‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 173 sur 264 · Le plus célèbre poëte de la Chine · texte numérisé non relu

Le plus célèbre poëte de la Chine

Li? C’est un être vulgaire qui ne sait que faire sa cour aux grands; comment pourrait-il aimer les hommes de talent ? » |

J1 n’avait pas encore fini de parler lorsque Siao-hi dit à son maître : « Le dîner vient d'être apporté de l'intérieur, et l'on vous invite à aller manger. Le seigneur Li va sortir dans un instant. »

Sou-yeou-pé avait justement envie de répondre sans vouloir bouger de place; mais, après avoir entendu Siao-hi, Lou-meng-li se leva sur-le-champ. « Monsieur, dit-il, puisque votre hôte vous invite à dîner, je vais vous quitter. Dans un moment, quand vous serez seul !, je viendrai vous trouver ici. Seulement, je vous en prie, ne parlez pas de moi au vieux Li. Je n’ai pas beaucoup de rapports avec lui.

— En ce cas, je pars, dit Sou-yeou-pé; je reviendrai dans un instant; veuillez, de grâce, ne pas manquer à votre parole. |

— Lorsqu'on a rencontré un ami, dit Lou-meng-li, et qu'on a encore à l’entretenir de sentiments intimes, comment pourrait-on lûi être infidèle? » À ces mots, il entra dans le jardin et disparut. Comme Sou-yeou-pé rentrait dans le pavillon, le seigneur Li était justement au moment de sortir. Après qu'ils se furent salués, le seigneur Li lui dit: « J'ai manqué de vous tenir compagnie; je suis bien coupable. Aujourd’hui, j'aurais dû

4. Littéralemont : Quand il n‘y aura pas d'hommes, 2. Littéralement : De discours de foie et de poitrine,

FAIT ARGENT DE SES VERS. ait

tous laisser partir de bonne heure et vous reconduire ; mais monsieur Tsien m'avait prié à plusieurs reprises de vous retenir à diner. Voilà pourquoi j'ai osé vous donner la peine de rester ici !: Quant à l’argent pour vos menus frais de voyage ?, il est tout prût, et demain matin vous pourrez décidément vous mettre en route.

— Monsieur, dit Sou-yeou-pé, après avoir reçu de vous une si grande marque d'amitié, j'en conserverai une réconnaissance infinie. »

Au bout de quelques instants, on servit le dîner. Dès qu'ils eurent fini de manger : « Hier, dit le seigneur Li, le préfet du district a reçu chez lui un hôte illustre; il faut encore que j'aille lui rendre visite ; je serai obligé de vous laisser seul ; je ne sais comment faire. »

Sou-yeou-pé, qui songeait secrètement à aller au rendez-vous de Lou-meng-li, était impatient de le voir partir. Aussi se hâta-t-il de lui dire : « Je prie Votre Seigneurie de ne pas se gêner ?; je puis parfaitement rester ici en vous attendant.

— En ce cas, dit le seigneur Li, je vous offenserai gravement. Mais une fois revenu de ma visite, je pourrai me rendre de suite avec vous au dîner de M. Tsien. »

A ces mots, il le salua des mains et partit.

1. Littéralement : C’est pourquoi, avec an boisseau de fiel (avec ane grande hardiesse), je vous ai encore courbé en cet endroit (je yous ai causé l’humiliation de rester en cet endroit).

2. On a vu plus haut, p. 79, ligne 11, que Sou-yeou-pé ne demandait qu’une dizaine d'onces d’argent (75 fr.) pour faire son voyage.

3. Littéralement : Je vous demande votre honorable conmmedité, c'est-à-dire je vous engage à faire ce qui vous couvient,

Sou-yeou-pé, profitant de sa liberté, courut à l’entrée de la porte de derrière, pour avoir une entrevue avec Lou-meng-li.

Par suite de cette entrevue, j'aurai bien des choses à raconter. Dans l’appartement intérieur et sur la roule, on ne peut supporter la multitude des pensées d'amour qui pénètrent jusqu'aux 08. À la clarté de ka lune et à l'ombre des fleurs, on ajoute encore un gracieux entretien plein d’une tendre affection. C’est le cas de dire :

L'amour ressemble à une eau courante qu’on ne peut diviser.

Le cœur est comme la corne du rhinocéros! divin, qui pénètre toutes les cloisons.

4. Les poëtes chinois prétendent qu'il y a une espèce de rhinocéros dont la corne brille la nuit comme une torche enflammée. On lit dans l'encyclopédie Youen-kien-loui-han, liv. CCCCXXX, fol. 4! Dans Ja période Pao-li, du règne de King-tsong, de la dynastie des Thang (825-826 de Jésus-Christ) , le roi de Nan-tchang offrit un rhinocéros de l'espèce appelée Ye-ming-si (le rbinocéros qui brille peadant la nuit). Il ressemblait 4 celui qu'on nomme Thong-thiensi (le rbinocéros qui pénètre le ciel). Pendant la nuît, sa corne était tellement lumineuse qu'elle pouvait éclairer un espace de cent pas. On la couvrit de dix doubles de soie sans pouvoir cacher sa lumière. L'empereur ordonna de détacher cette corne pour la porter à sa ceinture. Quand il chassait la nuit, il n’avait plus besoin d'être éclairé par des flambeaux de cire. Il voyait aussi clair qu’en plein jour (sic).

“Quoique cette histoire ne soit rien moins qu'authentique, j'ai cru devoir la rapporter pour bien faire comprendre les comparaisons où les Chinois parlent de la corn lumineuse du rhinocéros divin.

L'homme qu’échauffe l'influence du printemps! se trouve partout heureux.

Pourquoi le prince d'Orient ? les sépare-t-il, l’un à lorient et l’autre à l'occident ?

Le lecteur ignore sans doute si Sou-yeou-pé a pu, en effet, rencontrer Lou-meng-li en allant à son rendezvous. Qu’il prête un instant l'oreille, on le lui apprendra en détail dans le chapitre suivant.

1. C'est-à-dire l'homme qu’anime une tendre affection. 2. En chinoîs : Tong-kiun, le soleil. (Cf. P'ing-fseu-loui-pien, liv. CXIV, foL 20.)

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