‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 101 sur 264 · Vice-président d’un ministère · texte numérisé non relu

Vice-président d’un ministère

d'argent , pour l'avoir, il aurait sacrifié sa vie; s’il tenait une tasse de vin, pour le boire, il aurait donné sa tête. Toutes les fois qu'on avait quelque chose à lui demander, il suffisait de lui acheter une bouteille de vin ou de lui donner un paquet d'argent !, pour qu'il racontât toutes les affaires, grandes et pelites, de son maître ?. C'était lui qui avait copié les vers sur les saules printaniers, et les avait remis à Wang-wen-khing.

Ce jour-là, au moment où Wang-wen-khing était venu le chercher, il se tenait justement devant l'hôtel, et, le dos tourné, il comptait des monnaies de cuivre à un petit garçon, pour qu'il allât lui acheter du vin. Wang-wen-khing s'avança derrière lui,etavec son éventail, 11 Jui donna deux petits coups sur l'épaule. « Mon vieil ami, lui dit-il, je vous annonce une bonne affaire.

Tong-yong se retourna vivement, et reconnaissant que c'était Wang-wen-khing : « Comment! dit-il en riant, c'est monsieur Wang. Puisqu'il daigne abaisser ses yeux sur moi (venir me trouver), c'est sans doute qu'il y a quelque bonne affaire. :

— Si vous voulez profiter d'une bonne affaire, «lit Wang-wen-khing, cela dépend de vous. »

Le vieux Tong, voyant, au ton de sa voix, qu'il venait avec une intention secrèle, renvoya le pelit domestique. Puis, emmenant Wang-wen-khing, il alla s’as-

1. Littéralement : Une enveloppe de papier ({ch‘-pao), c’est-à-dire: de l'argent enveloppé dans du papier.

2. Mot à mot: Les affaires de la maison, grandes comme une cuiller ou petites comme une tasse à thé.

PERD UN SOYAU PRÉCIEUX. ais

seoir avec lui dans un petit couvent qui se trouvait au milieu d’une ruelle tortueuse. « Monsieur Wang, lui dit-il, en vous voyant venir ici, je me demande quelles instructions vous avez à me donner.

— Eh bien! dit Wang-wen-khing, j'ai terminé nne piéce de vers, d’après les rimes de ceux d’avant-hier sur les saules printaniers, et je voudrais vous prier de vous emplover dn peu dans mon intérêt.

— Cela n’est pas difficile, repartit le vieux Tong. Puisque vous avez achevé votre pièce de vers sur les mêmes rimes, si vous voulez voir le seigneur Pé en personne, vous n'avez qu'à vous asseoir un instant. Mon maître va sortir tout à l'heure. Au moment où il sera sur le point de partir, je lui dirai un mot pour Yous annoncer ; vous pourrez alors vous présenter à ai.

— Pour le moment, dit Wang-wen-khing, je n'ai pas besoin de voir votre maître. Je vous prie seulement, mon vieil ami, de lui remettre mes vers; ce sera pour le micux.

— C’est encore plus facile, dit le vieux Tong.

— C'est en effet facile, reprit Wang-wen-khing, mais l'affaire est un peu compliquée, et j'aurai besoin que vous me prêtiez votre aide. |

— Que voyez-vous de compliqué? demanda Tong.

Si c'est une chose que je puisse faire, je ne manquerai pas de servir encore vos intérêts. »

Wang-weu-khing tira aussitôt de sa manche les deux

fenilles de papier à fleurs. « Vcilàa, dit-il, les deux

pièces de vers qui ont été composées sur les rimes (de mademoiselle Pé) ; l’une est de mon ami, M. Tchang!, et l’autre d’un certain Sou, mon camarade. Veuillez, mon vieil ami, les serrer dans votre manche. Au premier jour, quand ces deux messieurs viendront euxmêmes apporter des vers, vous aurez la bonté de répondre que votre maître est sorti, et de serrer en bloc leurs compositions. Plus tard, quand ils reviendront pour les retirer, vous prendrez la peine de les cacher ?, puis vous metlrez les deux pièces que voici sous les yeux de votre maître et de sa demoiselle. De cetie manière, mon brave*, vous m’aurez rendu un service d'ami.

— Monsieur, reparlit Tong en riant, d’après ce que vous dites, j'imagine qu'il s'agit d'un tour de passepasse 4 Comme c’est une commission que vous venez me donner, j'aurais mauvaise grâce à m'en excuser et à faire des difficultés. Je suis tout à fait à vos ordres. »

Avant d'arriver, Wang-wen-khing, pendant qu’il était

- 4. Celle-ci est l'excellente pièce de Sou-yeou-pé, au bas de laquelle Tchang a mis son nom; l’autre est la médiocre pièce de Tchang, que celui-ci a signée du nom de Sou-yeou-pé.

2. C'est-à-dire : Quand ils revicndront réclamer leurs pièces de vers et demander ce qu'on en pense, vous les cacherez et répondrez que vous ne savez-où elles sont.

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