‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 174 sur 264 · DANS LE JARDIN DE DERRIÈRE, LOU-MENG-LI DONNE DE L'ARGENT · texte numérisé non relu

DANS LE JARDIN DE DERRIÈRE, LOU-MENG-LI DONNE DE L'ARGENT

Sou-yeou-pé s'était empressé d'aller à l'entrée de la porte du jardin de derrière pour rencontrer Loumeng-li, mais la porte du jardin de la maison de Lou était étroitement fermée, et il n’entendit pas le moindre bruit. Il resta debout pendant quelque temps, et s'abandonna à de sérieuses réflexions. « Les paroles des jeunes garçons et des jeunes filles, se dit-il, ne sont pas toujours dignes de foi ‘.» Il réfléchit de nouveau et ajouta : « Quoique mon frère atné? soit encore jeune, toute sa conduite montre qu’il a un cœur affectueux; il est impossible qu'il manque à sa parole. On a raison

1. Ceci paraît s’anpliquer aux paroles de Lou-meng:-li, qu'il prend pour.un jeune homme, et à celles de sa prétendue sœur aînée.

2. C'est-à-dire : Lou-meng-li. Le mot biong (frère aîné) n’est ici ” qu'un terme de politesse,

de dire qu’une longue attente fait naître en un moment une foule de pensées et d’inquiétudes !. »

Il était en proie à une pénible incertitude, lorsque tout à coup il entendit le bruit d'une porte, et vit Loumeng-li arriver d’un air joyeux. « Monsieur Sou, lui dit-il, vous êtes un homme de parole. Comment êtesvous venu si promptement ? Je vois vrainrent que vous ne rougissez pas de mon amitié. »

Dès que Sou-yeou-pè l’eut aperçu, il lui sembla qu'il descendait du ciel, et en éprouva une joie inexprimable. Il se hâta d'aller au-devant de lui, et le prenant par la main : « Quand on a un rendez-vous avec un homme aussi beau que le jade, lui dit-il en souriant, comment oserait-on se faire attendre ? ?

— Il n’y a personne qui ne commence bien, dit Lou-meng-li, mais il en est peu qui sachent bien finir 3. C’est lorsqu'on est toujours le même du commencement à la fin, qu'on peut devenir l’ami d’un sage.

— Si certains hommes ne savent pas bien finir, dit Sou-yeou-pé, c'est qu'ils n’ont jamais su bien commencer. C'est une espèce de gens dont les yeux sont sans prunelles{, et qui sont incapables de rien distin-

1. Littéralement : En un moment, il y a (il naît) mille pensées et cent inquiétudes.

& Littéralement : Oser être-après, venir-après (l’heure convenue). Le mot heou (après) se prend ici dans un sens verbal

3. Cette pensée est empruntée au livre des vers. (Voyez le P'ei-

wen-yun-/fou, liv. |, fol. 46.) 4. C'est-à-dise des gens aveugles. Littéraltement: Des homes

guer. Quand nous voyons devant nous des pins el des cyprès, est-ce que nous attendons la gelée pour savoir qu'ils ne perdent pas! leurs feuilles ?

— Mon frère, dit Lou-meng-li, vos raisonnements décisifs ont dissipé mes innombrables doutes. J'ai une

question à vous adresser, ajouta-t-il, mais comme notre liaison est éncore superficielle, je craindrais que mes paroles ne vous parussent trop profondes; de sorte que je n'ose en ouvrir la bouche.

— Dès que l'amitié a été cimentée par un -mot, dit Sou-yeou-pé, on peut s’y fier pendant le reste de la vie. Quoique je vous aie rencontré par l’effet du hasard. je connais déjà à fond vos pensées et votre caractère. Quels que soient vos sentiments intimes, rien ne vous empêche de me les dévoiler.

— Mon frère Sou, repartit Lou-meng-li, puisque vous me permettez de vous parler sans détour, je vous prierai de me dire si c'est en vue de la renommée ou du profit que vous allez à la capitale, et si vous pourriez différer un peu votre départ.

— Ce voyage, répondit Sou-yeou-pé, n’a pour but ni la renommée ni le profit; mais il y a un objet sur lequel j'ai concentré toute mon affection, et il m'est impossible de m'arrêter.

— Comme vous êtes dans la fleur de la jeunesse,

qui dans les yeux n’ont pas de perles. La prunelle s'appelle élégamment yen-{chou, la perle de l'œil.

1. Ily aici une faute dans les trois éditions que j'ai sous les yeux: Heou après, au lieu de pou, pas,

dit Lou-meng-li. votre père et votre mère ! sont sans doute pleins de force et de santé, el l'on peut être certain que vous êles déjà marié. :

— Malheureusement, dit Sou-yeou-pé, mon père et ma mère ne sont plus du monde; je suis resté seul et n'ai pas encore pris femme.

— Monsieur, dit Lou-meng-li, comme vous êles jeune, doué d’un talent supérieur et d’une figure aussi belle que le jade, il doit y avoir natarellement beaucoup de personnes qui vous jettent des fruits; vous ne pouvez manquer d'être choisi pour gendre # Comment cherchez-vous encore une compagne 5 sans y avoir

1. [1 y a en chinois Zao-pe, votre respectable oncle, /ao-pé-mou, votre respectable tante. La réponse de Sou-yeou-pé montre qu'il faut corriger le texte et dire « votre père et votre mère. »

2. Le dictionnaire Thsing-han-wen-haï explique par saikan gou (beau jade) les mots de notre texte kouan-yu, qui signifient jade d’un bonnet, jade qui orne un bonnet.

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