‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 164 sur 264 · Littéralement : Avancer — reculer — deux — difficultés · texte numérisé non relu

Littéralement : Avancer — reculer — deux — difficultés

perdu tout l’argent qui devait me servir pour mon voyage. Vénérable monsieur, que me conseillez-vous ?

— Ainsi donc, dit le vieillard, vous êtes monsieur Sou. D'ici à la capitale, vous ne mettrez que huit à neuf jours. Pour vos frais de route, vous n'avez pas besoin de beaucoup d'argent; mais si vous voulez commander des habits et vivre à la capitale, je crains que cela ne coûte fort cher. |

— Pour le moment, dit Sou-yeou-pé, je ne demande pas grand chose; il ne me faut que mes frais de route el un ou deux vêtements. Si j'obtenais dix onces d'argent, cela me suffirait. Quant au surplus, une fois arrivé à la capitale, je saurais me le procurer autrement.

— Monsieur, dit l’aubergiste, comme j'ai reçu de vous un immense service, je devrais vous fournir ces dix onces d'argent; mais je suis pauvre, et je ne pour-rais les trouver tout de suite. Si le seigneur Tchang avait cette somme et qu'il voulût bien la remettre à M. Sou, je lui demanderais la permission de la rendre peu à peu avec les intérêls ; je n’oserais certainement pas en diminuer (la moindre chose).

— À ce que je vois, dit le vieux Tchang, M. Sou se distingue à la fois par les agréments de sa personne et la grandeur de sa vertu. De plus, il est du Kiang-nan; j'imagme qu'il doit avoir un talent littéraire du premier ordre; s’il excellait dans l’art des vers, il trouverait de suite le moyen de gagner de l'argent.

— Quoique je n’aie pas, dit Sou-yeou-pé, un talent

littéraire du premier ordre, je m'amuse du matin au soir à composer des vers et des chansons ; si j'en trouvais l’emploi, je ferais mes efforts pour réussir.

— À merveille! dit le vieux Tchang. J'ai un parent du nom de Li, qui, dans l’origine, était fort riche. Dernièrement, il a obtenu à prix d'argent la place de Tchong-chou !. Il tient beaucoup à former des relations d'amitié avec les magistrats. Avant-hier, le nouveau

juge criminel est arrivé, el a montré à mon parent les

plus grands égards. Mon parent lai ayant offert de ri-

ches présents, ce magistrat, qui est un homme paret

intègre, n’a pas voulu les accepter. Mon parent ne sachant comment lui témoigner son dévouement, a voulu commander un paravent de soie el le lui offrir. En conséquence, il s'est adressé à un artiste habile qui y à peint quatre tableaux. Maintenant, il veut en outre prier un lettré célèbre de lui composer quatre pièces de vers qu'on inscrirait à la suite de chaque tableau (pour en expliquer le sujet), de manière que le tout formât huit feuilles. Si M. Sou, avec son rare talent, pouvait les composer, il trouverait aisément l'argent dont il a besoin pour son voyage.

— Ce n’est pas une affaire que de composer des vers, dit Sou-yeou-pé; mais, dans votre honorable district, qui est la patrie des lettrés, est-ce qu’il n'y a pas des

1. Le mot signifie : Écrivain de l'intérieur. Le Tchong-qbou élait un officier du palais, qui avait pour mission de recevoir les déaisions du souverain, et de les transmettre aux fonctionnaires chargés de les exécuter.

honimes d’un talent supérieur? Qu'aviez-vous besoin de m’altendre ?

— Monsieur, répondit le viesx Tchang, je ne vous cacherai pas la vérité. Dans ce pays du Chan-tong, les lettrés ne sont pas rares, mais ils ne savent que travailler pour l'examen de licence. Le fait est que, pour le style antique, les chansons, les poëmes, nous n'avons personne. Il y a seulement un licencié du nom de Tsien, qui sait composer quelques vers; mais il est arrogant et se prête difficilement aux demandes qu’on lui fait. Ce printemps, mon parent l'avait prié de composer une pièce d'anniversaire? pour l’offrir au préfet. du district. Quoiqu'il l’ait invité trois fois à dîner et lui ait offert des présents d’ane valeur de vingt à trente onces Ÿ, il n'est pas encore ragssasié, et vient constamment emprunter lantôt une chose, tantôt une autre. Avant-hier, à propos de ces quatre pièces de vers, mon parent était encore allé le solliciter, et il-avait promis de venir se mettre à ses ordres aussilôt qu'il se sentirait en verve. Mon parent s'est vu dans la nécessité de préparer chaque jour un diner en l’attendant, mais il ne l'a pas encore vu venir. Si M. Sou pouvait composer ces vers, mon parent s'épargnerait la peine de recevoir de sa part d’aussi pénibles affronts. | |

— Si cela est. dit Sou-yeou-pé, je veux bien faire

4. Littéralement : Il est difficile à solliciter. 2. C’est une pièce d’éloquence où l’on félicite quelqu'un à l’occasion de l’anniversaire de sa naissance, 3. 150 à 2256 francs.

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