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mille automnes, la rencontre qu'il a faite d’un si beau talent va rehausser la valeur du wen-tchang (style élégant). Mais, depuis quelque temps, la morale puiique baisse de jour en jour. S'il paraît un homme d’un vrai mérite, sur-le-champ un individu qui n'en est que l'ombre! s'altache à lui comme un lutin et un démon, et étale à la face du ciel et en plein jour, son impudente vanité. Il n’y a rien de plus honteux. »
Sou-ycou-té vit bien que Tchang-koueï-jou avait ses raisons pour parler ainsi, et comprit que ses sarcasmes tombaient sur lui-même. Il répliqua en cogséquence: « Il y a encore des hommes clairvoyants qui savent discerner une pareille engeance. Ce qui est souverainement honteux, c'est que des hommes de rien, qui ont volé les composilions des autres, s'en déclarent les auteurs, et s’introduisent, par ce moyen, chez des personnages du plus haut rang?, si bien que, dans le premier moment, les personnes même les plus éclairées ne s’aperçoivent pas de leur indigne supercherie; ils méritent vraiment d’être immolés au ridicule.
— Des gens de cette sorte se rencontrent tous les jours, dit Pé-kong, mais ils ne trompent qu'un moment, et ne peuvent se soutenir longtemps. »
Ils continuèrent à disputer ensemble, en se lançant l'un l’autre de mordantes railleries que Pé-kong se contentait de garder dans sa mémoire.
4. C'est-à-dire : Qui n’a que l'apparence d’un homme de mérite, 2. C'est exactement ce qu'a fait Tchang-kouei.jou
Quand on eut bu assez longtemps, les domestiques offrirent de changer le couvert. Pé-kong invita ses deux hôtes à aller se promener dans le pavillon Mengthsao-hien. Après qu'ils eurent fait de l’eau ?, Tchangkoueï-jou alla changer de vêtements dans le jardin de derrière, et Pé-kong seul tint compagnie à Sou-yeou-té. Il changea de vêtements dans le pavillon même, et s'amusa à regarder les fleurs qui étaient devant les degrés, ainsi que les peintures et les inscriptions qui orpaient tous les murs. Or, on y avait collé les vers de Tchang-koueï-jou sur les saules printaniers, ainsi que sa chanson sur le poirier à fleurs rouges.
Sou-yeou-té ayant porlé ses regards jusqu'en cet endroit, Pé-kong les lui montra du doigt. « Voici, lui dit-il, des compositions de M. Tchang * ; elles me plaisent infiniment. Veuillez, Monsieur, les examiner et me dire ce que vous en pensez. »
Sou-yeou-té s'approcha avec empressement, et, après avoir lu une fois ces vers, il vit qu’ils ressemblaient exactement à ceux qu'avait écrits Sou-yeou-pét, « En
1. Littéralement : De changer la table, c’est-à-dire d'apporter le second service.
2. Par bienséance, les Chinois disent laver ses mains (tsing-cheou) et aller voir le vent [kien-fong), pour exprimer l’idée de faire de l’eau (en latin : mingere). A. R. a cru que les trois convives s'étaient réellement lavé les mains.
3. C'étaient, comme on a pu le voir précédemment, des pièces de vers que Tchang-kouei-jou avait dérobées à Sou-yeou-pé et qu'il avait signées de son propre nom.
&. C'étaient Jes vers mêmes de Sou-yeou-pé; au bas desquels Tchang-kouei-jou avait mis son nom.
effet, dit-il en riant d’un air froid, ce sont de beaux vers. »
Pé-kong vit bien qu’il avait ses raisons pour ne s’exprimer qu’à demi !. Jl lui dit en conséquence : « Je désirerais seulement connaître votre avis, car je n’ai pas d'idée arrêtée. Vous possédez, Monsieur, de hautes connaissances ; si ces vers ont des défauts, rien n'empêche que vous me les indiquiez.
— Je n'oserais (les critiquer), dit Sou-yeou-té en faisant de suite un salut ; ces vers sont.pleins de pureié et de fraîcheur, de noblesse et d’élévation; ils sont parfaits. Que puis-je vous dire de plus? Seulement, c'est que... » |
Quand Sou-yeou-té fut arrivé là, il s'arrêta tout court.
« Vous avez déjà eu la bonté de me dire votre sentiment. Quel mystère y a-t-il là dessous ? Rien ne vous empêche de me parler franchement,
— Il n’y a là aucun mystère, répartit Sou-yeou-té; seulement, c'est que j'avais déjà vu ces deux compositions.
— Monsieur, lui dit Pé-kong, où les avez-vous vues?
— Chez un de mes amis, répondit Sou-yeou-té. Cet ami me dit un jour: « Cette année, dans le deuxième. mois du printemps, je suis allé avec ces deux pièces de vers pour rendre visite à mon respectable maître ? et les
4. Eu chinois : Han-thou, taire — dire, c’est-à-dire parier tout en cachant le fond de sa pensée.