‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 189 sur 264 · L'examen de licence · texte numérisé non relu

L'examen de licence

2. Les trois épreuves sont réparties en trois jours. Le premier jour (le neuvième de la lune), on doit faire une amplification sur ug sujet tiré des quatre livres classiques; le deuxième jour (dousième jour de Ja lune), on doit traiter un sujet tiré d’un des cinq livres canoniques ; le troisième jour (quinzième jour de la lune), on doit répondre par écrit à diverses questions relatives à l’histoire et à l'Cconomie politique de la Chine. (Morrison, Dictionn. chin., part. I, clé 39, p. 766, col. B.)

8. Mot à mot: Quand il eut été King-kouel (koueï des king). Le premier de la liste des licenciés s'appelle Youen, les deux ou trois suivants sout désignés par le mot kouei (Morrison, Dictionn. chin., part. I, clef 39, p. 778). L'expression Koueï des king signifie donc ici un de ceux qui ont obtenu le second ou le troisième rang, en tratant un sujct tiré des cinq King (livres canoniques).

ET AU CONCOURS DU PRINTEMPS. 159 yeou-pé. « Ïl n'est pas nécessaire, lui disait-il, que vous quittiez la capitale; cherchez sur la montagne de l’Ouest un couvent retiré, pour y étudier tranquillement, et attendez que vous ayez obtenu, au printemps prochain, le grade de docteur. Nous demanderons ensemble une mission, et quand nous serons de retour dans notre province, nous offrirons des sacrifices à nos ancêtres. Dans ce moment-ci, vous n’avez pas besoin de courir de côté et d’autre, et de dépenser inutilement vos forces. »

Sou-yeou-pé ayant obtenu le grade de licencié, songea aussitôt à retourner dans le midi. Mais d’abord il était pressé par les ordres de son père; ensuite Ou. . l’académicien, n’était pas encore revenu dans la capitale; enfin, il craignait qu'un simple licencié ne püût toucher le cœur de Pé-kong. Il se vit donc obligé de rester dans la capitale jusqu’à À fin de l’hiver.

Quand on fut au nouvel an, le concours du printemps ! arriva en un clin d'œil. Sou-yeou-pé, comme la première fois, entra dans la lice, et l’on peut dire, avec vérité, que son bonheur égala son talent littéraire. Cette fois, il obtint encore un des plus hauts rangs, et se vit le treizième sur la liste des docteurs. Enfin, dans l'examen du palais ?, il se trouva le premier de seconde série, et fut nommé membre de l’académie des Hän-lin.

Or, comme l'automne dernier, à l'examen provin-

1. Le concours pour obtenir le grade de docteur. 2. L’examen que subissent les docteurs dans le palais impérial pour obtenir le titre de Han-lin, académicien.

cial ! du département de Chun-thien ?, Tch'in-ing, fils du ministre Tch'in-sun, et Wang-lun, fils du ministre Wang-wen, n'ayant pu obtenir le titre de licencié, en conçurent du ressentiment, et adressérent à l’empereur un rapport où ils accusaient les deux juges du concours, Lieou-yen et Wang-kien, d’avoir manqué de justice dans l'examen des compositions, et demandaient qu'ils fussent sévèrement punis. Heureusement pour eux, Kao-ko, second précepteur du prince héréditaire, présenta à l'empereur King-thaï un contrerapport où il disait : « Il n'est certainement pas convenable que des fils de graads ministres se présentent à l'examen avec de pauvres lettrés; mais s'ils sont mécontents de leur sort à, il n’est pas convenable non plus qu'ils accusent les juges du concours. »

L'empereur King-thaï vit clairement de quoi il s’agissait, et renonça aussitôt à punir les juges du concours ; mais ne pouvant oublier les égards dus aux deux ministres, il rendit un décret spécial par lequel il accordait à Tch'in-ing et à Wang-lun le titre de licencié, ayec la faculté de concourir ensemble pour le doctorat. Quand le concours pour le doctorat fut arrivé, Lieouyen, l’'examinateur précédent, fut encore nommé Fangkhao (examinateur d'une classe particulière), et juste-

4. L'examen que l'on passe pour obtenir le grade de licencié.

2. Nom d'un département de la province du Pé-tchi-li, dont le chef-lieu est Pé-king.

3. C'est-à dire: S'ils sont mécontents d'avoir échoué dans le concours.

ment Sou-yeou-pé fut un des élus de la classe de Lieou-yen. Ajoutez à cela que le rang qu'il obtint était un des plus élevés. Dans l’examen du palais, il fut le premier de la seconde série et reçut le titre d’académicien !. Les deux ministres, qui gardaient rancune à Lieou-yen, en parlèrent aussitôt au président du ministère du personnel, qui, sans hésiter, Ôla à Sou-yeoupé son litre d'académicien, et le nomma Tchouï-kouan (jage militaire) à Hang-tcheou, dans la province du Tche-kiang.

Sou-yeou-pé ayant élé informé de ce changement, songea que, puisqu'il avait maintenant une charge, il pouvait quitter la capitale. I] pensa encore qu’en se rendant dans le Tche-kiang, il passerait nécessairement par Kin-lfng (Nan-king), et pourrait, sans se détourner de sa route, aller trouver Pé-kong et lui demander sa fille en mariage. Loin d'être contrarié de cette nomination, il en fut, au contraire, enchanté. Seulement il attendait que Sou, le moniteur impérial, fût revenu à la capitale pour rendre compte de sa mission. Il voulait, après l'avoir vu, se mettre immédiatement en route. Mais, contre son attente, avant l’arrivée de Sou, le moniteur impérial, Ou, l’académicien, vint le premier pour rendre compte de sa mission?. Dès

1. Ceci parait être une répétitton, car, précédemment, Sou-yeou-pé avait déjà obtenu le treizième rang sur la liste des docteurs ; puis, après avoir passé devant l’empereur l’examen du palais, il avait été le premier de la seconde série et avait reçu le titre d’académicien.

2. Ïl avait été envoyé dans le Hou-kouang pour présider l'examen de licence,

que Sou-yeou-pé en eut été informé, il en fut extrèmement charmé; et, après avoir écrit à la hâte un billet de visite où son nom était précédé des mots : Votre compatriole et disciple !, il alla lui rendre ses devoirs. Or, Ou, l'académicien, ayant parcouru la liste de l’examen provincial et celle du concours général?, il fat heureux de voir que Sou-yeou-pé avait réussi. Mais voyant qu'il était inscrit comme étant du Ho-nan, il s'imagina que (c'était un autre jeune homme) qui avait le même nom d'enfance et le même nom de famille, et ne s’en occupa plus. Le jour où Sou-yeou-pé était venu lui rendre visite, voyant sur sa carte le mot conpatriote, il éprouva à la fois un sentiment de surprise et de doute, et au lieu de faire répondre qu'il était absent, il sortit avec empressement pour aller le recevoir. Quand il fut parvenu dans le salon antérieur, en regardant de loin Sou-yeou-pé qui arrivait, il reconnut que c’élait précisément le charmant jeune homme qui, dans la présente année, avait composé des vers sous des pruniers en fleurs. Persuadé que sa vue n'était pas en défaut, il fut transporté de joie, et prenant un visage riant et épanoui, il alla au-devant de Sou-yeou-pé et le fit entrer dans le salon.

Dès que Sou-yeou-pé eut aperçu Ou, l'académicien, il le salua en lui faisant la profonde révérence qui est

4. Littéralement : Un billet de visite de compatriote et de disciple.

2. C'est-à-dire la liste des licenciés et celle des docteurs reçus.

3. Littéralement : Il pensa même petit nom, même nom de famille. -

due aux personnes de haut rang. Après avoir fini de le saluer, il s’assit, et Ou, l’académicien, l’interrogea aussitôt. « L'année dernière, dit-il, votre honorable frère a daigné venir me voir. L’ayant invité à prendre une collation, j’appris que vous vous étiez retiré à la campagne pour étudier en secret, et que vous vouliez vous présenter à l'examen du midi. Voilà pourquoi je n’ai pas eu l'honneur de recevoir votre visite. J'ignore pourquoi, changeant d'avis, vons êtes entré dans le collége du nord‘, et vous êtes fait inscrire comme étant du Ho-nan. »

Sou-yeou-pé éprouva une vive émotion. « Par malheur, dit-il, j'ai perdu de bonne heure mon père et ma mère ; je suis seul et n’ai point de frères. Le printemps dernier, après avoir offensé Votre Excellence ?, j'ai erré follement dans des provinces éloignées. En traversant par hasard le pays de Thsi et de Lou, j'ai eu le bonheur de rencontrer mon oncle, qui, songeant qu'il n'avait point d’hérilier, et que de plus, j'étais orphelin, se chargea aussitôt de m'élever et m'adopta pour

4. En chinois: pe-yong, synonyme de pékien, le collége impérial, le collége des nobles,

2. Ou, l’académicien, avait voulu lui faire épouser mademoiselle Pé ; mais Sou-yrou-pé ayant aperçu par erreur la propre fille de Ou, qui était fort laide, il avait refusé ses propositions et avait excité sa colère.

3. Das l’antiquité, ces deux pays répondaient à certaines parties de la province actuelle du Chan-tong. Par suite d’une pédanterie familière aux lettrés, Sou-yeou-pé les cite so's leurs noms anciens pour montrer son érudition,

son fils. Voilà pourquoi j'ai été assez heureux pour entrer dans le collège du Nord. Si je me suis fait inscrire comune étant du Ho-nan, c’est que j’ai adopté le pays natal de mon père.

— Votre honorable oncle, dit Ou, l’académicien, ne serait-ce pas le moniteur impérial Sou-fang-heï ?

— Justement, répondit Sou-yeou-pé.

— Si cela est, dit Ou, l’académicien, comme vous n'avez point de frères, je vous demanderai quel est celui qui est venu j’an dernier me prier de faire pour vous, auprès de Pé-thaï-hiouen‘, des ouvertures de mariage ? »

Sou-yeou-pé fut rempli d’étonnement. « Il est vrai, dit-il, que j'avais eu cette intention ; maïs je n'ai jamais chargé personne de vous demander ce service. J'ignore si Votre Excellence se rappelle encore le petit nom et le surnom de cet homme.

— Je me souviens seulement, répondit Ou, l’académicien, qu'il se disait votre frère aîné; quant à son petit nom et à son surnom, je les ai oubliés. » Il interrogea, en conséquence, le domestique chargé de recevoir les lettres et les billets de visite.

« Il s’appelait Sou-yeou-té , » répondit-il.

En entendant ces paroles, Sou-yeou-pé éprouva une nouvelle surprise. « Ainsi donc, dit-il, c'était Souyeou-té ! Il est bien difficile, ajouta-t-il en soupirant, de sonder le cœur des hommes.

— Qu’entendez-vous par là? dit Ou, l’académicien.

4, Thaïi-hiouen était le surnom de Pé-kong.

— Le printemps dernier, dit Sou-yeou-pé, j'étais resté dans le village de Kin-chi. Comme j'aimais en secret le talent de votre nièce, j'avais eu le désir de devenir son &poux!; mais toutes mes tentatives restèrent sans effet. Ayant appris ensuite que vous étiez la seule personne dont (son père) écoutât les conseils, je voulus revenir exprès à la capitale pour vous solliciter. Mais, au moment où j'y pensais le moins, je rencontrai en chemin Sou-yeou-té, qui, m'ayant retenu chez lui à force d'instances et de courtoisie, s’informa de mes projets. Dans un moment d'imprudence, je lui fis connaître toute la vérité. Quand il eut surpris mes intentions, il m'assura de toutes ses forces que Votre Excellence était déjà arrivée à la capitale, en vertu d’un décret ipapérial, et que je perdrais mes peines en allant ailleurs ?. Il me pressa, en conséquence, de me rendre tout de suite à la capitale ; et de plus, il me donna de l'argent pour me procurer des effets de voyage. Dans ce moment-là, je fus vivement touché de sa générosité. C'est pourquai je passai le fleuve Kiang et me dirigeai

4. Littéralement : J'avais voulu chercher à la faire maltresse des plantes P’in et Fan. La plante P’in est une herbe aquatique qu'on offrait dans les sacrifices en l’honneur des ancêtres. C’étaient les femmes des ministres et des magistrats qui étaient chargées de la cueillir. La femme du prince cueillait elle-même la plante Fan, espèce d’armoise qui servait à nourrir les vers à soie. (Chï-king, liv. 1, chap. 11, odes 2 et 4.)

D’après les explications qui précèdent, on voit que la locution: « Faire une femme maîtresse des plantes P'in et Fan, » sigaifie la prendre pour épouse.

2. Littéralement : Que je me fatiguerais en vain à aller et revenir,

vers le nord. Je ne savais pas que c'était un hypocrite, qui avait formé de perfides projets pour tromper Votre Excellence. J'ignore quelle réponse lui fit alors Votre Excellence.

— Dès que j'eus reçu vos triciions lui dit Ou, l’académicien, j'écrivis de suite à mon parent. Quand je considère aujourd’hui cette affaire, ajouta-t-il en riant, je trouve, monsieur, qu'après avoir manqué une chose que vous aviez sous la main, vous venez maintenant à cent lieues de distance la demander aux gens.

— Que voulez-vous dire? demanda Sou-yeou-pé d’un air étonné.

— L'an dernier, répondit Ou, l'académicien, Pé thaï-hiouen fut envoyé en mission au camp des Tartares. Dans la crainte de quelque danger imprévu, il m'avait confié ma nièce‘. Un jour que j'étais dans le couvent de Ling-kou? à regarder les pruniers (es fleur), je fus frappé de votre talent poétique et de la beauté de votre figure. J’eus le désir de chercher (en vous) un appui * pour ma nièce, afin de m'acquitter de la commission de mon parent. Après tout ce n’était que

4. C'est-à-dire : Pékong, mon beau-frère, m'avait confié sa filk Hong-yu.

2. Ling-kou est le nom d'une montagne de la province du Kiangnan. Elle est située au sud-est de l’arrondissement de Oa-tcheou.

8. Littéralement : J'ai voulu que ma nièce s’appuyât contre un grand (arbre), c'est-à-dire j’ai voulu vous donner ma nièoe en msriage. Pour faire entendre, par excès de modestie, qu’une &lle d’une condition obscure épouse un homme illustre et trouve en lui son appui, on dit plus explicitement que la plante grimpante nry-lo s'appuye contre un haut pin. (Néu-/0o-fuu-kao-song.)

ma nièce. J’ignore, monsieur, quelle idée vous avez eue autrefois pour repousser obstinément mesavances !: et maintenant, qu'avez-vous donc appris pour m'en parler sans cesse? N’avais-je pas raison de dire qu'après avoir manqué ce que vous aviez sous la main, vous venez à cent lieues de distance le demander aux gens!»

Après avoir entendu ces paroles, Sou-yeou-pé demeura un moment stupéfait. « Îl est juste, dit-il, en s’accusant à plusieurs reprises, que je subisse la peine de ma propre faute ; seulement, j’ai dormi les yeux ouverts?, et j'ai été comblé des bontés partirulières de Votre Excellence sans lavoir jamais su. Je suis vraiment le plus bas et le plus stupide des hornmes.

— Ce n’est point votre faute, dit Ou, l’académicien ; mais en général, les meilleures affaires sont sujettes à bien des traverses.

— Les traverses peuvent encorc être surmontées, dit Sou-yeou-pé; mais je crains que ce perfide Sou-yeou-té pe profite de la haute influence de la lettre de Votre Excellence et ne s'en fasse un marche-pied*. Dans ce cas, que pourrai-je faire ?

4. On a vu plus haut que Sou-yeou-pé, ayant pris par erreur la fille de Ou, qui était fort laide, pour celle de Pé-kong (mademoiselle Hong-yu) qu'il voulait lui faire épouser, avait obstinément repoussé ses avances, etavait excité sa colère. Pour le punir, Ou, l’académicien, lui avait fait retirer son grade de bachelier.

2. Littéralement : J'ai dormi (dans) le jour, en plein jour, c’est-àdire j'ai été aveugle.

3. Mot à mot : Qu'il ne s'appuye sur cela et n'aille (faire sa demande à Pé-kong).

cs IL RÉUSSIT À L'EXAMEN D'AUTOMNE

. — Cela lui est certainement impossible, répondit Ou, l'académicien; Pé, mon parent est très-perspicace et trés-circonspect; pourrait-il se laisser tromper par un fripon? Et quand même mon parent le croirait à la légère, ma nièce, qui a l'esprit si fin et la vue si perçante, ne saurait tomber dans ses pièges. Cet individu aura vainement eu recours à des artifices diaboliques!. Je vous en supplie, mon cher monsieur, tranquillisez-vous. Quant à l'affaire qui vous intéresse, c’est moi qui m'en charge. »

Sou-yeou-pé s'empressa de lui faire un profond salut.

« Seigneur, dit-il, je compte entièrement sur Votre Excellence pour faire réussir cette affaire; je n’oublierai de ma vie un si grand bienfait. » Il but encore trois tasses de thé; puis, après avoir causé d'affaires el d'autres, il prit congé et partit. On peut dire à ce sujet:

Le comoran, blotti dans la neige, commence à être vu lorsqu'il s'envole.

Le perroquet, caché par les saules, se fait remarquer lorsqu'il parle.

Quand Sou-yeou-pé eut vu Ou, l’académicien, lui expliquer d’une manière claire et précise tout ce qui s'était passé , il éprouva au fond du cœur les plus vifs regrets. « Si j'avais su plus tôt que la lampe était allumée, dit-il, le riz serait cuit depuis longtemps?. Dans ce

1. Littéralement : Aux artifices des démons des montagnes. a. C'est-à-dire : Si j'avais été éclairé plus tôt sur tous ces faits, il y a longtemps que je serais marié avec mademoiselle Pé.

temps-là, faute d’avoir pris des renseignements exacts, j'ai manqué l'objet qui était devant mes yeux'. Maintenant, je vais de l'orientà l'occident solliciter les gens, et j'ignore encore comment tournera mon mariage.

« La beauté de mademoiselle Pé, dit-il encore en lui-même, est vantée de tout le monde, et les louanges qu’on lui donne ne semblent point mal fondées. La jeune fille que j'ai vue à cette époque-là dans le jardin? de derrière, n'était pas absolument belle. Peutêtre ai-je eu un éblouissement passager qui m’a empêché de la distinguer nettement. J'ai appris, ajouta-t-il, qu'il avait lui-même une fille qui est déjà fiancée. Peutêtre est-ce celle que j'ai vue. »

Sou-yeou-pé finit par concevoir secrètement des doutes. Bientôt après, Sou, le moniteur impérial, vint à la capitale pour rendre compte a l’empereur de sa mission. Le père et le fils furent ravis de se voir. « Maintenant, dit Sou, le moniteur impérial, vous avez acquis du mérite et de la réputation *; vous n’avez plus qu'à vous maricr. Demain j'irai voir Ou-choui-’an#, et je le prierai de prendre vos intèrêts. Quand je lui aurai écrit une seconde fois, j'imagine que rien ne s'opposera plus à votre succès. »

4. C'est-à-dire : J’ai manqué la jeune personne (mademoiselle Pé) qu'on m'offrait pour épouse. |

2. Au lieu de la’belle Hong-yu, il avait vu, par méprise, Wou-yen, fille de Ou, l’académicien, qui était fort laide.

3. Allusion à ses succès littéraires ; savoir: au grade de docteur et à son titre d’académicien,

h. C'est Ou, l’académicien, surnommé Choui-’an.

470 ÎiL RÉUSSIT A L'EXAMEN D'AUTOMNE

Comme Sou-yeou-pé avait une affaire à cœur, il fil promptement ses préparatifs et voulut partir de suite. Sou, le moniteur impérial, voyant que l'époque fixée pour son départ était imminente, il n’osa pas insister pour le retenir, et, au bout de quelques jours, il l'engagea à se mettre en route. Dans ce moment, un grand nombre de condisciples! de Sou-yeou-pé et de magistrats du Tche-kiang vinrent lui offrir le repas du départ. Il fut au comble de la joie. On peut dire à ce sujet:

Lorsqu'il arriva, on ne vint point à sa rencontre avec des bonnels (de cérémonie) et des parasols.

Mais, à son retour, il se vit accompagné par des chars, des piétons et des cavaliers.

Cependant ces hommages s’adreseaient au même homme.

Autrefois, il avait une attitude humble et respectueuse; aujourd'hui il montre une noble fierté.

Après avoir quitté la capitale, Sou-yeou-pé était obligé d’aller de suite dans le Ho-nan pour offrir des sacrifices à ses ancêtres. Mais comme il voulait voir Lou-meng-li, il donna des ordres particuliers aux gens de sa suite et leur dit qu'il fallait passer par la province de Chan-tong; puis, en faisant un détour, se rendre dans le Ho-nan. Ses gens n'osèrent désobëéir et s virent obligés de se diriger vers le Chan-tong. Après avoir marché pendant dix jours, ils arrivèrent à la ville

4. En chinois : Beaucoup de {hong-nten, des jeunes gens de la même année, c'est-à-dire qui avaient été reçus docteurs dans ja même année que Jui,

de Tseou-hien!. Sou-yeou-pé ordonna à ses gens de s'arrêter en dehors des murs, et n’emmenant que Siaohi, 1l entra dans la ville sous son ancien costume de bachelier pour prendre des informations. Étant arrivé, en peu de temps, devant la demeure de Lou-meng-li, iltrouva la porte principale fermée avec un gros cadenas et scellée au moyen de deux bandes de papier croisées. Sou-yeou-pé voyant qu’il n’y avait pas une âme, iléprouva au fond du cœur un étonnement mêlé de doute et d'inquiétude. Il se vit obligé de revenir devant la porte du jardin de derrière et de se mettre en observation ; mais cette porte élait également fermée parun gros cadenas et étroitement scellée au moyen de deux bandes de papier croisées. Sou-yeou-pé sentit redoubler son étonnement et ses doutes. « D'où vient cela? s'écria-t-il; aurais-je fait avant-hier un rêve ? »

Après un examen attentif, il vit que le bloc de pierre blanche sur lequel il s'était assis deux jours avant avec Lou-meng-li, était encore en face de la porte; les arbres qui s'élevaient tout autour avaient le même aspect qu'auparavant, mais il ignorait où était allé le jeune homme beau comme le jade. 11 se trouvait dans la même situation que Lieou-chin et Youen-tchao®

1. Ville de troisième ordre du département de Thsi-nan-fou, province du Chan-tong.

2. R ne retrouvait plus Lou-meng-li, de même que Lieou-chin et Youen-tchao ne purent retrouver leurs épouses qu'ils avaient laissées sur Je mont Thien-thai.

Le dictionnaire Yun-fou-kiun-yu, liv. IV, fol. 33, rapporte, avec de grands détails, l'aventure fabuleuse de ces deux jeunes gens qui,

lorsqu'ils voulurent retourner sur le mont Thieu-thai.

Comme Sou-yeou-pé était plongé dans ses réflexions et profondément triste, soudain les domestiques du seigneur Li, de la maison voisine, qui connaissaient tous Sou-yeou-pé, l'ayant vu à la porte qui était en face, allërent secrètement en donner avis à leur maître. Le seigneur Li, qui, à ce moment, savait déjà que c'était un docteur fraîchement nommé, eut le plus vif désir d'aller lui faire ses compliments!. Il s’empressa d’envoyer de tous côtés des gens pour l'inviter. Il ouvrit aussitôt la porte de derrière et alla au-devant de lui.ll vit Sou-yeou-pé qui était debout à la porte du jardin de Lou, et regardait d’un air égaré. Il s’approcha de lui avec empressement : « Monsieur, lui dit-il, après l'avoir salué, vous avez eu de suite un double succès’. Je suis bien coupable d'avoir manqué jusqu'ici de vous en féliciter de vive voix. Comme vous avez daigné venir dans nos parages, pourquoi ne pas m’honorer

ayant rencontré près de la source des Pêchers deux femmes d'une grande beauté, les épousèrent et vécurent avec elles au milieu des plaisirs, ayant pour servantes de jeunes déesses qui les charmaient par leurs chants et les sons de la flûte. Quand ils furent revenus daos leur village de Yen, ils y trouvèrent la septième génération de leurs descendants. Lieou-chin et Youen-tchao ayant voulu retourner vers leurs épouses qu'ils avaient quittées, cherchèrent en vain le chemin de la montagne. La huitième année de la période Thai-kang (l’an 287 après Jésus-Christ), ils disparurent tous deux sans qu'on sût où ils étaient allés.

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