‹ Œuvres de Pasteur (volume 3)Chapitre 46 sur 166 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

[SUR LE PROJET DE DÉVERSEMENT DANS LA SEINE DES EAUX D’ÉGOUT DE CHOISY-LE.ROI] (i)

Monsieur le Préfet,

Paris, le 23 juillet 1877.

Par une délibération en date du 11 juillet 1876, le Conseil municipal de Choisv-le-Roi a décidé qu’il y aurait lieu de demander pour cette commune l'application du décret du 26 mars 1852 concernant les rues de 1 aiis, afin de pouvoir imposer aux constructeurs de maisons nouvelles de conduire leurs eaux pluviales et ménagères dans les égouts existant sous les voies publiques. La Commission d’hygiène de l’arrondissement de Sceaux ayant été consultée a fait remarquer qu’il conviendrait préalablement d’examiner si le déversement des eaux d’égout dans la Seine n’aurait pas d’inconvénient pour la salubrité des eaux du fleuve en amont de Paris.

La première prise cl’eau que la ville de Paris fait en Seine se trouve à Port-à-1’ Anglais dans la commune de Vitry, c’est-à-dire à 5 kilomètres environ au-dessous de Choisy-le-Roi. Il est certain que les eaux déversées dans le fleuve par les égouts de cette commune pourraient, dans un certain avenir et avec le développement de l’industrie, troubler d’une manière sensible la pureté de la Seine, surtout en temps d’étiage. Néanmoins, MM. les ingénieurs des eaux et des égouts de la ville de Paris ne croient pas que ce soit une raison suffisante pour empêcher Choisy-le-Roi d’user du seul moyen quelle ait à sa disposition pour assainir et rendre plus salubres ses rues et ses maisons. Sans doute, la commune de Choisy-le-Roi ne peut que gagner beaucoup à l’application qu’elle sollicite du décret du 26 mars 1852. Tout le monde doit être et est d’accord sur ce point; mais il importe plus encore que l’eau de la Seine ne soit pas trop souillée en amont de la prise d’eau de Portà-1’ Anglais, prise d’eau qui alimente le réservoir de Gentilly, lequel fournil de l’eau à tout un quartier de Paris. C’est le devoir du Conseil d’hygiene et

1. Rapport n° 34, 2e semestre 1877. Inédit. [Note de l Édition.)

de salubrité du département de la Seine de déplorer que le fleuve en amont de Paris soit à la veille de recevoir une pollution nouvelle de ses eaux, mais ces regrets ne peuvent être que platoniques. Il y a, depuis Melun, tant de communes et d’usines de toutes sortes, dont les eaux altèrent la pureté de celles de la Seine, que les égouts de Choisy-le-Roi entreront pour une petite fraction nouvelle dans l’immense et fatale adultération des eaux de la Seine en amont de I ans. Il serait donc tout a fait superflu que le Conseil réclamât contre la demande que forme la commune de Choisy-le-Roi, mais qu’il reste bien entendu que si le Conseil de salubrité n élève pas de réclamation, c’est parce qu’il y aurait inutilité à le faire. Puisse la ville de Paris comprendre une fois de plus } a cette occasion , la nécessité urgente d approvisionner la grande capitale, dans le plus bref délai possible, d'eaux de sources, prises aux sources memes } la ou elles sortent du sol , et que les eaux du feuve qui baignent ses murs ne soient plus employées qu a un seul usage, celui des services publics, et dans aucun cas à l' alimentation de ses habitants !

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, l’hommage de mon respect.

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