi de vous faire observer en terminant que mon anecdote est une preuve nouvelle de la vérité du proverbe qu’un bienfait n’est jamais perdu. Redites-le autour de vous, ce proverbe béni, et puisse-t-il nous amener beaucoup de dons et de nombreux souscripteurs !
(Sa Majesté l’Empereur du Brésil, étant venu inopinément prendre place pendant la séance, M. Pasteur a ajouté) :
Je ne ferai, messieurs, que continuer la tâche qui m’a été dévolue en remerciant en votre nom Sa Majesté 1 Empeieui du Brésil, qui \ eut bien honorer notre réunion de sa présence. Sa Majesté, pendant son dernier voyage à Paris, a été l’un des bienfaiteurs de la Société. Vous serez heureux de saluer avec moi le premier et plus illustre des anus de la science.
ALLOCUTION
| PRONONCÉE A LA SÉANCE Î)E CLOTURE DU CONGRÈS SÉRICICOLE INTERNATIONAL DE MILAN] (')
Signori, io vi ringrazio in nome dei miei connazionali qui convenuti, in nome di tutta la Francia; io vi ringrazio perché avete risvegliato nei nostri cuori i piu nobili sentimenti.
Quando ritorneremo in Francia, che vi è sorella, le nostre donne, i nostri fi gl i , i nostri amici, vorrano conoscere cio che maggiormente ci ha colpiti mentre noi eravamo fra voi; ebbene, ecco quale sarà la nostra risposta : Una città grande e bella, personifîcata in un Sindaco simpatico che tutti i Milanesi rispettano ed amano ; una brillante ospitalità per parte del Municipio; un’ accoglienza premurosa e cordiale da tutta la cittadinanza che in noi vedeva rappresentata la Francia; una lealtâ a tutta prova nell1 esposizione dei lavori aile sedute del Congresso ; la più perfetta cortesia nelle discussioni ; i destini délia scienza compresi, esaltati, applauditi con un ardore espansivo ; insomma, lo speltacolo confortante di un popolo che si sente animato da un possente spirito nazionale. Noi diremo loro che i monumenti, le vie, le piazze, fin l’aria che si respira, tutto porta l’impronta di un omaggio ai benefattori délia p a tria.
Tali virtù innalzano i popoli dal secondo ordine al primo, e quando essi hanno conquistato il primo posto, la pratica costante di queste virtù pué solo rnantenerveli .
Lasciatemi ancore aggiungere che le nostre donne, i nostri figli, i nostri amici, nel numéro dei quali si troveranno forse dei compagni d’armi degli eroi di Magenta e di Palestro, applaudiranno le nostre parole e saluteranno cou noi la grandezza futura dell’ Italia.
1- In ■ Atti e memorie délia quinta lornata del Congresso bacologico internationale tenutosi in Milano, 10-15 settembre 1876. Milano, 1877, in-8" ; p. 143-144.
TOAST
[PORTÉ, LE 12 SEPTEMBRE 1876 AU BANQUET DU CONGRÈS SÉRICICOLE INTERNATIONAL