PORTÉ AU BANQUET DE LA CONFÉRENCE SCIENTIA, LE 12 FEVRIER 1885 (Q
La science jouit aujourd’hui de la faveur universelle. Ses applications, il est vrai, sont admirables, et pour ne citer que le télégraphe, quoi de plus merveilleux qu’une invention comme celle qui nous permettra, avec l’aide d’un simple fil métallique, d’apprendre demain une victoire de nos vaillants soldats sur les demi-barbares de l’Extrême Orient!
Cela ne suffit point cependant pour expliquer cette faveur toute spéciale dont jouit actuellement la science. D’autres siècles ont, à cet égard, égalé le nôtre; témoin le siècle de Christophe Colomb et de la découverte de l’Amérique, le siècle de Newton et de la loi de l’attraction universelle. La cause principale de cette popularité, c’est l’intervention d’une presse puissante, qui a vulgarisé les travaux des chercheurs.
Il y a quarante ans à peine, la presse scientifique n’existait pas; les grands journaux politiques ne s’occupaient nullement des choses de la science, et les journaux exclusivement consacrés à la science n’étaient pas fondés ou n’avaient que peu de lecteurs, étant aux mains seulement des chercheurs et des savants.
Aujourd’hui tous les journaux politiques se font honneur de s’intéresser à la science, et il y a, pour les journaux exclusivement scientifiques, d’autres lecteurs que les savants. De là un mouvement d’opinion général, qui a entraîné les pouvoirs publics à faire les sacrifices nécessaires; la presse scientifique a donc eu un rôle important dans le progrès des sciences.