‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 158 sur 264 · Littéralement ; N’aurait-on pas retardé ce jeune homme · texte numérisé non relu

Littéralement ; N’aurait-on pas retardé ce jeune homme

son départ, le domestique vint rendre compte de sa commission.

« Je me suis informé, dit-il, du grade de bachelier de M. Sou, et j'ai appris qu’à la prière du Seigneur Ou. votre beau-frère, l’examinateur en chef le lui avait rendu. Mais depuis que ce M. Sou s'était vu privé de son grade de bachelier, un magistrat, qui est son oncle, était venu le prendre et l’avait emmené à la ca- : pitale. Jusqu'à présent, il n'est pas encore revenu. D'un autre côlé, on m'a dit que, depuis quelques mois, on ne savait pas la direction qu’il avait prise, et que son oncle même étant venu pour le prendre et l’emmener à la capitale, n'avait pas encore pu le trouver. Je suis allé m’informer dans sa maison, et l’on m'a dit la même chose. Voilà, en vérité. les seules nouvelles que j'ai pu recueillir. »

Après un moment de réflexion, Pé-kong dit à sa fille: « Comme on lui a rendu son grade de bachelier, à l'époque de l’examen de province, il reviendra de luimème ; on n’a pas besoin de s'inquiéter. C’est le cas de dire :

Une erreur d’une ligne! peut causer un écart de mille li (cent lieues);

Une fois que vous avez manqué votre but,

Une multitude d'affaires viennent vous accabler.

. Au bout de quelques jours, Pé-kong prépara un cer- 4. Nyaen chinois /i-han, la millième ou la dix-millième partie

d’an #'ch'i (pied chinois).

taia nombre de présents pour rendre la pareille à Souyeou-te !, Comme il savait que Ou, l’académicien, n’était pas chez lui, il lui écrivit en réponse à sa lettre, et lui dit qu’il ne pouvait consentir au mariage proposé*. Sou-yeou-té, voyant son stratagème découvert, se sentit tellement honteux qu'il n’eut pas la force d’aller encore importuner Pé-kong.

Tchang-koueï-jou, ayant appris de quelqu'un la mésaventure de Tong-yong, vit bien qu'il ne pouvait plus se maintenir en place $. En conséquence, il alla consulter avec Wang-wen-khing, et se contenta de lai dire que, vu l'approche de l'examen de province, il voulait se rendre à la capilale pour étudier en paix, et qu'il allait d'avance prendre congè de son hôte. Pékong, loin de le retenir, l'encouragea à partir {.

Quoiqu'il eût réussi à congédier Tchang-koueï-jou et Sou-yeou-té, il lui en coûta inévitablement beaucoup d’ennuis et de contrariétés. Pé-kong, agité au fond de l’âme par la colère et l'indignation, tomba tout à

1. On a vu dans le onzième chapitre, t. IT, p. 14, que Sou-yeou-té avait offert un grand nombre de présents à Pé-kong, qui en avait seulement accepté six.

2. Sou-yeou-té avait profité de la ressemblance de son nom avce celui de Sou-yeou-pé pour se présenter à Pé-kong, et demander sa fille en mariage à l’aide d'une lettre de Ou, son beau-frère, qui, en la lui donnant, avait cru recommander Sou-yeou-pé. Mais Pé-kong, instruit À temps dè la méprise qu’il avait faito et de la fourberie de Sou-yeou-té, ne put s'empêcher de se refuser à la demande de Ou, l'acadéinicien.

3. Pé-kong l’avait roçu chez lui à titre de précepteur particulier.

4. Littéralement : I} poussa sa barque dans le courant de l’eau,

coup malade et resta alité. Sa fille, pleine de trouble et de crainte, ne savait plus que faire. Elle appela des médecins et lui fit prendre des médicaments; elle consulta les sorts, invoqua les esprits et ne négligea rien pour lui rendre la santé. Elle ne détachait pas sa ceinture !, et ne faisait que crier et pleurer jour et nuit. Elle continua ses soins pendant un mois, au bout duquel son père commença à se rétablir. On peut dire à cette occasion :

C'est uniquement par la sollicitude que lui inspirait sa fille,

Qu'il a contracté la maladie qui s’est emparée de lui.

Sans les soins pieux d’une fille,

Qui aurait secouru le père dans sa maladie?

La piété filiale de l’une et la sollicitude de l’autre, portées jusqu’au comble,

Ont mis le sceau à l'affection qui unissait le père et la fille.

Nous laisserons maintenant Pé-kong dans sa maison, où le retenait encore un reste de maladie. Or, Souyeou-pé, ayant pris congé de Sou-yeou-té, avait passé le fleuve Kiang et s'était dirigé vers le Nord. Comme il ne songeait qu’à aller voir Ou, l’académicien, il oubliait la peine et la fatigue, de sorte qu’en voyageant à fa hâte, du matin au soir, il arriva au bout d’un jour dans un pays du Chan-tong, qu'on appelait Tseoubien ?. Voyant le soir approcher, il chercha une hôtel-

1. C'est-à-dire : Elle ne quittait pas ses vêtements pour se coucher. 2 Ce pays était la patrie de Confucius.

lerie et s'y arrêta. Le lendemain, il se leva de bonne heure. Comme Siao-hi rangeait les bagages, il découvrit, à la têle du lit, un sac de toile blanche qui contenait quelque chose de lourd, et se hâta de l’apporter à Sou-yeou-pé. Celui-ci l'ayant ouvert, y trouva quatre gros paquets d’onces d'argent; il pouvait y en avoir plus é&æ cent. Ce que voyant Sou-yeou-pé, il enveloppa de suite l’argent comme auparavant. Après un moment de réflexion : « [l est sûr, dit-il à Siao-hi, qu'un voyageur, qui a couché ici la nuit dernière, a oublié cet argent dans sa précipitation. En bonne justice, je devrais rester ici en attendant qu'il vienne le chercher; en le lui rendant, j'agirais comme un homme d'honneur. Seulement, je me sens entraîné par le besoin de partir comme la flèche (qui va s'échapper de l’arc)!. Il m'est impossible de rester un quart d'heure de plus ; mais comment arranger cetle affaire? Le mieux est de confier l'argent à l’aubergiste, qui attendra le retour du voyageur pour le lui rendre.

— Monsieur, lui dit Siao-hi, vous êtes dans l'erreur. Dans le siècle où nous sommes, croyez-vous qu'il y ait beaucoup d’honnêtes gens?? Si, après notre départ, l’aubergiste ne rendait pas l'argent, quel témoin pourrait-on lui opposer? Ne voyez-vous pas que votre bonne intention resterait sans effet? Puisque vous vou-

1. En chinois: Seulement c’est (que) mon désir de partir (est) comme unc flèche.

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