Littéralement : Attirer témérairement un sage
8 C'est-à-dire : N'est pas encore mariée.
4. Littéralement : De tenir le manche de la cognés. Cette locution a déjà été expliquée, t. I, p. 72, n. 1.
— Vénérable maître, dit Sou-yeou-té, en parlant comme vous l’avez fait ces jours derniers, non-seulement vous avez montré de l'affection pour le talent, mais encore vous avez accompli un acte de justice. Nous, qui sommes vos disciples, nous ne l’avions pas su, même en songe; c’est le comble du ridicule. Aujourd’h’ui je vois, généreux maitre, qu’il n’a jamais cessé d'obtenir votre protection et que vous avez daigué combler tous ses vœux. On peut dire avec vérité que vous avez eu pour lui une amitié de frère qui dure jusqu'à la mort. Mais quels que soient, dans la suite, le dévouement et la reconnaissance ! de mon frère ca-
1. Tyaen chinois cinq mots (quoique — chien — cheval — tentr dans sa boucbe ou son bec — lier) dont le sens littéral a besoin des détails suivants pour être intelligible. Les trois premiers signifient : Quoique, dans une autre vie, il se dévoue à votre service sous la forme d’un chien ou d’un cheval.
Les deux autres mots renforment chacun une allusion historique d’un caractère fabuleux. Yang-p’ao, qui vivait sous la dynastie des Hao, était d'un naturel bienveillant et affectueux. A l’âge de neuf ans, comme il se promenait sur le mout Hoa-chan, il vit un passereaa jaune qu'un faucon avait blessé. 11 gisait à torre et était attaqué par ane multitude de fourmis. Yang-p'ao le mit dans un petit coffre qu'il portait, et cueillit des fleurs jaunes pour le nourrir. Au bout de dix jours, l’oiseau se trouva guéri. Il partait le matin et revenait le soir. Un jour, il se changea en un jeune homme vêtu de jaune qui lui douna quatre bracelets de jade blanc, comme marque de sa reconnaissance, et lui annonça que, pendant plusieurs générations, quatre de ses descendants obtiendraient la dignité de Scnkong. -
Pour justifier le mot Aan (porter dans sa bouche), il faut supposer que le jeune homme vêtu de jaune avait un bec d'oiseau.
Voici l’autro allusion historique que je suis obligé d'abréger. Wel-
det, il ne pourra jamais payer la dix-millième pars de vos bienfaits. »
Sou-yeou-té reprit alors les présents et les lui offrit de nouveau. « Monsieur, dit-il en faisant un profond salut, je compte sur ces bagatelles pour vous montrer mon humble dévouement. Si mon.illustre maftre les refusait avec fierté, ce serait fermer pour toujours à son disciple la porte de sa maison. Je désire ardemment que vous les acceptiez, et que vous me donniez ainsi une preuve de votre amitié.
— Au fond, dit Ou, l’académicien, je ne devrais pas
accepter de si riches présents; mais, mon excellent
ami, puisque vous me montrez tant de bienveillance,
je ne puis me dispenser, malgré la honte que j'é-
prouve, d’en accepter quelques-uns. » En conséquente, il en prit quatre de différentes sortes. Sou-yeou-té, ayant réitéré plusieurs fois ses offres, Ou, l’académi-
ko, du pays de Tsin, étant malade, dit à son fils Wou-tseu: « Quand je serai mort, tu marieras ma femme du second rang qui ne m'a pas donné d'enfants. » Sa maladie s'étant aggravée, il lui dit: «Tu l'enterreras (vivante) dans ma tombe. » Après la mort de son père, Wei-ko maria la femme de second rang. Il se dit en lui-même: l'excès de sa maladie lui avait troublé l'esprit ; c’est pour cela que j'ai suivi ses premiers ordres.
Wei-ko étant allé combattre dans le pays de Fou-chi, aperçut un vioillard qui liait les herbes dans toute la largeur du chemin, pour arrèter Thou-hoeï, son ennemi, qui le poursuivait. Thou-hoeï s’embarrassa dans les herbes et fut (ait prisonnier par Weï-ko. La nuit suivante, ce dernier vit en songe un vieillard qui lui dit : Je suis le père de la femme que vous avez mariée. Vous avez suivi les ordres les plus sazes de votre père, et c’est pour cela que j'ai voulu vous prouver ma reconnaissance.
cien, refusa absolument de rien accepter de plus. Après avoir pris une tasse de thé, Sou-yeou-té se disposa à partir. « Votre disciple, dit-il, vous a beaucoup importuné aujourd'hui, et vous a empêché de soigner tranquillement votre santé. Pour le moment, je vous fais mes adieux ; permettez-moi de revenir un autre
jour pour vous saluer et vous demander une lettre.
— Je devrais, dit Ou, l'académicien, vous retenir ici pour causer un instant, mais vous m'avez déjà excusé à cause de ma mauvaise santé !, En conséquence, je vous prierai un autre jour de prendre la peine de venir et de m'accorder un moment d'entretien ?. »
À ces mots, il le reconduisit jusqu’à ce qu’ii fût dehors.
Ou, l’académicien, ajouta foi à ses paroles, et, pensant qu’il n’oublierait pas les bonnes intentions qu'il lui avait montrées la première fois, il éprouva intérieurement la plus vive satisfaction.
Or, Sou-yeou-té étant revenu dans son hôtellerie, ne put se défendre d'une joie secrète. « Cette affaire va à merveille, se dit-il en lui-même. Il faut seulement que je lui soutire une lettre; dès que je l'aurai en main, ma grande affaire sera bien vite conclue. »
Quelques jours après, il vit arriver soudain un messager de Ou, l'académicien, avec deux billets d’invita-
4. Allusion à un passage précédent (p. 7, lig. 25) où il a prié Souyeou-té de le dispenser de salutations fatigantes. 2. En chinois : Fong-k’io-i-siu, mot 4 mot: offrir — se courber — un pes c'est-à-dire je’ vous offrirai l’occasion de vous par en venant causer avec moi.
tion, « Mon mattre, dit le messager, prie les deux messieurs Sou de venir sur le midi dans son jardin pour causer avec lui. .
— Je n'oserais refuser l'honorable invitation de votre maître, dit tout de suite Sou-yeou-té; seulement, mon frère cadet est maintenant dans son village où il se livre à l'étude. La route est longue et il est à craindre qu'il ne puisse arriver à temps. »
Le messager étant parti, quelque lemps après l'heure de midi, Sou-yeou-té se rendit tout seul à la collation. Ou, l'académicien, alla le revevoir, et dès qu'ils se furent salués : « C'eût été encore mieux, dit-il, si j'avais pu voir un moment M. votre frère cadet. »
— Depuis que mon frère cadel vous a offensé, répondit Sou-ycou-té, il a été se cacher dans son village pour étudier. Maintenant, quoique Votre Excellence ait daigné l’excuser, il est encore honteux de sa conduite, et n'ose aller à la ville pour voir ses parents et ses amis. Si, par l'effet de vos bontés, il réussit à se marier, il lui Lardera ! d’accourir pour se mettre à voire service. |
— Ordinairement, dit Ou l’académicien, les lettrès d’un esprit résolu s'élèvent, par leur façon d'agir, audessus des autres hommes; ils sont vraiment dignes de respect. »
1. Littéralement : Pour venir promptoment vous servir les jours justement seront longs. Un autre texte porte: Les jours ne seront pas longs, etc., c’est-à-dire : Il ne sera ‘pas longtemps à accourir pour vous servir (il accourera promptement),
Aussitôt après, on servit du vin. Ils burent en tête-àtête, et, en buvant, ils parlèrent d’affaires et d’autres. Quand. ils eurent bu jusqu’au soir, Sou-yeou-té demanda à en rester là !. Ou l’académicien prit une lettre cachetée , et, la remettant à Sou-yeou-té : « Naturellement, dit-il, je devrais vous accompagner moi-même ; mais les ordres de l’empereur sont très-sévères, et, après demain, il faut que je me mette en route. Cette lettre produira le même effet?. Dès que mon parent l'aura lue, il est impossible qu'il refuse son consentement. Quand l’heureuse époque (du mariage) sera arrivée, j'enverrai un exprès pour vous offrir mes félicitations.
— Vénérable maître, dit Sou-yeou-té, si vous avez le talent de faire réussir cette affaire, nulle parole ne pourra donner une idée de vos bienfaits. Une fois parti d'ici, dès que j'aurai reçu de bonnes nouvelles, j'amènerai mon frère cadet pour qu’il se présente à votre porte et vous offre ses respects. »
À ces mots, il reçut la lettre, et sorlit après l'avoir remercié plusieurs fois.
Au bout de quelques jours, Ou, l'académicien, ayant repris des forces, se rendit en effet à la capitale. Nous le laisserons pour revenir à Sou-yeou-té, qui, une fois en possession de la lettre, sortit de la ville la nuit suivante. Dès qu'il fut arrivé chez lui, il prit secrètement