Litiéralement : Quel est le beau et quel est le laid
champ je leur proposerai un sujet difficile pour les mettre à l'épreuve. Nous reconmaîtrons de suite quel est le plus fort et le plus faible des deux. On peut dire à cette occasion :
Quand le vent et la pluie arrivent en même temps,
Les hirondelles et les loriots accourent pêle-méle.
Si le printemps ne régnait pas sur eux,
On les verrait bientôt confondus ensemble sur la mousse verte {.
: Nous laisserons Pé-kong délibérer avec sa fille. Or, Tchang-kouei-jou était au mieux avec les domestiques de Pé-kong. Le lendemain du jour où Sou-yeou-té élait venu faire sa demande de mariage, quelqu'un vint de bonne heure informer Tchang-kaueï-jou de cette démarche. A cette nouvelle, Tchang-koueï-jou fut rempli d'étonnement. « Quel est cet individu ? demanda-t-il.
— C’est, lui dit-on, un bachelier du collége de Kinling, qui s'appelle Sou-yeou-té. »
En entendänt ces mots, Tchang-koueï-jou, ignorant la différence qui existait entre la prononciation et l'orthographe des deux noms, le prit pour Sou-yeou-pé. «Je me demandais, dit-il en lui-même, pourquoi ce petit animal était parti sans prendre congé de moi. Évidemment, c'était pour demander une lettre à Ou, l’académicien, et le prier de lui servir d’entremetteur.
1. Ce quatrain renferme peut-être une allusion à Sou-yeou-té et à Sou-yeou-pé que l’on confond encore, et que bientôt on va distingucr l’un de l’autre
El voulait m'enlever une affaire déjà terminée; par æne Lelle conduite, il m'est devenu tout à fait odieux. D’ailleurs, quoique je sois venu m'établir ici en vue de mon mariage. j'ai l’air de n’être qu'un précepteur particulier. Mais lui se présente ouvertement, directement, pour une demande de mariage. Si l’on nous faisait subir un examen, je ne pourrais l'emporter sur lui; du côté de la figure, je ne saurais non plus lui être comparé. Ce n'est pas tout. Mes vers sur les saules printaniers et ma chanson sur le poirier à fleurs rouges, étaient préciséent de sa composition. Si, après nous avoir un moment confrontés, Pé-kong découvre la vérité et lui promet sa fille, j'aurai déployé en pure perte toutes les ressources de mon esprit. Il faut absolument que je trouve quelque stratagème pour le faire chasser; je serai alors au comble de mes vœux.»
Après un moment de réflexion, il lui vint tout à coup une idée. « Le jeune Sou, dit-il, m'avait appris que Ou, l’académicien, avait voulu l'avoir pour gendre, et que, sur son refus, il avait conçu contre lui un vif ressentiment. Comment se fait-il qu’il l’ait prié de négocier son mariage? Il y a là quelque chose d’étrange. »
Au moment où il était incertain, irrésolu. soudain il vit arriver Tong-yong, le concierge de Pé, qui lui apportait un billet d'invitation. « Monsieur, lui dit Tong, mon maître vous prie de venir demain avec M. Sou, qui est arrivé de Kin-ling, pour causer un moment,
— Mon vieil ami, dit Tchang-koueï-jou, vous venez bien à propos; je voulais justement vous adresser une
question. Ce M. Sou, qui hier a rendu visite à votre maitre, pourquoi est-il venu?
— Monsieur, répondit Tong-yong, c’est un jeune homme que le seigneur Ou, beau-frère de mon maitre, lui a présenté avec éloge pour qu'il vint demander sa fille en mariage.
— Le seigneur Ou a-t-il dit, reprit Tchang-koueï-jou, quelles belles qualités il lui trouvait pour le recommander tout de suite ? |
— Monsicur, dit Tong-yong, cela demande une longue explication. Lorsque mon maître se trouvait à la capitale, sa fille resta quelque temps chez son onele. À celte époque, son oncle voyant que ce jeune homme avait obtenu le premier rang sur la liste des bacheliers, et que, de plus, peadant son séjour à Nan-king, il avait composé des vers d’une grande beauté, voulut tout de suite lui offrir mademoiselle Pé en mariage. Mais comme ce monsieur Sou avait refusé, il l'avait aussitôl laissé là. j'ignore pourquoi ces jours derniers ce monsieur Sou a fini par consentir. C’est pour cela que l'on- cle de mademoiselle Pé a écrit une lettre pour le recommander.
— D'après ce récit, dit Tchang-kouei-jou, en souriant d'un air froid, le choix d’un homme de talent, que voulaient faire votre maître et sa fille, n'élait qu’un vain prétexte. Pour réussir promptement, il suffisait de faire présenter Ja den'ande par un homme de grande considération.
= — Monsieur Tchang, reprit Tong-yong, commen!
pouvez-vous tenir un {el langage? Si mon maître a choisi de suite M. Sou, c’est parce qu'il lui avait reconnu un véritable talent; comment pouvez-vous dire que c'était un vain prélexte ?
— Mon vieil ami, dit Tchang-koueï-jou, comment avez-vous la vue si obtuse? Vous aviez déjà vu ce jeune homme. C'est celui qui, ces jours derniers, est venu avec moi pour offrir des vers en l'honneur des saules printaniers, dont votre maître et sa fille n’ont pas été contents et se sont moqués.
— Ce n’est certainement pas lui, répartit Tong-yong. Je me souviens encore que celui qui est venu avec vous, était un jeune homme beau et distingué, tandis que ce monsieur Sou, quoique peu âgé, estun homme gros et fort. Il n'est pas possible que ce soit lui.
— Si ce n’est pas lui, dit Tchang-koueï-jou d’un air ému et surpris, comment se fait-il qu'il s'appelle Souÿeou-pé?
— Sa carte, dit Tong-yong, porte Sou-ycou-lé.
— Quels sont les deux derniers rAraceres demanda Tchang-koueï-jou?
— Le mot Yeou, dit Tong-yong, est celui qui signifie avoir dans l'expression yeou-wou (avoir ou ne pas avoir); le mot fé est celui qui veut dire vertu, dans l'expression té-hing (acte de vertu). »
En entendant ces paroles; Tchang-kouci-jou éprouva un sentiment de surprise et de joie. « Voilà une chose bien étrange, s’écria-t-il ; est-ce qu'il y en a encore uu autre ?
— Monsieur, répondit Tong-yong, demain vous vous trouverez avec lui, et alors vous saurez à quoi vous en tenir. Veuillez, Monsieur, recevoir. ce billet d’invitation. Il faut encore que j'aille inviter M. Sou. En achevant ces mots, il laissa le billet et partit.
— Puisque ce n’est pas Sou-yeou-pé, dit en lui-même Tchang-koueï-jou, ma position est assurée!. Je me souviens que Ou, l’académicien, avait voulu donner sa fille à celui qui avait obtenu le premier rang sur la liste des bacheliers, et le jeune Sou? m'avait dit positivement que c'était lui que cette affaire regardait. Comment cet autre individu a-t-il pu lui demander une lettre pour venir ici? N'y aurait-il pas là-dedans quelque friponnerie? Demain, quand nous nous trouverons ensemble, j'examinerai tout doucement sa contenance, et je lui lancerai deux ou trois railleries ; s’il a eu recours à la fraude, sa position ne sera plus tenable 3
En achevant ces mots, il s'abandonna secrètement à la joie. |
Or, Tong-yong, tenant un billet d'invitation, s'était rendu auprès de M. Sou, dans le village de Ma-tch'un. Sou-yeou-té, après avoir reçu le billet d'invitation, relint Tong-yong à diner. Il saisit cette occasion pour l'interroger. « Demain, lui dit-il, quels hôtes aurezvous?
4. Littéralement : Maintenant les talons de mes pieds sont fermement posés.