Littéralement : Ce n’est pas pour une autre affaire
2. Littéralement : Je désire — devant moi — vous prier de m'ensigner — nn — deux — c’est-à-dire : de composer devant moi une % deux pièces pour mon instruction, ou bien qui me serviront de modèles,
d C'est-à-dire : De vos vers aussi beaux que les perles et le jade.
k. En chinois : Quand il eut entendu Pé-kong prononcer les six Bots: Hoan—yao—tang — mien — ls'ing—kiao (encore — vouloir —vant— visage — prier —instruire).
$. Littéralement : Que son âme n’était plus dans son corps.
instant slupéfait. Ensuite, il fit tous ses efforts pour s'excuser. « Je ne suis, dit-il, qu’un jeune étudiant; en présence de Votre Excellence, comment oserais-je m'émanciper ? Ajoutez à cela que, n’ayant pas le talent d'improviser au bout de sept pas!, je ne manquerais pas d’exciter sur-le-champ les railleries d’un homme (doué comme vous) d'une haute intelligence?.
— Manier le pinceau en présence d’un hôte, repartit Pé-kong, c'est la plus agréable occupation d’un lettré. Si je puis, de mes propres yeux, vous voir composer, j'éprouverai encore une joie extrèmeÿ. Gardez-vous, mon sage ami, de cet excès de modestie. »
Tchang-koueïi-jou voyant qu'il ne pouvait plus refuser, éprouva une telle émotion que toute sa figure devint rouge comme le feu, et que son cœur fut agité
1. Mot à mot: Mon talent n'a pas sept pas, je n'ai pas un talent de sept pas. Il y a ici une allusion au talent poétique de Tseu-kien ou Tsao-tseu-kien, qui vivait sous l'empereur Wen-ti, de la dynastie des Wei (entre les années 222-227 de notre ère). A l'âge de dix ans, il savait déjà composer en prose. On l'avait surnommé, le tigre (le roi, le coryphée) du style élégant. Il écrivit un jour: « Tous les lettrés de l’empire ont ensemble un boisseau de talent ; Tseu-kien seul en possède les huit dixièmes. » L'empereur, jaloux de son talent, voulut le faire périr. Il lui ordonna de composer une pièce de vers après avoir fait sept pas. Tsao-tseu-kien fit sept pas devant l'empereur, et improvisa sur-le-champ un poëme sur la conquête du royaume de Cho. (Chi-tso-ts'ien, liv. X, fol. 4.)
2. C'est le sens que le dictionnaire Thsing-han-4ven-hai (liv. XII, fol. 16) donne à l’expression difficile ta-fang (1797-3826) : Chounggekhafoukha saisa.
3. Littéralement : Ma joie — une seconde fois — (ne sera) pas superficielle.
de continuelles palpitations. Se voyant à bout, il le salua à plusieurs reprises, et, après avoir balbutié quelques mots confus : « Je suis, dit-il, bien téméraire. Je prie Votre Excellence de me donner un sujet. Si vous me permettez de l'emporter chez moi, quand j'aurai fini ma composition, je viendrai la soumettre à votre jugement.
— Il n'est pas besoin, dit Pé-kong, après un moment de réflexion, de chercher un sujet différent. Vos vers d'hier sur les saules printaniers étaient pleins de pureté et de noblesse. Mon sage ami, puisque vous ne repoussez pas ma demande, c'est encore sur les rimes des saules printaniers que je vous prierai de composer une seconde pièce pour mon instruction. »
Dés que Tchang-koueï-jou eut entendu qu'on lui demandait encore des vers sur les mêmes rimes que celles des saules printaniers, comme il avait retenu dans sa mémoire la seconde pièce de Sou-yeou-pé, sa joie fut si forte qu’il sentit au fond du cœur une vive démangeaison. Quand ses esprits furent calmés, il prit les grands airs d’un habile lettré; ensuite, faisant mine de refuser : « Je ne suis, dit-il, qu’un ouvrier vulgaire; comment oserais-je manier la hache à la porte de Pan ‘?
1, On dit ordinairement Lou-pan, Pan, du royaume de Lou. C'était un charpentier fort habile. Quelques auteurs ont dit qu'il était fils de Tchao-kong, roi de Lou. (P'ei-wen-yun-fou, liv. XV, fol. 35.)
Tchang-kouei-jou veut dire, avec une modestie affectée, qu'il n'oserait faire des vers sous les yeux d’un juge aussi éclairé que Pé-kong.
Je n'oserais désobéir aux ordres pressants de Votre Excellence, mais je ne sais comment faire.
— Quand un lettré se sent en verve, repartit Pé-kong, comment a-t-il le loisir de faire tant de cérémonies?
— De cette manière, dit Tchang-koueïi-jou en le saluant aussitôt, je vais être bien téméraire. » Sur-lechamp, il imbiba son pinceau d'encre, déploya une feuille de papier, fronça les sourcils et fit semblant de réfléchir. Puis, ayant remué deux fois la tête d’un air mystérieux, il écrivit aussitôt tout d’un trait. Dès qu'il eut fini d'écrire, il se leva, et tenant la feuille à deux mains, il la présenta à Pé-kong en faisant un salut. Pé-kong la prit, et l’ayant examinée avec soin, il trouva que cette pièce était pleine de charme, et qu'elle était encore plus belle que la précédente. De plus, il l'avait vu improviser ces vers sans avoir réfléchi un seul instant. [Il est vrai que, la première fois, il avait eu quelques doutes en voyant la tournure commune et ignoble de Tchang-koueï-jou; mais, quand il l’eut vu de ses propres yeux composer de la sorte, tous ses soupçons s'étaient évanouis. Aussi le combla-t-il tout à coup de pompeux éloges. « Quel merveilleux talent ! s’écria. t-il. Non-seulement vos idées sont d’une grande noblesse, mais vous avez encore une prodigieuse facilité. J’ai cherché un gendre dans tout l'empire lorsqu'il était à quelques pas de moi. Oui, mon ami, j'ai failli vous manquer. »
Il lut encore une fois les vers, puis il ordonna secrétement à un domestique de les porter dans l’intérieur
et de les faire voir à sa fille. Ensuite, il fit servir le diner dans le jardin de derrière, afin de retenir Tchang
et de lui faire boirequelques tasses de vin. Après avoir donné ses ordres, il se leva et pria Tchang-koueï-jou d'entrer; mais celui-ei s’y refusa en le remerciant. « Votre Excellence, dit-il, m'a déjà comblé de bontés, et en m'’accordant l'honneur de la voir!, elle a dépassé outes mes espérances. Comment pourrais-je encore accepter une si flatteuse réception ?
— Le vin est tout prêt, dit Pé-kong; je veux profiter de cette occasion pour vous exprimer toute mon amitié. Ne faites pas lant de cérémonies. » Soudain, il prit Tchang-koueï-jou par la main, et se dirigea avec lui vers le jardin de derrière. On peut dire à ce sujet:
Avec une intention sincère, il cherche un véritable talent,
Mais, de tous côtés, il ne rencontre que des plagiaires ?.
Ce fait extraordinaire ne provient pas des hommes;
Il tient naturellement aux vues mystérieuses du ciel.
Tchang-koueiï-jou, en se dirigeant à la suite de Pékong vers le jardin de derrière, était partagé entre la joie el Ja crainte. Il avait quelque espoir de voir rénssir #n mariage, et c'était là le sujet de sa joie; mais il craignait qu'une fois dans le jardin, Pé-kong, frappé
1. Motà mot : Vous m'avez accordé (le moyen de) monter au rang des dragons (teng-long), où de franchir la porte des dragons. Il y a « ici une allusion historique qui a déjà été expliquée (ch. n, p. 49, note 1).
2 Mot à mot: (Des vers) frauduleusement copiés.
de la beauté du lieu, n’y trouvât un sujet de poésie, et ne voulût lui faire composer une pièce de vers. Ne perdrait-il pas tout le mérite qu'il venait d'acquérir?Il était horriblement tourmenté!. En peu d’instants, ils arrivèrent dans le jardin de defrière. En l'examinant avec attention, ils admirèrent la multitude et la variété des fleurs ?. C'était un séjour charmant. Voici ce qu'ils remarquérent :
Les pêchers élalaient leur soie rouge, les saules laissaient traîner leur or; .
Un tapis de jade blanc s’étendait à l'ombre des prunierss.
Il y avait encore des pivoines, dont on ne pouvait compter toutes les nuances.
Des perles, des rubis étaient semés à profusion dans le calice des fleurs.
Les loriots faisaient entendre leurs douces modulations, les hirondelles volelaient avec une vivacité joyeuse.
Une multitude d’abeilles et de papillons montaient et descendaient dans une folle ivresse. |
On était entre la deuxième et la troisième lune du printemps,
Et le zéphir, pénétrant au sein des fleurs, en faisait sortir des parfums délicieux,
Quand ils furent arrivés tous deux dans le jardin, Pé-kong promena Tchang-koueï-jou de tous côtés et
1. Littéralement : Plein son ventre, il avait uno portée de démons.
2. Mot à mot: Réellement — mille (fleurs) rouges et dix mille violettes,
8. L'auteur semble dire que la terre était couverte, tapissée de fleurs des praniers, blanches comme le jade.
lui en fit admirer tous les agréments. Il lui témoigna autant d’amilié et d'estime que s’il eût été déjà le mari de sa fille. Après qu'ils eurent causé un instant d’affaires et d’autres, les domestiques leur servirent du vin. Nous les laisserons boire gaiement ensemble à l'ombre des fleurs pour revenir à mademoiselle Hongyu. Or, ce jour-là, elle avait appris que son père avait mis Tchang-koueï-jou à l'épreuve sous ses propres yeux. Elle ordonna à une servante qu’elle aimait beaucoup d’aller en secret derrière le salon, et de se mettre fortivement en observation. Cette jeune fille, nommée Yen-sou, servait mademoiselle Pé depuis son enfance. Elle était douée d’une intelligence et d'une finesse extraordinaires; elle avait alors quinze ans. Dès qu'elle eut reçu les ordres de sa mattresse. elle se rendit à la hâte derrière le salon et épia attentivement Tchang-koueï-jou. Elleattendit que Tchang-koueï-jou, après avoir fini ses vers, se fût rendu dans le jardin avec Pé-kong pour boire du vin. Elle prit les vers et Sen revint. « Mademoiselle, dit-elle, cet homme est commun et fort laid; comment pourrait-il aller de pair avec vous ? Prenez garde de manquer votre but.
— Mon père lui a-t-il fait composer des vers? demanda Hong-yu.
— Îles a achevés tout d’un trait, dit Yen-sou et je Vous les apporte. De suite, elle les tira de sa manche et les remit à sa mattresse. Celle-ci les prit, et les ayant lus avec atlention : « Ces vers, dit-elle, sont aussi remarquables par le style que par les idées; si ce n’était pas
un homme d’un talent merveilleux !, il lui aurait êté impossible de les composer. D'après ce que tu dis, comment se fait-il que l'air et la tournure de cet homme ne répondent point à son talent ?
— Suivant mon opinion, dit Yen-sou, je crains bien qu'il n’y ait encore là dedans quelque plagiat.
— Comme il a composé ces vers sous’ les yeux de mon père, dit Hong-yu, et que c’est le même homme qu'hier?, comment aurait-il pu faire un plagiat ?
— Îln'est pas possible, dit Yen-sou, de découvrir avec certitude ce qu’une autre personne a au fond de l’âme #; seulement, il a une de ces figures qu’on ne saurait changer t. S’il était question d’un pareil homme de talent, non-seulement mademoiselle, mais Yen-sou elle-même ne voudrait pas l’épouser quand on l’en prierait.
— As-tu entendu ce qu'a dit mon père après avoir vu ses vers ? demanda Hong-yu.
— Mademoiselle, répondit Yen-sou, comme monsieur votre père avait vu les vers sans avoir vu l’homme, à peine les eut-il lus qu'il en fit le plus grand éloge.
4. En chinois : Fong-ya-wen-jin, expression qui demande une longue explication. Elle signifie littéralement : Un lettré versé dans les poésies du Chi-king, appelées Koue-fong (mœurs des royaumes), et Ta-ya (ce qui est excellent en premier ordre), Siao-ya (ce qui est excellent en second ordre).
2. Littéralement : Le son de sa voix est le même que celni d'hier.