LA CHAMBRE A COUCHER DE LOUIS XIV
sieur, et prenoit de lui celles qu’il ôtoit, tout comme il faisoit au Roi ; mais Monsieur recevoit tout ce service avec une politesse fort marquée. Quand il étoit au diner du Roi, il remplissoit et égayoit fort la conversation. Là, quoique à table, il donnoit la serviette au Roi en s’y mettant et en sortant ; et la rendant au grand chambellan, il y lavoit1. Le Roi, d’ordinaire, parloit peu à son diner, quoique par-ci par-là quelques mots, à moins qu’il n’y eût de ces seigneurs familiers avec qui il causoit un peu plus, ainsi qu’à son lever.
Au sortir de table, le Roi rentroit tout de suite dans son cabinet. G’étoit là un des moments de lui parler pour des gens distingués. Il s’arrêtoit à la porte un moment à écouter, puis il entroit, et trèsrarement l’y suivoit-on, jamais sans le lui demander, et c’est ce qu’on n’osoit guère. Alors il se mettoit avec celui qui le suivoit dans l’embrasure de la fenêtre la plus proche de la porte du cabinet, qui se fermoit aussitôt, et que l’homme qui parloit au Roi rouvroit lui même pour sortir, en quittant le Roi. C’étoit encore le temps des bâtards et des valets intérieurs, quelquefois des bâtimens, qui attendoient dans les cabinets de derrière, excepté le premier médecin, qui étoit toujours au dîner, et qui suivoit dans les cabinets. G’étoit aussi le temps où Monseigneur se trouvoit quand il n’avoit pas vu le Roi le matin9.
Pour ces dîners au petit couvert, le repas
1 Y essuyait ses mains.
9 Tome XII, p. 175.
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était apporté tout servi sur une table que deux officiers plaçaient devant le fauteuil du roi. Le dessert se composait invariablement de fruits, de confitures sèches, et de quatre compotes. Quand le roi demandait à boire, le contrôleur ordinaire avertissait le chef de l’échansonnerie. Celui-ci allait prendre au buffet un plateau sur lequel étaient préparés une carafe pleine d’eau, une carafe pleine de vin et un verre, puis il s’avançait vers le grand chambellan précédé d’un aide d’échansonnerie portant Y essai. C’était une petite tasse, dans laquelle le grand chambellan versait un peu d’eau et de vin, et qu’il tendait au chef de l’échansonnerie 1 , qui devait la vider. Le roi avait alors le droit de boire 2.
A l’armée ou aux retours de chasse, Louis XIV admettait plus volontiers quelques
1 En 1712, le chef de l’écliansonnerie se nommait André de Caterbv. Le grand chambellan était « M. le duc de Bouillon, Godefroy-Frédéric-Maurice de la Tour d’Auvergne, duc souverain de Bouillon, duc d Albret et de Chateau-Thierry , pair de France, comte d’Auvergne, d’Evreux et de Beaumonl-le-Boger, vicomte de Turenne et de Lenquais, vidame de Tulle, baron de Limeuil et Montgâcon, gouverneur de la haute et basse Auvergne, sénéchal d’Albret, bailly de Château-Thierry, etc., etc.
2 Trabouillet, État de la France pour 1712, t. I, p. 98 et 103
personnes à sa table : les officiers du gobelet ne servaient guère que les princes du sang et les princes légitimés , les autres convives étaient servis par des pages 1 . L’étiquette restait donc fort sévère. Écoutons encore Saint-Simon :
Je ne parlerai point de la manière de vivre du Roi quand il s’est trouvé dans ses armées. Ses heures y étoient déterminées par ce qui se présentoit à faix'e, en tenant néanmoins régulièrement ses conseils ; je dirai seulement qu’il n’y mangeoit soir et matin qu’avec des gens d’une qualité à pouvoir avoir cet honneur. Quand on y pouvoit prétendre, on le faisoit demander au Roi par le premier gentilhomme de la chambre en service. Il rendoit la réponse, et dès le lendemain, si elle étoit favorable, on se présentoit au Roi lorsqu’il alloit dîner, qui vous disoit : « Monsieur, mettez-vous à table. » Cela fait, c’étoit pour toujours, et on avoit après l’honneur d’y manger quand on vouloit, avec discrétion. Les grades militaires, même d’ancien lieutenant général, ne suffisoient pas. On a vu que M. de Vauban, lieutenant général si distingué depuis tant d’années, y mangea pour la première fois à la fin du siège de Namur, et qu’il fut comblé de cette distinction3; comme aussi les colonels de qualité
1 Trabouillet, t. I, p. 99.
3 « Le Roi a donné ce matin à Vauban cent mille francs, et l’a prié à dîner, honneur dont il a été plus touché que de l’argent. 11 n’avoit jamais eu l’honneur de manger avec le Roi. » Journal de Dangeau, 9 avril 1691, t. III, p. 320.
vm.
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distinguée y étoient admis sans difficulté. Le Roi fit le même honneur à Namur à l’abbé de Grancey, qui s’exposoit partout à confesser les blessés et à encourager les troupes. C’est l’unique abbé qui ait eu cet honneur. Tout le clergé en fut toujours exclu, excepté les cardinaux et les évêques-pairs, ou les ecclésiastiques ayant rang de prince étranger. Le cardinal de Coislin, avant d’avoir la pourpre, étant évêque d’Orléans, premier aumônier et suivant le Roi en toutes ses campagnes, et l’archevêque de Reims, qui suivoit le Roi comme maître de sa chapelle, y voyoit1 manger le duc et le chevalier de Coislin, ses frères, sans y avoir jamais prétendu. Nul officier des gardes du corps n’y a mangé non plus, quelque préférence que le Roi eût pour ce corps, que le seul marquis d’Urfé par une distinction unique : je ne sais qui la lui valut en ces temps reculés de moi.
À ces repas tout le monde étoit couvert2. C’eût été un manque de respect dont on vous auroit averti sur le champ de n avoir pas son chapeau sur la tête ; Monseigneur même l’avoit : le Roi seul étoit découvert. On se découvroit quand le Roi vous parloit, ou pour parler a lui, et on se contcntoit de mettre la main au chapeau pour ceux qui venoient faire leur cour le repas commencé, et qui étoient de qualité a avoir pu se mettre a table. On se découvroit aussi pour parler à Monseigneur ou à
1 Sic. Voy. le paragraphe suivant.
2 Voy. dans cette collection : Les soins île toilette, le savoir-vivre, p. 78.
Monsieur, ou quand ils vous parloient. Le Roi seul avoit un fauteuil. Monseigneur même, et tout ce qui étoit à table, avoient des sièges à dos de maroquin noir, qui se pouvoient briser pour les voiturer et qu’on appeloit des perroquets.
Ailleurs qu’à l’armée, le Roi n’a jamais mangé avec aucun homme, en quelque cas que c’ait été, non pas même avec aucun prince du sang, qui n’y ont mangé qu’à des festins de leurs noces, quand le Roi les a voulu faire...
De grand couvert à dîner, cela étoit extrêmement rare : quelques grandes fêtes, ou à Fontainebleau quelquefois, quand la reine d’Angleterre y étoit. Aucune dame ne venoit au petit couvert. J’y ai seulement vu très rarement la maréchale de la Mothe, qui avoit conservé cela d’y avoir amené les enfants de France, dont elle avoit été gouvernante. Dès qu’elle y paraissoit, on lui apportoit un siège, et elle s’asseoyoit, car elle étoit duchesse à brevet...
A son souper, toujours au grand couvert, avec la maison royale, c’est-à-dire uniquement les fils et filles de France et les petits-fils et petites-filles de France, étoient toujours grand nombre de courtisans, et de dames tant assises que debout, et la surveille des voyages de Marly toutes celles qui vouloient y aller. Cela s’appeloit se présenter pour Marly1.
C’est de ces soupers que la princesse Palatine disait : « Le soir, je soupe avec le roi.
1 Tome XII, p. 170, 171, 172, 177 et 181.
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Nous sommes cinq ou six à table; chacun s’observe comme dans un couvent, sans proférer une parole, tout au plus un couple de mots dits tout bas à son voisin 1 . « Au luxe de la table et aux mille formalités du service, la Palatine eut préféré un peu plus de liberté pour sa langue, qu elle avait bien pendue, comme on sait. Mais Louis XIV était de tout autre humeur :
Quand le Roy dîne et soupe à son grand couvert, c’est-à-dire avec la nef2, et que le maître d’hôtel porte son bâton, l’huissier de la salle vient auparavant avertir au Goblet3. Et pour lors, le chef de paneterie-bouche, précédé de cet huissier (qui fait ranger le monde et qui fait mettre chapeau bas), porte la nef, accompagné d’un garde du corps à sa main droite, et suivi des autres officiers du Goblet portans ce qui est nécessaire pour le service. Étant tous arrivez au lieu où le Roy doit manger, le chef de paneterie-bouche prépare le couvert en cette sorte : deux officiers du Goblet mettent le tablier ou nappe sur la table du Roy, et l’un d’eux pose dessus les assiettes d’or nécessaires pour changer, lesquelles sont en pile en un ou plusieurs tas l’une sur l’autre, avant que les gentilshommes servans aient posé le cadenat. Le chef du
1 Lettre du 3 mars 1707, t. I, p. 05.
2 Yoy. ci-dessus, p. 87 et suiv.
3 Service comprenant la paneterie et l’échansonnerie.
jour porte entre deux assiettes la première serviette mouillée, et la remet dans le temps qu’il faut entre les mains du maître d’hôtel portant bâton, lequel la donne immédiatement au Roy. Mais s’il se trouve là un prince du sang ou légitimé, ce maître d’hôtel lui met en main cette serviette mouillée, lequel la présente à Sa Majesté.
Ce chef de Goblet envoie ensuite au chef qui est resté de garde à l’office lui dire que le Roy est à table. Et alors, ce chef accompagne le fruit1, qu’il fait apporter et pose sur la table du prêt2 où est la nef, le gentilhomme servant lui en faisant faire l’essay. Ce fruit est composé de deux grands bassins de fruits cruds dans des pourcelaines, de deux autres plats de toutes sortes de confitures seiches faites au Goblet, aussi en pourcelaines, de quatre compotes et confitures liquides, et de quatre salades3.
Comme nous l’avons vu, Saint-Simon certifie que, sauf en campagne, Louis XIV n’a jamais admis d’homme t\ sa table, « n’a jamais mangé avec aucun homme en quelque cas que c’ait été, non pas même avec aucun prince du sang4. » M. Ë. Despois 5 part de là pour
1 Le dessert.
2 La table où se faisait le prêt ou essai. Voy. dans cette collection le volume consacré aux Iiepas. On y trouvera sur les détails du service une foule d’explications que je ne puis répéter ici.
3 Trabouillet, t. I, p. 95.
4 Tome XII, p. 171. Voy. aussi t. V, p. 334.
5 Le théâtre français sous Louis XIV, p. 311 et suiv.
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reléguer au rang des contes absurdes l’anecdote qui nous montre Louis XIY faisant asseoir à sa table Molière, et pour déclarer que cette légende est « parfaitement invraisemblable. » Il me semble, au contraire, qu’elle mérite mieux que des railleries, et qu’elle présente tous les caractères de la vraisemblance.
D’abord l’affirmation de Saint-Simon est inexacte. Elle prouve surtout que le vaniteux gentilhomme n’a jamais pris part aux repas du roi. Lui-même nous a expliqué tout à l’heure que Monsieur s’asseyait souvent a la table royale. La Palatine, qui y figurait plus souvent qu’elle n’eût désiré, se borne à nous dire que Louis XIV « ne voulait ordinairement personne à sa table, si ce n’est les membres de la famille du sang1. « De son côté, le comte de Brienne, simple secrétaire d’État, raconte, sans trop s’en enorgueillir, qu’il mangea deux fois avec le roi 2.
Remontons à l’origine de la légende. Elle a soixante-huit ans, âge tendre pour une légende, j’en conviens. Elle a été lancée dans la circulation par madame Campan, qui la tenait de son beau-père, qui la tenait lui-même d un
1 Lettre du 15 octobre 1719, t. II, p. 167.
- Mémoires , t. II, p. 202.
vieux médecin du roi, nommé Lafosse 1 . Vous voyez que je ne dissimule rien. Voici maintenant le texte original :
Louis XIV ayant su que les officiers de sa chambre témoignaient, par des dédains offensans, combien ils étaient blessés de manger à la table du contrôleur de la bouche avec Molière, valet de chambre du Roi, parce qu’il avait joué la comédie, cet homme célèbre s’abstenait de se présenter à cette table. Louis XIV, voulant faire cesser des outrages qui ne devaient pas s’adresser à un des plus grands génies de son siècle, dit un matin à Molière, à l’heure de son petit lever: « On dit que vous faites maigre chère ici, Molière, et que les officiers de ma chambre ne vous trouvent pas fait pour manger avec eux. Vous avez peut-être faim, moi-même je m’éveille avec un très bon appétit ; mettez-vous à cette table, et qu’on me serve mon en-cas de nuit. » Alors le Roi coupant la volaille et ayant ordonné à Molière de s’asseoir, lui sert une aile, en prend en même temps une pour lui, et ordonne que l’on introduise les entrées familières, qui se composaient des personnes les plus marquantes et les plus favo-
1 M. Despois la rajeunit d’un an quand il fixe la date de sa naissance à 1823; et son erreur n’a guère d’excuse, car il renvoie à 1 édition des Mémoires de madame Campan publiée en 1823, et qui est indiquée sur le titre comme cinquième édition. La première parut en 1822. M. Despois dit aussi que madame Campan ne nomme pas le médecin Lafosse : mais celui-ci est parfaitement nommé, même dans l’édition de 1823, t. IV, p. 4.
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risées de la cour. « Vous me voyez, leur dit le Roi, occupé de faire manger Molière, que mes valets de chambre ne trouvent pas assez bonne compagnie pour eux1. »
Constatons avant tout que madame Campan n’écrivait pas comme madame de Sévigné.
Puis, faisons remarquer que :
Un sieur François Chaban de Lafosse était chirurgien de Louis XIV en 1712 2.
Dès 1657, Molière eut la survivance de la charge de tapissier du roi, que possédait son père3. Ces fonctions, inférieures à celles de valet de chambre 4, n’en donnaient pas moins bouche à cour ; mais je ne crois pas qu’elles autorisassent l’entrée dès le matin dans la chambre royale, privilège réservé au valet de service 5.
Dans notre texte, il ne s’agit ni d’un dîner ni d’un souper du roi, mais d’un repas tout spécial.
1 Mémoires , édit. Baudouin [1822], t. III, p. 8.
2 Trabouillet, Etat de la France pour 1712, t. I, p. 245. — Un autre Lafosse, descendant peut-être de celui-ci, était chirurgien de la reine en 1745. Voy. les Mémoires du duc de Luynes, octobre 1745, t. VII, p. 83.
3 Etat général des officiers, domestiques et commançaux de la maison du Foy, p. 37 et 84.
4 Voy. ci-dessous, p. 263.
5 Trabouillet, t. I, p. 167
L'en-cas de nuit se composait de viandes froides1, et la volaille était découpée d’avance. Le roi n’aurait eu qu’à servir son hôte improvisé. Le texte ne dit même pas positivement que Louis XIV se soit mis à table avec Molière.
Ce qui suit a une allure théâtrale qui se concilie très bien avec le caractère de Louis XIV.
Ces considérations ne tendent-elles pas à établir l’authenticité du récit fait par madame Campan?
On a gratifié nos rois d’une foule de mots heureux qu ils n’eussent point trouvés tout seuls, l’esprit n’étant pas de droit divin. Des courtisans malins ont de même créé au profit de leur maître une foule d’anecdotes fort édifiantes. Mots et anecdotes sont acceptables et aussitôt acceptés quand on les met sur le compte de Henri IV, par exemple, souverain sans morgue, et plein tout à la fois de finesse et de bonhomie. La hautaine dignité de Louis XIV s’y prête beaucoup moins, et pourtant l’aventure du roi servant le comédien
1 II consistait on trois pains, deux bouteilles de vin, un flacon plein d’eau, un verre, une tasse, sept ou huit serviettes, et trois plats froids.
LA VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS
possède le double mérite d être à la lois cl) armante et vraisemblable. Quant a être vraie, je n’en crois rien. Pourquoi? Il ne se présente qu’une objection, mais elle est décisive à elle seule. Comment un fait aussi extraordinaiie, et tout à 1 honneur du roi, n’a-t-il été rapporté par aucun des nombreux chroniqueurs qui, avec une sollicitude parfois si puerile, nous ont conservé le souvenir des moindres actions de Louis XIV? Cet argument étant absolument sans réplique, je reviens aux repas du roi.
Quand Louis XIV dînait en public , son couvert était dresse dans une grande salle communiquant avec la pièce dite de l oeil de bœuf, qui précédait elle-même la chambre à coucher. J’emprunte à L’état de la France pour 1712, livre officiel, la curieuse description de l’étiquette qui était observée pendant ces repas :
L’huissier de salle, aïant receu l’ordre pour le couvert du Roy, va à la salle des gardes du corps, frappe de sa baguette sur la porte de leur salle, et dit tout haut : Messieurs, au couvert du Roy! Puis, avec un garde, il se rend au Coblet. Lnsuite, le chef du Goblet apporte la nef, les autres officiers apportent le reste du couvert : le garde du corps
marchant proche la nef, et l’huissier de salle marchant devant eux la baguette en main, et le soir tenant aussi un flambeau, porte les deux tabliers ou nappes.
Étant tous arrivez au lieu où la table du prêts est dressée, l’huissier de salle étale seul une nappe ou tablier sur le buffet. Puis le chef du Goblet et l’huissier de salle étalent dessus la table du prêts la nappe ou tablier, dont cet huissier de salle reçoit un des bouts que l’officier du Goblet, qui en retient l’autre bout, lui jette adroitement entre les bras. Après, les officiers du Goblet posent la nef et préparent tout le reste du couvert.
Puis le gentilhomme servant qui est de jour pour le prêts, coupe les essais de pain déjà préparé au Goblet, fait faire l’essay au chef du goblet du pain du Roy et du sel. Il touche aussi d’un essay les serviettes qui sont dans la nef, et la cuillère, la fourchette, le couteau et les curédents de Sa Majesté qui sont sur le cadenat, donnant pareillement cet essay à manger à l’officier du Goblet, ce qu’ils appellent faire te prêts. Et le gentilhomme servant, aiant ainsi pris possession de la table des prêts, continue de la garder.
Ce prêts étant fait, les officiers du Goblet vont à la table où doit manger le Roy, la couvrent de la nappe ou tablier de la même façon ci-dessus exprimée. Ensuite un des gentilshommes servans y étale une serviette, dont la moitié déborde du côté de Sa Majesté, et sur cette serviette il pose le couvert du Roy, sçavoir l’assiette et le cadenat sur lequel sont le pain, la cuillère, la fourchette et le couteau,
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et par dessus est la serviette du Roy, bâtonnée, c’est-à-dire proprement pliée à garnirons et petits carreaux. Puis ce gentilhomme servant replie sur tout le couvert la serviette de dessous qui déborde. Il pose aussi les colliers1 ou porte-assiettes, et le tranchant ou couteau, la cuillère et la fourchette dont il a besoin pour le service, ces trois dernières pièces étant pour lors entourées d’une serviette pliée entre deux assiettes d’or. Puis il se tient tout proche la table, pour garder le couvert de Sa Majesté.
Pendant tout ce temps, l’huissier de salle est retourné à la salle des gardes , où aiant frappé de sa baguette contre la porte de leur salle, il dit tout haut : Messieurs , à la viande du Jioy! Puis il va à l’office-bouclie où il trouve le maître d’hôtel qui est de jour, le gentilhomme servant et le contrôleur qui s’y sont rendus.