‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 155 sur 264 · C'est-à-dire : Au seigneur Pé · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : Au seigneur Pé

lui offrir ; mais je n’ai pas été assez heureux pour qu’il les accueillit d'une manière favorable. » Mon ami, irrité d’avoir un talent si médiocre.s’en revint chez lui triste et découragé. J'en étais désolé pour lui. J'étais loiu de penser que son respectable maître lui ferait l'honneur! d'estimer et de louer ainsi ses vers. J'ignore d’où vient que les compositions de M. Tchang ne diffèrent pas d'un seul mot (de celles de mon ami) ; voilà qui est bien étrange. »

En entendant &es parolés, Pé-kong resta frappé d’étonnement. « Je ne vois pas, dit-il, qui a pu venir encore dans le deuxième mois.

— Je pense, répartit Sou-yeou-té, que c’est un jeune homme qui est venu en compagnie de M. Tchang. Mon respectable maître n’a qu’à jeter un coup d'œil sur le registre de la porte; il saura de suite à quoi s'en tenir.

— Votre honorable ami, dit Pé-kong, qui était-ce ? »

Avant que Sou-yeou-té eût eu le temps de répondre,

1. 11 ÿ a en chinois jo, déshonorer, expression que, par excès de respect ou de politesse, les Chinois emploient en sens inverse. Le sens littéral serait : Je ne pensais pas qu’il déshonorerait son respectable maître au point de (l’entrainer à) les apprécier et à les louer comme cela; c’est à-dire : Je ne pensais pas que son honorable maître se déshonorerait, s’abaisserait au point de... Ce qui revient à dire : Qu'il lui ferait l'honneur de les loucr ainsi. On dit de même : Jo-lin-pi-i, déshonorez-vous en venant dans mon humble “ville (demean yourself to come to my town. — Wells Williams), c'est-à-dire daignez venir, faites-moi l'honneur de venir, etc.

À. R. à traduit: Je n’ai nullement l'intention de déprécier le trésor que vous possédez.

Tchang-koueï-jou, qui venait de changer d’habits, arriva justement, et sa présence mit fin à leur entrelien. Pé-kong invita ses hôtes à se mettre à table; puis, quand tout le monde eut bu pendant quelque temps, il prit lui-même la parole. « Quoiqu'on n'ait pas servi aujourd'hui des mets recherchés, et que le maître de la maison soit dépourvu de talent , comme je vois en vous, messieurs, deux lettrés célèbres de Kiang-nan, qui vous

rencontrez ici en même temps, on peut dire que c’est

une charmante réunion; pourrait-on la laisser passer en vain? J'ai l'intention de vous proposer un sujet pour obtenir de vous deux du jade et des perles !. Veuillez, messieurs, ne pas laisser éteindre votre verve À. »

En ce moment, Tchang-kouei-jou et Sou-yeou-té, poussés par la jalousie, se lançaient mutuellement de mordantes railleries. Mais, toût à coup, quand ils virent que Pé-kong parlait de faire des vers, ils restèrent stupéfaits.

« Monsieur, dit Tchang-koueï-jou, j je dois? obéir aux ordres de Votre Seigneurie, mais j'ignore si M. Sou est ou non en verve.

— Comme je me trouve dans la maison de mon gépéreux maître, dit Sou-yeou-té, quuique je n’aie qu'un

4. C'est-à-dire : Pour vous donner l’occasion de composcr de beaux vers.

2. Pé-kong suppose que le vin qu’ils ont bu a enflammé leur esprit et les a disposés à faire des vers.

3. Je lis fang (je dois), d’après upe autre édition que celle de la Bibliothèque impériale, qui donne fch’ang, ordinairement, constamment.

médiocre jalent, je suis naturellemeut obligé de me ranger à mon devoir!. Mais aujourd’hui, j'ai bu avec excès; ma tête est troublée par l'ivresse’, et je craindrais de ne pouvoir obëir à ses ordres.

— Je m'’excuserai de même, ajouta Tchang-koueïjou, d'autant plus que j'ai bu encore davantage.

— Après avoir bu une cruche de vin?, dit Pé-kong, un poêle composa jadis cent pièces de vers; c'est ce qu'on a dit à la louange de Li-thaï-pé. Avec un talent aussi éminent que le vôtre, pourquoi faites-vous tant de cérémonies ? »

Sur-le-champ, il ordonna aux domestiques d'apporter des écritoires* et d'en donner une à chacun d'eux. Pois il écrivit un sujet de poésie, ainsi conçu : Kinsi-ho-si (Cette soirée, — oh! quelle soiréet}*. «Quoique ce soit moi qui ai donné le sujet, #outa Pékong, vous êtes libres, messieurs, de proposer vous-mêmes les rimes. Quand vous aurez fini vos vers, j'en ferai à mon tour sur vos rimes. Si j'employais des rimes de mon choix, vous pourriez, je le crains, soupçonner que mes

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