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SUR UN PROCÉDÉ DE CONSERVATION DES MATIÈRES ALIMENTAIRES

Monsieur le Préfet,

Paris, le 14 novembre 1879.

M. le comte A. de Barbaran, ancien officier de marine, vous a écrit pour solliciter l'autorisation d'exploiter un procédé de conservation des matières alimentaires, procédé qui repose principalement sur l’emploi de l’acide borique et du borate de soude, substances souvent proposées pour le même usage, mais dont l’inventeur prétend modifier utilement les doses par l’addition de quelques autres ingrédients inoffensifs, tels que la dextrine ou matières similaires, le sel marin, l’acide acétique, quelques gouttes d’essence de thym, etc...

Les formules pour conservation des substances alimentaires se multiplient, pour ainsi dire, chaque jour. Rien n’est plus facile que d’en accroître le nombre.

J’ai eu déjà plusieurs fois l’occasion, dans des Rapports antérieurs, de faire observer que l’Administration ne saurait préjuger la solution de questions de physiologie et d’hygiène qui sont non seulement en dehors de sa compétence, mais en dehors de la compétence de la science acquise la plus avancée. Les résultats même d’expériences directes et précises n’auraient de valeur que pour les conditions dans lesquelles on aurait opéré, pour tel ou tel animal, pour telle ou telle constitution humaine. Toute généralisation serait une témérité. Il n’y a qu’un moyen, pour l’Administration et pour 1 industrie française, de sortir de ces responsabilités : qu’elles exigent la

1. Rapport n° 467, de 1879. Inédit. — Les 3» et 4° alinéas ont été reproduits in : Rapport général du Conseil d’hygiène publique et de salubrité, 1878-1880. Paris, 1884, in-4”. (Note de l'Édition.)

MELANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES

déclaration loyale de la nature des substances étrangères ajoutées aux produits alimentaires et de leurs doses.

Qu une liberté pleine et entière, toujours sous la responsabilité individuelle de chacun, soit donnée aux fabricants, aux inventeurs, d’ajouter tout prospectus explicatif, toutes consultations signées de médecins ou de savants, sur l'innocuité des substances dont ils feront usage. C’est à l’industne à se défendre elle-même. Elle ne peut demander à l’Administration un blanc-seing pour des pratiques cachées aux intéressés, c’est-à-dire aux consommateurs.

Ma conclusion est celle-ci : 1° Il n’y a pas lieu d’accorder à M. le comte de Barbaran l’autorisation qu’il sollicite, dans les termes où il l’a formulée; 2 Cette autorisation pourrait être accordée sous la réserve des déclarations ci-dessus indiquées.

^ huiliez agréer, Monsieur le Préfet, 1 hommage de mon respect.

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