A PROPOS DES MALADIES CONTAGIEUSES ET DE LEURS CAUSES
M. Pasteur : Lorsque j ai sollicité l’honneur cle faire partie du Conseil de salubrité, mon intention secrète était de me fournir des occasions de m’instruire, particulièrement au sujet des maladies contagieuses, et de leurs causes surtout. Deux de nos collègues, M. Delpech et M. Voisin, viennent de vous communiquer des faits relatifs, le premier à un cas de maladie charbonneuse, le second à un cas de rage. Si le Conseil n’y voyait pas d’inconvénient, je serais heureux qu il voulût bien, lorsque, par ses soins, nos collègues rencontreraient des faits relatifs aux maladies contagieuses, me signaler également ces faits, afin que je puisse, en accompagnant nos collègues auprès de leurs malades, profiter de leurs observations et ajouter à ces éléments d études auxquelles j ai résolu de consacrer plusieurs années de ma vie. Je crains que ce service ne reste longtemps tout personnel, mais je ferai, dans
tous les cas, les plus grands efforts pour qu’il prenne un caractère d’utilité générale.
Séance du 6 avril 18 77.
[Discussion du Rapport
SUR DES CONSERVES DE LEGUMES VERDIS PAR LE SULFATE DE CUIVRE] Si.
M. Pasteur : D’après ce que j’ai dit, dix échantillons contenaient du cuivre; il y a une contravention à l’ordonnance de police du 1er février 1861.
Il résulte des informations qui m’ont été données que les fabricants de conserves alimentaires se livrent, dans leur préparation, à l’emploi du cuivre. Ils demandent s’il y a possibilité de le tolérer dans les pois. Au point e vue de l’ordonnance, c’est une chose impossible. Quand le Préfet de 1 ohce a rédigé ce règlement, il y a été invité par le Ministre de l’agriculture et du commerce, qui lui a envoyé des instructions.
J ai reçu le président du Syndicat des conserves alimentaires qui a présente i i ver ses observations. Il n’a pas nié qu’un peu de cuivre était employé
ans es conserves de pois. C’est une contravention qui est faite à l’ordonnance de police. •
1. Voir ce Rapport, p. 101-103 du présent volume. (Note de l'Édition.)
MÉLANGES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES 121
Dans les boîtes qui sont ouvertes, on sent une odeur métallique lorsque les pois sont verdis au sel de cuivre. Il n’en est pas de même lorsqu’on ouvre un échantillon de pois qui n’ont pas de cuivre. J’en ai fait l’expérience. J’ai demandé au maire de Nantes, qui est fabricant de conserves alimentaires, quatre échantillons de petits pois, dans lesquels il n’y a pas apparence de cuivre.
D api ès le président du Syndicat, si on ne tolère pas le cuivre dans les conserves alimentaires, il est certain qu’on ira s’établir en Belgique. M. Pasteur est donc d’avis que le Conseil de salubrité doit faire respecter l’ordonnance de 1861. (Il lit ensuite une lettre circulaire du 20 décembre 1860, adressée à tous les préfets de France par le Ministre de l’agriculture, dans laquelle il signale une erreur : Il s’agit de moyens de colorer en vert les légumes sans employer de toxiques.)
Séance du 13 juillet 1877 .
[A propos de l’introduction a Paris de viandes charbonneuses.]
M. Pasteur appelle à cette occasion l’attention de l’Administration sur l introduction, à Paris, de viandes charbonneuses . Il sait pertinemment que, dans le département d’Eure-et-Loir notamment, on expédie à Paris, presque chaque jour, une assez grande quantité de ces viandes. Les animaux morts ou sur le point de mourir du charbon sont dépecés et envoyés de nuit. On est allé jusqu’à dire que ces envois diminueraient l’importance des ateliers d’équarrissage d’Eure-et-Loir et que l’approvisionnement de Paris en viande serait insuffisant s’il n’y entrait ces viandes malsaines. Cela est sans doute très exagéré, mais il n’est pas douteux qu’on apporte à Paris des viandes charbonneuses, et il est indispensable de prendre des mesures pour empêcher ce dangereux commerce. Si les viandes charbonneuses peuvent être mangées sans grand inconvénient, il n’en est pas moins vrai qu’il suffit de les toucher avec des doigts éraillés, par exemple par des fragments d’os, pour contracter le charbon. J’ai vu, ajoute M. Pasteur, des ouvriers équarrisseurs tenir leur couteau entre leurs dents, manger dans leur atelier et y déposer leur pain n’importe où; j’ai remarqué qu’il y avait pour eux une sorte d’immunité; mais les deux accidents qui viennent de se produire à la fois peuvent se multiplier...
[A propos de deux malades soignés a l’hôpital Saint-Louis,