ÉLOGE DU POIRIER À FLEURS ROUGES
PREMIER COUPLET (Air : Pou-pou-kiao.)
En tout temps, l'ombre blanche? convient à une nuit pure.
La lune, qui brille d’un doux éclat, est l'amie de mon cœur.
Qui est-ce qui connaît les largesses du printemps ?
C'est lui qui a teint en pourpre toutes les fleurs de l'arbre, qui étaient blanches comme le jade.
Gardez-vous de supposer que c'est ‘un abricotier ou un pêcher.
Sur chaque pétale, on croit voir le sang de l'amour.
DEUXIÈME COUPLET (Air : Tch'in-tsout-tong-fong.)
Quand la gelée s'est attachée aux arbres, le bel éclat du rouge se distingue de lui-même.
Je suis honteux de voir la moitié d’une feuille rouge qui coule sur le canal impérial $,
4. Cette chanson se compose de huit couplets de se chantent chacun sur un air différent.
2. Eo chinois : Sou-ing (7786-2669), expression ue pour dire la lune. Fen-louï-tseu-kin, liv. I, fol. 23.
8. Sou-yeou-pé, qui désire épouser Hong-yu, fait allusion à un fait historique par suite duquel les mots feuille rouge qui coule sur le canal impérial, sont pris, eu poésie et dans les romans, pour ane déclarätion ou une demande de mariage. Sous le règne de Hi-tsong
On dirait qu’une neige rouge fait fléchir les branches,
Ou que, du haut d'un belvédère, une belle personne a découpé des milliers de morceaux de soie (rouge).
Ses fleurs sont plus pâles que les nuages rouges et plus foncées que le fard.
On croit voir la langue de l'oiseau Thou- kiouen { qui crie au haut des branches.
TROISIÈME COUPLET (Air : Hao-tsie-tsie.) Son âme légère, comme un nuage?, s’est échappée depuis longtemps.
Pourquoi la sueur perce-t-elle ses joues parfumées?
(874-879 de notre ère), une des femmes du palais qui se désolait de n'être pas mariée, écrivit sur une feuille d’arbre qui était rouge : « Eau qui coules, pourquoi es-tu si rapide? Dans les profondeurs du palais, je passe mes jours dans une triste oisiveté (c’est-à-dire sans époux, dit le P. Gonçalvez). Je te serai reconnaissante, feuille rouge, si tu vas porter cela parmi les hommes. » Puis ce jeta la feuille dans le canal.
Yu-yeou, qui se promenait au bord de l’eau, aperçut la feuille qui flottait et la recueillit. Dans la suite, l’empereur ayant renvoyé trois mille femmes de son harem, une d'elles, nommée Han-soui-pin épousa Yu-yeou. Un jour, en fouillant dans une caisse de livres de son mari, elle y trouva la feuille qu'elle avait jetée autrefois dans le canal impérial et s’écria : C’est moi qui ai écrit cela. Une feuille rouge (hong-ye) a été l'excellente entremetteuse de mon mariage.
1. Dans ce passage, l'auteur fait allusion à la teinte rouge des fleurs. 11 y a ici une allusion à un fait fabuleux. Certains auteurs racontent que le roi de Cho, Thou-yu, surnommé Wang-ti, avait pris Pie-ling pour ministre. Dans la suite, il lui céda son trône, et s'étant enfui, il se changea en oiseau Tseu-kouei, le même que Thoukiouen (sorte de coucou). Ils ajoutent qu’en chantant cet oiseau se tourne vers le nord, et que, par suite de ses cris douloureux qui durent toute la nuit, son bec se remplit de sang. -
2. Dans ces deux vers, le poëte personnifie le poirier à fleurs
rouges,
Je pense que le printemps qui l'aime, a répandu. sur lui une pluie rouge et une neige odorante.
Il ne permettra jamais à l'abeille ni au papillon de flétrir follement son teint vermeil et de dérober ses parfums.
QUATRIÈME COUPLET (Air : Foueï-chang-hat-thang.)
Ses fleurs nuancées pendent comme des nœuds de soie.
C'est le printemps qui les a découpées avec art.
Leur cœur affectueux (leur charmant calice) est complétement ouvert.
Le long de Ja rivière, au bas des arbres, des femmes richement vêtues passent sur des chars parfumés.
Elle ! a abaissé sa jalousie rouge, et a légèrement incliné sa figure animée par l'ivresse.
Elle a allumé sa lampe d'argent, et a mis une nouvelle parure dont l'éclat pénètre et dissout mon âme.
Elle aime sans doute l’homme de talent et le remercie avec effusion,
CINQUIÈME COUPLET (Air : Ou-kong-yang.)
Le frère rouge et la sœur vûtue de pourpre? marient leurs vives couleurs.
La noblesse de leur port, la richesse de leur vêtement leur donnent un aspect particulier.
Après la pluie, quand le ciel est pur, on some leur embonroint ou leur taille délicate.
Purés de blanc ou de rouge à, ils se suivent comme le maire el l'hôte.