‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 178 sur 264 · Littéralement : Mon âme est fondue · texte numérisé non relu

Littéralement : Mon âme est fondue

3. Littéralement : Maintenant, de nouveau, s’est ajoutée l’amcrtume de l'amour (pour) un excellent ami.

corps et qu’une âme, aurait-il la force d’éprouver à la fois l’une et l’autre?

— Grâce à l'éducation que j'ai reçue de feu. mon père, dit Lou-meng-li, j'ai veillé sur moi-même comme une vierge. Je n'ai jamais reçu les leçons d'un maître; à plus forte raison, je n’ai point cherché un ami. Mais depuis que je vous ai aperçu, je ne sais d'où est venu l'affection que j’éprouve. Vous, mon frère, dont les sentiments sont plus profonds que les miens, veuillez m'éclairer là-dessus. |

— Mes sentiments profonds, dit Sou-yeou-pé., sont quelque chose de passager, mais les vôtres, mon frère, sont souples comme l’eau. Li-thaï-pé a dit : « Quoique l'eau de l’étang où flottent les fleurs de pêcher, ait mille pieds de profondeur. l'affection de Wang-lun qui m'a reconduit est encore plus profonde.» On dirait gu’en s’exprimant ainsi ce poëte a voulu peindre les sentiments actuels de mon frère Lou. Mon affection n’est rien (auprès de la sienne) !. Dans ce moment, ce n'est qu'un point imperceptible.

— Mon frère, repartit Lou-meng-li, je sais ce qui vous inquiète; c’est qu'il ne vous est pas aisé de parler : de me quitter. Ce qui m'inquiète, c’est qu’il me sera difficile de vous revoir dans la suite. J'ignore si après que nous nous serons quittés en cet endroit, nous relrouverons ou non un autre jour pour nous rencontrer encore.

1. Littéralement : Le petit frère cadet, quelle affection (a-t-11)?

— Mon frère Lou, s’écria avec émotion Sou-yeou-pé, comment pouvez-vous parler ainsi? Quoique dans cette rencontre d'aujourd'hui, nous n’ayons conçu que de l'amitié l’un pour l’autre, notre attachement esl vraiment plus fort que les liens du sang !. Vous êtes, mon frère, un homme dont les engagements sont durables, et moi je ne suis pas de ces gens qui manquent à leur foi. Une fois arrivé à la capitale, je reviendrai immédiatement. En revenant, je passerai par votre noble pays; je ne manquerai pas d'aller voir votre mère et de loi offrir mes respects. Je chercherai de nouveau le moyen de vous serrer la main, et de vous parler de mon affection. Pourrait-on supposer que nous ne nous reverrons plus? »

Lou-meng-li se livra un moment à de sérieuses réfluxions, et resta sans mot dire.

« Mon frère, dit Sou-yeou-pé, vous gardez le silence; auriez-vous des doutes sur mon retour?

— Si je réfléchis, répondit Lou-meng-li, ce n’est point que je doute de votre retour; mais je crains qu’une fois revenu, vous ne puissiez apprendre où je serai ?.

4. Littéralement : Vraiment (cela) l'emporte sur les os et la chair.

2. Ce passage est extrêmement difficile ; en voici le mot à mot : Je crains que (comme un) Tseu-hiu ou un Hou-yeou, je ne puisse pas être distingué, reconnu par (vous).

Tseu-hiu et Hou-yeou sont deux personnages imaginaires introduits par le poëte Sse-ma-siang-jou, dans une pièce dè vers intitulée Tseu-hia-fou, pour adresser secrètement des représentations À l’empereur King-ti (258-263 après Jésus-Christ). Cette pièce, qui se trouve dans le recueil Tchao-ming-pen-siouen, liv, VII, fol. 27, commence

— Comme votre honorable mère vit encore, dit Souyeou-pé, il est certain que vous n’irez pas voyager dans un autre pays; et comme vous me montrez une véritable amitié, j'imagine que vous ne romprez jamais avec moi. Pourquoi ne pourrais-je vous découvrir ?

—]l ne dépend pas des hommes, répondit Loumeng-li, de se réunir ou de se séparer. Les affaires de ce monde offrent un spectacle extraordinaire; pourriezvous, mon frère, les déterminer d'avance ?

— Ce qui dépend du ciel, dit Sou-yeou-pé, est difficile à déterminer; mais il est aisé de savoir ce qui dépend des hommes. Si vous dites que, dans la suite, je ne viendrai pas vous voir, ce sera une raison"'de plus pour que je tienne ma parole. Si vous dites que dans la suite vous ne me verrez plus, je vous demanderai pourquoi vous êtes venu me voir aujourd'huï? Ce raisonnement est parfaitement clair.

— Aujourd'hui, dit Lou-meng-li, je suis venu vous voir parce que c'était possible; si, dans la suile, je ne vous vois pas, c'est que ce sera impossible. Voilà ce qu'on ne saurait prévoir.

— Mon frère, dit Sou-yeou-pé, la première fois que vous m'avez vu, vous m'avez fait connaître tous les re-

ainsi : Tseu-hiu, ambassadeur du roi de Thsou, ayant été envoyé auprès du roi de Thsi, celui-ci fit partir tous ses chars et ses chevaux et alla à la chasse avec lui. Après la chasse, Tseu-hiu alla rendre visite au maître Hou-yeou, etc., etc.

Le commentaire dit à leur sujet: Wou-chi-jin, ce n'étaient pas des hommes réels, c'est-à-dire c'étaient des personnages fctifs, imaginaires,

plis de votre cœur!, et vous craigniez encore que vos expressions ne fussent trop fortes pour une amitié naissante ?. Et maintenant que notre affection est aussi intime que l'union de la chair et des os, vous parlez au contraire d'une manière confuse. Ne semble-t-il pas que vos paroles sont bien légères rour une amitié profonde ? C'est ce que je ne puis comprendre.

— Dans le commencement, dit Lou-meng-li, lorsque j'ai cru devoir parler, j'ai parlé maintes et maintes fois ; dans ce moment-ci, je ne crois pas devoir parler, et voilà pourquoi je ne parle pas. À quoi bon vous donner de longues explications ?

— Je suis seul, dit Sou-yeou-pé. Dans l’espace d’un jour, quelles observations avez-vous faites pour distinguer ce qu'il faut dire ou ne pas dire?

— Quand mes paroles pouvaient être suivies d'effet, répondit Lou-meng-li, j'ai voulu parler; mais quand j'ai vu que mes paroles ne pouvaient être suivies d'effet, qu'avais-je besoin de parler?

— Suivant ce que j'ai entendu dire, repartit Souyeou-pé, ce qu’on estime entre amis, c'est de s'ouvrir mutuellement son cœur. Si, aujourd'hui, il y a des choses que vous ne pouvez dire, comment connaltrai-je le fond de votre cœur? Si, lorsque je ne connais pas vos sentiments intimes, vous me faisiez des présents à.

4. Littéralement: Vous m'aves fait connaître plusieurs fois (votre) foie et (votre) fiel.

2. Littéralement : Que l'amitié ne fut superfcielle et le langage profond,

contre cœur, et que je fusse assez hardi pour les accepter, ce serait me lier avec vous par intérêt !. Quoique je me trouve sans ressource au milieu de ma route, je ne veux pas agir comme un homme qui doit faire un long voyage ?. » À ces mots, il voulut rendre les perles et les bracelets.

« Mon frère, lui dit Lou-meng-li d'un air triste, pourquoi m'accusez-vous si fort? La première fois que je vous ai rencontré, je vous ai vraiment parlé du fond du cœur. Lorsqu'ensuite je me suis informé de vos projets, j'ai vu que mes paroles seraient inutiles, et qu’une personne pourrait en rougir; voilà pourquoi je n'ai pas voulu m’expliquer. Si je me suis tenu avec vous sur la réserve, ce n'était point dans l'idée que vous ne connaissiez pas mon cœur‘. Mais, puisque vous me faites de si vifs reproches, je me vois obligé de parler, en dépit de ma honte.

— Quelle honte y a-t-il, dit Sou-yeou-pé, à ouvrir son cœur à an ami? Veuillez, je vous en supplie, ne me rien cacher. »

Lou-meng-li hésita quelque temps, par un sentiment de honte; mais, cédant aux instances continuelles de . Sou-yeou-pé, il se vit obligé de répondre. « J'ai, dit-il,

4. Littéralement : Ce serait, par le métal jaune, contracter amitié. 2. Sous-entendu : Et qui, pour ne pas mourir de faim, accepte sans scrupule ce qu'on lui offre.

3. Littéralement : Je vous ai adressé des paroles (venant) du foie et de la poitrine.

4. C'est-à-dire : Que vous n’étiez pas entré assez avant dans mon amitié.

une sœur jumelle, qui a comme moi seize ans, et dont les traits vulgaires ressemblent beaucoup aux miens. Elle a appris à écrire en vers el en wen-tchang (style élégant). Depuis la mort de mon père, moi et ma sœur aînée nous avons été dans les rapports mutuels de maître et de disciple. Quoiqu'elle n'égale pas en beauté la personne charmante que vous m'avez vantée, elie aime, elle chérit le talent; lout ce qu’elle craint, c’est de se perdre en épousant un homme vicieux, et je vous jure que là-dessus je suis du même sentiment. Anciennement, comme notre mére était souvent malade, elle n’avait pas eu le temps de lui choisir un époux; de plus, étant moi-même fort jeune, je ne voyais pas grand monde. Ajoutez à cela que notre maison est tombée en décadence !, de sorte que ma sœur attend encore le titre d’épouse dans l'appartement intérieur et n'a plus aucune espèce de connaissances. Hier, vous ayant aperçu par hasard du haut d'un pavillon, elle a été frappée de votre extérieur distingué et n’a pu s’empêécher de songer à la chute des prunes ?. J'ai reconnu en l'observant ses sentiments secrets; c'est pourquoi, après vous avoir rencontré avec une certaine émotion,

4. Littéralement : Le linteau de notre porte est devenu solitaire.

2. C'est-à-dire: Qu'il était bien temps pour elle de se maricr. C'est unc allusion à une ode du Chi-kiug (liv. I, section 11, ode 9), où parle une jeune fille qui craint de ne pourvoir se marier à temps. Elle dit en conséquence : Les prunes sont tombées de l'arbre, il n’en reste plus que trois.

Suivant le commentaire de Tchou-hi, elle veut montrer par là que la saison est passée et qu'il est déjà tard pour trouver un mari,

j'ai eu l’idée de lui servir moi-même d’entremetteur. Aujourd'hui, en vous interrogeant, j'ai appris quel était l'objet de votre profonde affection, et j'ai pensé que mes vœux ne pourraient s’accomplir. Voilà pourquoi je ne voulais pas parler. Dans l’entrevuc d’aujourd’hui, j'avais eu l'espoir de voir réussir cette affaire. Lorsque vous reviendrez plus tard, si elle ne doit point réussir, et que nous nous trouvions face à face, quand même vous ne vous moqueriez point de moi, pour. rais-je me défendre secrètement d’un sentiment de honte? Voilà pourquoi je disais que peut-être je ne vous verrais plus. Mais, comme vous m'avez reproché d'avoir voulu acheter votre amitié, j'ai été obligé de parler avec franchise. Ce sont là, en vérité, les sentiments secrets d’une jeune fille. En ce moment, après vous les avoir dévoilés, je sens que la figure me brûle et que mes joues deviennent rouges. Si vous alliez les révéler à d'autres, vous me feriez mourir de honte.»

En entendant ces paroles, Sou-yeou-pé fut rempli d'étonnement et de joie. « Mon frère, lui dit-il, voulezvous badiner ou vous moquer de moi?

— Je vous ai parlé du fond de mon cœur !, répondit Lou-meng-li d'un air triste; comment oserais-je badiner avec vous?

— N'est-ce pas un rêve? dit Sou-ycou-pé.

— Sous l’azur du ciel et à la clarté du jour, répartit Lou-meng-li, comment pourrait-on rêver?

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