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VACCINATRICE POUR UNE AUTRE MALADIE VIRULENTE

Parmi les maladies virulentes, bon nombre ne récidivent pas, du moins pendant un temps. Cela revient à dire que ces maladies virulentes sont vaccinatrices pour elles-mêmes.

La cause de ces immunités est toujours enveloppée de mystère. On les constate, on ne les explique pas. De telles maladies ne pourraient-elles être vaccinatrices pour d’autres maladies virulentes ? On a peine à comprendre, en vérité, que cela ne puisse être. Comment les effets, de quelque nature qu’ils soient, du développement d’un microbe ne seraient-ils pas produits, dans certains cas, par le développement d’un autre?

Au mois d’août 1880 j’ai annoncé (1 2) qu’après avoir vacciné des poules contre le choléra des poules j’avais essayé si elles seraient réfractaires au charbon. Après avoir obtenu des résultats positifs, une nouvelle recherche a laissé la question indécise. L’obligation de refroidir les poules pour les mettre à même de contracter le charbon rend ces expériences difficiles à suivre et à multiplier autant qu’on peut le désirer. Cependant les succès dans cette direction d’études sont si désirables que ma préoccupation est toujours en éveil et j’ai fait beaucoup de tentatives nouvelles, mais la plupart ont échoué.

Ainsi les lapins vaccinés contre le charbon qui peuvent résister à la bactéridie charbonneuse la plus virulente sont susceptibles d’être infectés par le microbe du choléra des poules qui se montre aussi mortel que si ces lapins n’avaient pas subi de vaccinations anticharbonneuses. Les lapins vaccinés contre le microbe de la salive ne résistent pas à la bactéridie charbonneuse. Les lapins vaccinés contre le microbe de la salive ne résistent pas au microbe du choléra des poules.

1. Note manuscrite, datée d’Arbois le 13 octobre 1884. Cette Note était inédite. Nous l'avons publiée dans les Annales de médecine , tome 42, n° 3, octobre 1937, p. 249.

2. T oir , p. 315-316, tome VI des Œuvres de Pasteur : Expériences tendant à démontrer que les poules vaccinées pour le choléra sont réfractaires au charbon. ( Notes de l'Édition.)

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

Dans la Communication que j’ai faite au Congrès de Genève (*), j’ai parlé d’un microbe nouveau, éminemment mortel pour les lapins... Appelons ce microbe, faute de meilleure appellation : microbe de la fièvre typhoïde chez les lapins.

J’ai reconnu que les lapins vaccinés par cet organisme, après son atténuation, suivant la méthode indiquée dans ma lecture au Congrès de Genève, ne résistent pas à la bactéridie charbonneuse virulente; que les lapins vaccinés contre le microbe de la salive périssent par le microbe précédent dont je viens de parler; enfin que les lapins vaccinés contre le charbon ne résistent pas davantage à ce dernier organisme.

Toutefois, nous avons été plus heureux, M. Thuillier et moi — car j’étais aidé alors par ce vaillant jeune homme — dans une autre série de recherches du même ordre. Nous avons reconnu que le microbe dont je viens de parler, qui communique aux lapins une maladie mortelle s’offrant avec des symptômes typhiques, peut vacciner les poules et les lapins contre le microbe du choléra des poules, mais avec cette particularité, très digne d’attention, que la vaccination atteint un maximum qu’elle ne peut dépasser et qui ne va pas jusqu’à préserver les sujets, poules ou lapins, contre l’inoculation du microbe du choléra des poules le plus virulent. Par exemple, les vaccins du microbe de la fièvre typhoïde des lapins pourraient vacciner contre un microbe du choléra dont la virulence serait capable de tuer 15 poules sur 20 en quarantehuit heures, mais ils ne vaccineraient pas contre ce microbe du choléra pouvant tuer 20 poules sur 20. On a beau vouloir forcer la vaccination par les vaccins du premier microbe, on n’arrive pas à lui faire dépasser une certaine immunité.

Un autre fait digne d’intérêt consiste en ce que le microbe de la fièvre typhoïde du lapin inoculé aux poules, même dans sa plus grande virulence, amène rarement la mort des poules. C’est pour un vaccin une condition très favorable.

1 Voir, p. 891-411, tome VI des CEuvres de Pasteur : De l’atténuation des virus. Communication faite, le 5 septembre 1882, au quatrième Congrès international d'hygiène et de démographie, tenu à Genève. ( Note de l’Édition.)

EXISTE-T-IL DES CHIENS (RACES OU SUJETS INDIVIDUELS) NATURELLEMENT RÉFRACTAIRES A LA RAGE ? (!)

J ai lu à dit erses reprises que la rage n’existait pas à Constantinople. Diverses personnes, le Dr Fauvel notamment qui a habité longtemps cette ville, consulté par moi à ce sujet, m’a affirmé avoir vu à Constantinople même des chiens enragés et des personnes mourir de la rage à la suite de morsures de chiens rabiques. Le fait est cependant fort rare et l’on peut habiter longtemps la Turquie sans avoir eu l’occasion de rencontrer des chiens enragés, sans entendre même parler de l’existence de tels chiens. On comprend donc aisément comment a pu se propager l’opinion qu’en Turquie la rage n’existe pas.

L’existence de la rage, quoique rare, n’est niée par personne en Afrique et en Egypte. J’ai eu l’occasion de voir dans le cours de l’année 1884 le Dr Sergent, médecin sanitaire français à Beyrouth qu’il habite depuis vingt-sept ans. Il m’a assuré n’y avoir jamais vu un seul cas de rage soit sur les chiens, soit sur l’homme.

Les faits dont je parle autorisent la question qui fait le titre de cette Note. Afin de la résoudre expérimentalement, j’ai prié M. le Dr Sergent de vouloir bien m’adresser de Beyrouth quelques chiens de cette ville afin d’éprouver leur réceptivité pour la rage.

Le 19 juillet 1884, je recevais en effet par son obligeante intervention quatre chiens de la race qui habite ce pays.

Le 21 juillet, après avoir reconnu que trois d’entre eux n’avaient point souffert du voyage (2), étaient gais et bien portants, j’inoculai l’un d’eux a la surface du cerveau par la méthode de la trépanation par la matière du bulbe d’un chien mort rabique le matin, après avoir été mordu le 26 juin chez M. Paul Simon, vétérinaire à Paris. En même temps, on trépana et on inocula un lapin, par ce même bulbe, pour en vérifier la virulence.

1. Note manuscrite, inédite, écrite à Arbois en octobre 1884. (Note de l’Édition ) expérience^"1"161116 “ H”"18®™1 PM 68t mort de maladie “ne et n’a pas servi à des

MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

Le 30 juillet, le chien trépané change d’allures. Il est agité. C’est le neuvième jour de l’incubation. Le 3:1 juillet, il est mordeur, a la voix rabique et [est] paralysé du train de derrière. Le 1er août il est de plus en plus enragé et mordeur.

Le 4 août, après avoir eu une rage furieuse et mordeuse avec voix rabique, le chien de Beyrouth a une rage mue, gueule toujours ouverte — ne peut la fermer — aboie à peine. Le 5 août, il est mourant. Le 6 août, on le trouve mort le matin.

Dès le 4 août, le lapin trépané le 21 juillet avait commencé à accuser qu’il était pris de rage, par un commencement de paralysie. C’était après quatorze jours d’incubation, ce qui est une des durées ordinaires de l’incubation de la rage de nos chiens des rues, quand on passe de ces chiens aux lapins.

Quoiqu’il fût bien évident que le chien de Beyrouth fût mort de rage, on a voulu vérifier l’existence du mal en communiquant sa maladie à deux lapins, inoculation par trépanation, qui ont été pris de paralysie rabique après seize et dix-huit jours d’incubation.

De nouveaux lapins inoculés par trépanation avec le premier mort ont été pris de paralysie rabique, l’un après dix jours, l’autre après onze jours d’incubation.

En résumé, pour les chiens de la race de Beyrouth, tout se passe comme pour nos chiens de France.

Si la rage n’a jamais été constatée à Beyrouth par M. le D1' Sergent, c’est qu’] elle n’existe pas en Syrie.

Si elle n’y existe pas, c’est qu’on ne l’y a pas importée. Les chiens de ces contrées y sont aussi sujets que les nôtres vraisemblablement.

On est conduit à répondre négativement à la question qui fait le titre de cette note.

On trouve ici un argument puissant en faveur de l’opinion que la rage n’est jamais spontanée.

Enfin, je dois dire qu’il m’a été facile de rendre réfractaires à la rage par des inoculations préventives les deux chiens de Beyrouth, compagnons de route de celui auquel j ai communiqué la îage. Ces deux chiens rendus réfractaires peuvent supporter aujourd’hui des injections réitérées de virus rabique en quantités aussi grandes que l’on veut, sans en éprouver la plus petite influence.

DE I/INFLUENCE DES MILIEUX DE CULTURE SUR LES PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DES VIRUS (*)

Il existe des maladies virulentes, telles que la rage, la variole, dont on n’a pu encore cultiver le microbe. On ne peut donc espérer [en] atténuer la virulence par des cultures appropriées. Il est nécessaire de recourir à d’autres méthodes d’atténuation de leurs virus.

L’influence des milieux de culture sur les propriétés des virusmicrobes qu’on y cultive est parfois considérable, soit pour pousser à l’atténuation, soit pour pousser à l’exagération de la virulence.

Le microbe du charbon s’atténue dans l’humeur aqueuse de l’œil de bœuf, employé comme milieu de culture, bien plus vite que dans ses cultures en bouillons de viandes diverses où l’atténuation n’est pas sensible.

Le microbe de la salive s’atténue très rapidement dans des cultures successives en bouillon de veau, pour peu qu’on passe de l’une à l’autre des cultures après un certain intervalle de temps. Au contraire l’atténuation devient très lente dans les cultures conservées, lorsqu’on a ajouté au bouillon du sang frais de lapin.

Un des exemples les plus frappants de l’influence du milieu sur la culture d’un microbe virulent est offert par [la culture du] microbe du choléra des poules qui est si facile dans le bouillon de poules, impossible dans le bouillon d’eau de levûre où le microbe périt même très promptement. Lui effet analogue a été constaté pour le microbe dit de la fièvre typhoïde du lapin (Lebrun).

Le renforcement de la virulence du vibrion septique par cultures dans le sang, après une atténuation par cultures dans le vide en bouillon pur, est encore une grande preuve de l’influence du milieu de culture sur la virulence.

Quant aux cultures chez les animaux vivants, rien de plus frappant que les renforcements des virulences des vaccins du choléra des poules et du charbon en les faisant passer par passages successifs dans des

1. Note inédite et inachevée, écrite à Arbois le 17 octobre 1884. [Noie de l'Édition .)

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jeunes oiseaux et poussins et dans des jeunes cobayes de plus en plus âgés.

11 faut lire également la note p. [402, tome YI] de la Communication au Congrès de Genève en septembre 1882, relative aux changements que manifeste l’organisme de la fièvre typhoïde des lapins, quand on le fait passer plusieurs fois par le corps des lapins et qu’on le reporte ensuite sur les cobayes. C/est fort curieux.

Il y a des faits de même ordre propres au microbe de la salive : renforcement de cobayes à cobayes, puis passagé aux lapins qu'il ne fait plus que vacciner (voir Note sur le rouget, fin de 1883, avec Thuillier, après sa mort [*]). Il est vrai qu’une nouvelle série faite à ma demande par M. Chamberland, en 1884, n’a plus donné les mêmes résultats. C’est à reprendre avec une nouvelle origine du microbe de la salive, avec passages nombreux par des lapins.

On peut citer encore les faits sur la rage de l’homme, du singe, du lapin, des chiens, des cobayes. — Voir conférence à Copenhague (2).

On peut citer encore les faits sur le rouget, les passages du virus aux lapins, aux pigeons. Mais ces faits sont à reprendre dans leur ensemble.

1. Voir , tome VI des Œuvres de Pasteur, p. 527-534 : La vaccination du rouget des porcs à l’aide du virus mortel atténué de cette maladie.

2. Voir, tome VI des Œuvres de Pasteu î, p. 590-602 : Microbes pathogènes et vaccins. (Notes de L'Édition.)

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