POUVANT ÊTRE ADMIS IMMÉDIATEMENT A L’AGRÉGATION
L’une des mesures qui ont le plus amoindri l’École Normale est celle qui a supprimé, pour ses élèves, le droit de subir le concours d’agrégation à la fin de la 3e et dernière année d’études. Je laisserai de côté la question du recrutement de l’École, qui, par le fait de cette mesure principalement, s’opère dans les plus mauvaises conditions. Tout le monde est d’accord sur ce point ; il est inutile que je m’y arrête.
Je signalerai seulement l’influence de cette mesure sur les études intérieures de l’École. Assurément, tous nos élèves comprennent le prix du travail. Néanmoins, quiconque a vu l’École de près reconnaîtra que les examens de licence sont le véritable aiguillon en lre et en 2e année, parce que, d’après un règlement fort sage, tout élève qui n’a pas subi les épreuves de la licence avec succès, à la fin de la lre et de la 2e année, doit quitter l’École. Autrefois, les études de 3e année avaient aussi leur sanction, plus glorieuse et plus enviée. C’était celle du concours d’agrégation. En supprimant ce concours à la fin de la 3e année, ou, ce qui ne fait qu’atténuer le mal, en n’autorisant qu’un sixième des élèves à se présenler, on a détruit toute émulation chez les élèves de 3e année.
Je dis que le mal n’est qu’atténué par l’autorisation accordée au sixième des élèves. En effet, les deux élèves qui auront droit à se présenter sont connus d’avance : ce sont les deux premiers de la sec-
tion. Le troisième tout au plus cherchera à leur disputer le privilège.
11 est bien vrai qu’en supprimant le concours d’agrégation, on a institué des examens de sortie que les élèves subissent à l’intérieur, à la fin de leur 3° année ; mais tout le monde sait qu’il n’y a qu’une sorte d’examen qui fasse travailler : c’est celle qui-confère un titre.
Je ne crois pas me tromper; toute la force des études de l’École est ici : à la fin des deux premières années, l’obligation de conquérir, sous peine d’exclusion, le grade de licencié; à la fin de la 3e année, la nécessité de subir avec succès les épreuves du concours d’agrégation, sous peine d’être chargé de cours et d’avoir une position médiocre dans un lycée.
Ainsi, d’une part, la suppression du droit de se présenter à l’agrégation en sortant de l’École a rendu le recrutement, pour ainsi dire, impossible ; de l’autre, elle nuit considérablement aux études de 3e année, les plus saines et les plus fortes, celles où l’esprit des élèves prend le plus de vigueur et d'étendue.
Je sais que par l’institution d’une ou de deux années de stage dans un lycée avant de pouvoir se présenter à l’agrégation on a voulu que l’élève de l’École Normale n’arrivât au concours qu’après s’être familiarisé avec la tenue d’une classe ; et par là, on a désiré introduire en quelque façon, parmi les épreuves de l’agrégation, celle du talent de renseignement.
Si cet avantage existait, s’il était vrai qu’aujourd’hui, avec les règdements en vigueur, on ne reçût agrégé que celui qui, avec des connaissances suffisantes, possède le mieux l’art d’enseigner, j’aurais quelque hésitation à mettre en balance le mal fait à notre École par l’institution du stage et cet avantage considérable de ne donner le titre d’agrégé qu’aux meilleurs maîtres.
Mais, je le demande, quelle est donc l’épreuve du concours actuel qui indique que l’élève de l’École ayant subi le stage est un maître plus exercé que celui qui sort de l’École sans avoir jamais eu une classe à diriger? Non seulement cette épreuve n’existe pas, on ne saurait l’instituer.
Il y a dans la valeur d’enseigner deux qualités distinctes : l’art de 1 exposition qui doit aller en compagnie de connaissances suffisamment étendues, et puis 1 art de tenir une classe, les efforts que l’on apporte aux progrès de chacun, le zèle dans la correction des devoirs, l’affection pour les élèves, et tant d’autres choses que je sens mieux que je ne puis les exprimer.
De ces deux qualités fort différentes, la première, celle qui a trait à la forme dans l’exposition et à l’étendue des connaissances, est la
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seule qui puisse être éprouvée par le concours ; et elle le sera sans nul doute au même titre pour-1’ élève qui sort de l’Ecole et pour celui qui a subi le stage. Pour juger de la seconde, la plus importante sans contredit, il faudrait se transporter dans des classes confiées pour quelques mois aux deux çandidats et en interroger les élèves. C’est le rôle de l’Inspecteur général et non des membres du jury d’agrégation. C’est le rôle de l’Administration. C’est à elle de récompenser le genre de mérite auquel je fais allusion, le plus digne de tous, celui qui part du cœur et du sentiment du devoir bien compris.
En résumé, je crois que la mesure que je combats a nui à l’Ecole Normale, sans profit pour un choix meilleur des professeurs agrégés.