‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 145 sur 166 · LE 15 AVRIL 1888, SUR LA TOMBE D ÉTIENNE WASSERZUG · texte numérisé non relu

LE 15 AVRIL 1888, SUR LA TOMBE D ÉTIENNE WASSERZUG

Messieurs,

Il n’y a pas huit jours, celui qui est là dans ce cercueil, celui que nous ne reverrons plus jamais, travaillait au laboratoire avec toute l’ardeur de ses vingt-huit ans.

A la veille de passer son doctorat, il écoutait avec un sourire heureux les félicitations que chacun de nous lui adressait, après avoir eu connaissance des idées neuves et des résultats curieux de sa thèse inaugurale. Mais lui ne s’arrêtait pas aux éloges et à ce qu’il avait fait déjà : il pensait à d’autres travaux; il poursuivait de fines et délicates expériences. Depuis une année surtout, les qualités d’observateur et d’expérimentateur avaient pris chez lui une maturité surprenante.

Nous étions frappés de cette ingéniosité qui le menait à l’esprit d’invention et qui s’associait à un don de critique de plus en plus pénétrante. Il avait les qualités les plus rares, on pourrait dire presque les plus contraires. Dans une même journée, il se montrait à la fois l’homme de recherches qui trouve et va en avant avec sûreté, et l’homme érudit qui s’arrête pour la réflexion.

Comme il savait l’anglais, l’allemand, le hongrois, l’italien, l'espagnol, il suivait avec facilité tous les travaux contemporains et nous faisait profiter de ses lectures.

Mais voilà que, lundi dernier, il envoya porter au laboratoire un mot pour s’excuser de ne pas venir le matin, dès la première heure, comme il en avait l’habitude. Il fallait qu’il fût bien malade pour se décider à écrire cette lettre qui devait être sa lettre d’adieu. Soudainement, une fièvre scarlatine maligne se déclara; malgré les soins les plus empressés, rien ne put la calmer. Elle l’a tué en quatre jours.

Et pendant que nous, ses collaborateurs et ses amis, nous pleurons

1. Étienne Wasserzug (1860-1888). Notice biographique et travaux scientifiques. Imp. Charaire et fils. Sceaux, 1889.

l’aide précieux dont nous sommes privés, il y a dans la maison désolée <|ue nous venons de quitter une veuve de vingt ans, femme et mère si heureuse la semaine passée, qui ne pourra plus embrasser son enfant

d’un mois qu’à travers des sanglots.

Vous, mes chers amis, qui vivrez quand cet enfant aura giandi, vous lui direz à quel point j’ai aimé et j’ai pleuré son père et la perte que la science vient de faire.

DISCOURS

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