‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 110 sur 264 · Littéralement : Dans la peau du ventre · texte numérisé non relu

Littéralement : Dans la peau du ventre

4. Comme si elle disait : Il peut bien avoir changé ses mauvais

vers en prenant ceux d’un autre, maïs il ne peut changer sa figure et se donner un air spirituel et distingué.

Ce mariage est une grande affaire qui intéresse votre vie entière, et il faut que vous décidiez vous-même de votre choix. »

Mademoiselle Pé, ayant remarqué que son écriture était mauvaise et vulgaire, éprouvait déjà un certain déplaisir. Mais lorsque Yen-sou lui eut encore défilé tous ces propos, qui étaient bien propres à la glacer, elle poussa sondain un long soupir : « Ma destinée est bien malheureuse, dit-elle à Yen-sou. Depuis mon enfance, mon père me cherche un époux, mais jusqu'ici il n’a pas trouvé un seul homme de talent qui fût à son gré. Hier, après avoir vu ces vers, il était au comble de ses vœux ; qui aurait pensé que ce n’était pas un gendre distingué ?

— Mademoiselle, reprit Yen-sou en riant, à quoi bon vous affliger? Les anciens disaient : « Une fille « qui se marie tard est heureuse jusqu’à la fin de sa « vie. » Puisque le ciel vous a douée de tant de talent el de beauté, naturellement il fera paraître un homme qui puisse aller de pair avec vous pour le talent et la figure. Croyez-vous, comme cela, que c’est une affaire finie ? De plus, mademoiselle, vous n'êtes pas vieille. Pourquoi vous presser de la sorte? »

Elle avait à peine fini de parler, que Pé-kong, qui venait de reconduire Tchang-koueï-jou, arriva à la hâte pour consuller avec sa fille. Celle-ci l'ayant aperçu, accourut précipilamment pour aller le recevoir. « Je pense, dit-il, que tu as vu les vers que vient de composer M. Tchang.

— Je les ai vus, répondit-elle.

— Hier, dit Pé-kong, je soupçonnais encore qu’ avait fait quelque plagiat, mais aujourd'hui je l’ai mi à l'épreuve devant moi, et, sans réfléchir un instant, | a achevé ces vers tout d'un trait; c’est vraiment u: homme de talent.

— Si l’on considère le talent de cet homme, natu:rellement il n’y a rien à en dire; seulement je ne sai si sa personne répond ou non à son talent.

— C'est vraiment surprenant, dit Pé-kong; le fait es que sa personne ne vaut pas son talent. » / |

À ces mots, Hong-yu baissa la tête sans dire un mot.

Pé-kong voyant son silence : « Ma fille, dit-il, s'il n’est pas de ton goût, je ne te contraindrai pas; mais si nous manquons un homme d’un tel talent, je crains que nous ne puissions en trouver un autre. »

Comme Hong-yu continuait à garder le silence. « Ma fille, dit Pé-kong, après un moment de réflexion, puisque tu persistes dans tes doutes, je viens d'imaginer un projet. Ce qu'il y a de mieux, c’est de l’appeler pour en faire momentanément un précepteur particulier!. Je lui dirai seulement que je désire le charger de l'éducation de Ing-lang. Je le sonderai tout doucement el nous saurons tout de suite ce qu’il en est.

— Ce plan est excellent, lui dit Hong-yu. »

Pé-kong, voyant la colère de sa fille se changer en

1. Mot à mot : Un hôte occidental, un hôte logé dans la partie occidentale de la maison. Ce sens, qui a échappé au premier tra: ducteur, se trouvait dans le Dictionnaire de Basile, n° 10,468.

joie, fit venir Tong-yong et lui donna ses instructons. « Demain, dit-il, tu prieras mon secrétaire d’écrire un contrat d’engagement!, et après avoir préparé des présenis de cérémonie, tu iras inviter ce XL. Tchang que tu as vu tout à l'heure ici. Tu lui diras sualement que je veux le prier de venir donner des leçons à mon fils. »

Nous laisserons maintenant Tong-yong, qui, docile aux ordres de son maître, sort pour apprêter le contrat d'engagement et les présents de cérémonie.

Or, Tchang-kouei-jou, voyant que Pé-kong l'avait retenu à diner, et lui avait montré les plus grands égards, se sentit transporté de joie. Quand il rentra chez lui, on était déjà sur la brune. Il trouva Souyeou-pé et Wang-wen-khing, qui étaient encore dans le pavillon, et causaient d'affaires et d’autres, en attendant des nouvelles. Il‘entra d’un air triomphant, et les ayant salués des deux mains : « Messieurs, dit-il, je vous ai quittés? aujourd’ hui ; je suis bien coupable.

— C'était bien jusle, répondirent ensemble Souyeou-pé et Wang-wen-khing. » Puis, lui adressant la parole : « Monsieur, lui dirent-ils, comme Pé-thaibiouen vous a envoyé chercher aujourd’hui, il est sans doute convenu avec vous de votre mariage ? »

Tchang-koueï-jou, d’un air joyeux et le sourire syr

1. En chinois : Kouan-chou (14,727 — 4,019), Proposals to engage à teacher or secretary (Wells Williams).

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