‹ Variétés gastronomiquesChapitre 15 sur 29 · LOUIS XIV A TABLE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV A TABLE

Les repas au petit couvert. — Les repas en cajnpagne. — Les repas au grand couvert. — Louis XIV a-t-il admis Molière à sa table? — Les repas du roi en public. — Les repas de Napoléon au grand couvert. — Essai sur l’histoire de l’étiquette. — Les primeurs. — Le maître d’hôtel Audiger. — Passion des Parisiens pour les petits pois. — Les costeaux ou les marquis frians. — Louis XV et les fraises.

Louis XIV mangeait, soit seul ou presque seul, ce que l’on appelait au petit couvert ; soit avec la famille royale, au grand, couvert ; soit en public.

En général, le diner était au petit couvert, et le roi le prenait dans sa chambre. Donnons tout de suite la parole à Saint-Simon :

Le dîner étoit toujours au petit couvert, c’est-àdire seul dans sa chambre, sur une table carrée, visà-vis la fenêtre du milieu. Il étoit plus ou moins abondant, car il ordonnoit le matin petit couvert ou très petit couvert. Mais ce dernier étoit toujours de beaucoup de plats', et de trois services sans le

1 J’ai parlé ailleurs (La cuisine) du prodigieux appétit de Louis XIV, je n’y reviendrai donc pas ici.

LA VIE PRIVEE D'AUTREFOIS

fruit. La table entrée, les principaux courtisans entroient, puis tout ce qui étoit connu, et le premier gentilhomme de la chambre en année alloit avertir le Roy. 11 le servoit si le grand chambellan n’y étoit pas.

J’ai vu, mais fort rarement, Monseigneur1 et Messeigneurs ses fils au petit couvert, debout, sans que jamais le Roi leur ait proposé un siège. J’v ai vu continuellement les princes du sang et les cardinaux tout du long. J’y ai vu assez souvent Monsieur, ou venant de Saint-Cloud voir le Roi, ou sortant du conseil de dépêches, le seul où il entroit. Il donnoit la serviette et demeuroit debout. Un peu après, le Roi, voyant qu’il ne s’en alloit point, lui demandoit s’il ne vouloit point s’asseoir ; il faisoit la révérence, et le Roi ordonnoit qu’on lui apportât un siège. On mettoit un tabouret derrière lui. Quelques moments après, le Roi lui disoit : « Mon frère, asseyez-vous donc.. » Il faisoit la révérence, et s’asseoyoit jusqu’à la fin du dîner, qu’il présentoit la serviette. D’autrefois, quand il venoit de Saint-Cloud, le Roi en arrivant à table demandoit un couvert pour Monsieur, ou bien lui demandoit s’il ne vouloit pas dîner. S’il le refusoit, il s en alloit un moment après sans qu’il fût question de siège ; s’il l’acceptoit, le Roi demandoit un couvert pour lui. La table étoit carrée ; il se mettoit à un bout, le dos au cabinet. Alors le grand chambellan, s’il servoit, ou le premier gentilhomme de la chambre, donnoit à boire et des assiettes à Mon*

1 Le Dauphin.

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